‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 24 sur 128 · UNE AMBITION RÉTROSPECTIVE · texte numérisé non relu

UNE AMBITION RÉTROSPECTIVE

J'aurais voulu être la femme

Du très-illustre auteur du traître Catilina :

Tout me semble beau dans son âme;

Ailleurs que dans ce vers jamais il ne fouina»

Il m'eût appris comment on jongh

Avec l'esprit d'un citoyen;

Je saurais sur le bout de Vongle

Raisonner peuple juif ou païen.

Lui, cultivant la mirabelle,

M'eût fait connaître Mirabeau,

M'eût peut-être un jour trouvé belle,

Par Gupidon et son flambeau.

Il m'eût mené voir Orestie,

Et j'aurais vu sa Gabrio;

J'aurais l'esprit de repartie^

Avec lui jamais d'agio f

Tous deux nous aurions fait la figue

A table autour d'un bon faisan

Au sot qui contre lui se ligue,

Suinteux mangeur de parmesan.

Mais las ! je croque une noisette r

Quand je mangerais un pâté.

Hélas! hélas! pauvre gnsette.

Étrille encore ton a ne kUé,

Aléa.

Non, je ne suis point une femme.

Et ne sais si Catilina

Eut lé cœur tendre ainsi que Vâme,

Ce qui fut cause qu'il fouina.

Je n'aime pas, certes, qu'on jongle;

Je suis un brave citoyen.

Qui, quand il faut, se lime Vongle,

Et sans jurer en vrai païen.

Que disais-je de mirabelle t

C'est la Sophie à Mirabeau,

Qui fut sentimentale et belle.

Et s'éteignit comme un flambeau.

Ah ! parlez-moi de VOrestie

Ou de l'aimable Gabrio,

Dont l'excellente repartie

Ne roule pas sur Vagio,

Je n'estime pas trop la figue.

Ayant sur mon assiette une aile de faisan;

Bien plus, contre vous je me ligue.

Si vous m'offrez du brie ou bien ^\x parmesan. J'aime à cueillir la noisette

Dans les taillis, et suis fou du pâté ;

Mais vive le Champagne et la douce grisette.

Que j'idolâtre, hélas ! comme un âne bâté !

Pas n'est malin de parler de la femmes De narrer les exploits du beau Catilina, Ou bien, comme Platon, d'étudier notre âme ;

Mais, pour cet atroce mot de fouina.

Depuis deux jours, mon esprit jongle.

Sans pouvoir en bâtir un vers bon citoyen ; Je sais pourtant fort bien, et jusqu'au bout de Vongle, Que Baudelaire en fait parfois de plus paien.

Au vieux cognac, j'aime la mirabelle. Et chacun sait ce que fut Mirabeau ; Mais, pour vaincre au tournoi, fais-moi la part plus belle;

Alexandre, prête-moi ton flambeau.

Dis-moi, toi qui sais tout, ce que fut Orestie; Est-ce un auteur charmant ainsi que Gabrio ?

Allons donc, esprit fin, prompt à la repartie. Réponds ! et je te rends le change et Vagio.

Voilà bien seize vers ; valent-ils une figue? Je pourrais les donner au moins pour un faisan. Cet oiseau renommé des soupers de la Ligue,

Pour un macaroni au parmesan.

N'était de l'autographe , il me faut la noisette; Tu l'as promis, Dumas : c'est le prix du pâté. Ta parole vaut mieux qu'un baiser de grisette : On peut donc y compter. Adieu: l'âne est bâté.

Page 1