ÉLOGE DE LA FEMME
Il n'est rien ici-bas d'aussi grand que 1^ femme :
Cicéron, sans la sienne, eût craint Catilina,
Nous mettons à ses pieds notre corps et notre âme,
Pour suivre Cléopâtre, Antoine fçuina.
Avec nos sentiments, elle joue, elle jongle,
D'un traître à son pays fait un bon citoyen;
Ce martyr qui des lions, pour sa foi, bravait Vongle,
Pour elle^ eût adoré tout l'Olympe païen.
Sur un prunier sauvage entant la mirabelle
C'est elle qui lança ce brûlant Mirabeau
Qui, selon qu'à vos yeux sa cause est laide ou belle
Fût torche incendiaire ou lumineux flambeau.
La femme, j'en conviens, n'eut pas fait VOrestie,
Mais lisez Georges Sand, Delphine ou Gabrio
C'est par elle, qu'un peu de grâce est repartie
Sur ce siècle occupé de bourse et d'agio.
Sans la femme la vie est un dessert sans figue,
Un dîner d'apparat sans rôti de faisan,
La fronde sans Gondi, sans les Guise la ligue,
Du macaroni sec faute de parmesan^
La forôt sans gibier, sans fraise, sans noisette.
Une plume qui n'a fait encor qu'un pâté.
Un grenier d'étudiant sans minois de grisette,
Ces bouts rimes remplis par un âne bâté.
Romain dégénéré, le regard d'une femme, Contre la république arma Catilina; Dès lors il abjura la noblesse de Vdme; Et cette courtisane avait nom Fouina, Comme un vil historien, c'est pour elle qu'il jungle, Avec l'honneur, cessant d'être un vrai citoyen. Le voyez- vous s'armer de la dent et de V ongle Comme un tigre altéré, ce perfide pdien.
Tout autre fut chez nous la douce Mirabelle Dont l'amour platonique inspira Mirabeau ; Jusqu'à ses soixante ans elle sût être belle Sans vouloir de l'hymen allumer le flambeau.
Quand l'orateur fut mort, sur le sol d'Orestie Elle traîna ses pas, pleurant son Gabrio, Je puis à ce sujet citer la repartie ' Que faisait un vieillard amateur d'agio :
« Libre à vous, mes amis, de trouver bon la figue ; » Pour moi j'estime mieux la valeur du faisan, » Surtout si, comme au temps où florissait la ligm, » On a soin d'ajouter beaucoup de parmesan, » Enfin, n'oubliez pas au dessert la noisette » Pour que mon estomac digère le pâté ; » C'est ainsi que jadis en usait la grisette » Avec son serviteur, un pauvre âne bâté, »