‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 33 sur 128 · UNE CONFESSION · texte numérisé non relu

UNE CONFESSION

Autrefois, à vingt ans, quand j'aimais une femme ^ Pour ceux qui rapprochaient j'étais Catilina, ' Et poussé par Tamour qui dévorait mon âmej Jamais, près d'un jaloux mon grand cœur ne fouina. Tel qu'un tigre caché dans le fond d'une jungle^ Qui s'apprête à saisir un pauvre citoyen, Je guettais les amants en aiguisant chaque ongle, Et je jurais tout bas comme un méchant païen . A ses pieds, me roulant tel qu'une mirabelle, Je surpassais ainsi le \a&ciî Mirabeau; Enfin, pour dérober les faveurs de ma belle, Drns son charmant boudoir j'éteignais le flambeau. Pour charmer un bas-bleu qui lisait VOrestie, J'enviais chaque jour l'esprit de Gabrio; Mais n'ayant point, hélas I la fine repartie Pour séduire par l'or, je faisais Vagio.

Aujourd'hui plus âgé, ridé comme une figue, Pour me faire adorer^ je paye un bon faisan ; Si" contre mes écus, ma maîtresse se ligue, Je la régale encor de soupe au parrmsan.

Me croyant jeune enfin, je cueille la noisette, J'écris des vers d'amour surchargés d'un pâte. Mais en voulant, si vieux, courtiser la grisette. Je vois qu*à soixante ans on est bien mal bâté.

A. Bermond.

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