LA FEMME AU PREMIER TEMPS
Au sortir du néant, Dieu nous donna la femme.
Elle était chaste et pure : aucun Catilina
D'un monstrueux amour n'en avait souillé Vâme;
Son cœur était sincère et jamais ne fouina.
Elle ignorait le fard, ce perfide qui jongle
Et conduit à sa perte un faible citoyen;
Sa main était sans tache et vierge était son ongle ;
Vraie, elle eut convaincu l'incrédule païen.
Elle n'affectait point la douce mirabelle
Qui cache trop souvent le méchant Mirabeau,
Ses roses et ses lys, la faisant toujours belle ^
Allumaient en nos cœurs de l'amour le flambeau.
Son éclat défiait la plus belle Orestie,
Ses vertus éclipsaient celle de Gabrio,
Le baume seul était Punique repartie
Qu'elle rendait au mal à titre d*agio.
Sans simuler jamais la délicate figue,
Sans dévorer non plus du chasseur le faisan,
On ne la voyait point dans une ignoble ligue
Absorber le Champagne avec le parmesan;
Et, dans un sot délire, en brisant la noisette.
Entonner hardiment sur un ton empâté
Les couplets effrontés de la triste grisette
Transformant son héros en un âne bâté,
Jule? RiCHOMME fils.
ou TROUVE-T-ON LE BONHEURS
L'homme jaloux le cherche en épiant sa femme; Le traître, en conspirant, comme Catilina; Le moine, au fond du cloître où s'épure son âme; Au combat, le héros qui jamais ne fouina.
Au coin du carrefour, le Bohémien qui jongle Le procure à l'enfant de l'humble citoyen ; Le mendiant l'éprouve en écrasant sous Vongle L'insecte redouté plus qu'un tyran païen,..
Sous l'ombrage fleuri de l'arbre à mirabelle, Plus d'un jeune orateur, moins laid que Mirabeau, A rêvé le bonheur, assis près d'une belle Dont les yeux, de l'amour allumaient le flambeau. Dans d'autres régions, l'auteur de VOrestie Et de sa digne sœur, l'aimable Gabrio, Dumas, l'incomparable homme à la repartie, Puise un bonheur plus grand, qu'un dieu de l'agio. Le bonheur d'un marmot, c'est de croquer la figue ; Celui d'un gastronome habile, un beau faisan. Pour un cœur polonais, il n'est que dans la ligue. Et le mien serait d'être un bourgeois pai^mesan . Un bon docteur d'ici, recherchant la noisette. Dit qu'au quartier latin, en mangeant du /W//', Il goûtait le bonheUr avec une g risette.
Qu'entretenait, hélas! un vieil âne bâté.
Je ne suis point homme ni femme, Gicéron ni (Jatilina :
Je suis un animal sans dme, Et mon esprit toujours fouina.
Lorsque lourdement ie jongle A la porte d'un citoyen, • Je suis payé rubis sur Vongle ; Car il me rosse en vrai paien.
J'ai toujours vu dans mirabeile La femelle de Mirabeau.
D'une intelligence rebelle, Il me faudrait plus d'un flambeau Pour m'éclairer sur VOrestie Et sur l'esprit de Gabrio.
Je suis très^auvre en repartie Et he comprends rien à Vagio.
Préférant le foin à la figue, Le chardon au meilleur faisan, Je servirais le roi, la Ligue, Le Turc ou le Parmesan.
Va-t-elle cueillir la noisette Ou manger sur l'herbe un pdté, C'est moi qui porte la grisette; Car je suis un âne hâté,
AUBOKON,
Aux bouts rimes Dumas, qui commencent par femme,
Je souscris pour savoir, du grand Catilinà,
Ce que des deux-cent vingt chacun pense eti son âme
Et comment chacun d'eux entend le mot : fouina.
De son style je veux voir comment chacun jon^fe;
S'il est pôëte vif ou triste citoyen;
Ce qu'il fait de son doigt, ce qu'il fait de son ongle;
S'il se révèle juif, catholique ouyâïen-,
Comment il couchera la douce mirabeUé
Côte à côte, et sans rire, auprès de Mirabeau.
Combien papillonnant, dans les yeux de leur belle,
Tiendront la bouche en cœur allumer leur flamheànt
Combien profiteront de la rime Orestie
Pour vanter Alexandre et chanter GabHo^
Et citeront Méry, roi de la repartie^
Et nommeront Rothschild, prince de Vagio^
Je veux pour mes vingt sous, je veux voir urne figiie
Par deux-cent vingt esprits mise près d*un faisan ;
Comment ces deux-cent vingt aborderont là ligue
Pour se rabattre enèuîte après le parmesian.
Je souscris pour les voir, rongeurs sur la noisette,
AfiFriandés gourmands à l'assaut du pâté,
Et compter à la fin, après le mot grisette,
Combien se serviront des ittOts : âne bâttt
Eugène Arbis.
— (iO
CE QUE J'AIME
Avant tout, j'en conviens, j'aime une aimable femnie.
J'aime aussi Cicéron, contre Catilina
Exhalant tout le.ûel amassé dans son âme;
L'homme qui sur l'honneur jamais ne fouina,
La jeune équilibriste adroitement qui jongle ;
J'aime un cœur franc et droit; j'aime un bon citoyen,
A personne, jamais qui ne sut rogner Vo7igle,
Sincère dans sa foi, catholique ou païen;
La prune au doux parfum qu'on nomme mirahellej
L'orateur plein de feu rappelant Mirabeau,
Le soir, près de mon lit, j'aime à voir une belle
S'apprêter, souriante, à souffler mon flambeau.
J'aime à lire souvent l'auteur de YOrestie;
Les ouvrages charmants qu'écrivit Gabrio,
De Dumas ou Méry l'esprit de repartie,
Celui qui s'enrichit sans faire d'agfio.
Aux plus doux chasselas je préfère une figue;
Mieux qu'un dindon truffé j'aime encore le faisan^
L'homme avec les dévots qui jamais ne se ligue.
J'aime un macaroni au plus ^m 'parmesan.
Au bois, j'aime à cueillir la fraise et la noisette;
Sur ma table à flairer le fumet d'un pâté.
J'aime à folichonner avec une grisette,
Et près d'elle à courir sur un âne bâté,
A. L. (de Ghâteau-Gontier).