‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 50 sur 128 · SOUVENIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR

Elle avait dix-huit ans : ^on doux regard de femme

Aurait fait soupirer môme Catilina,

Sa voix mélodieuse allait au fond de Vdme,

Jamais, en la voyant, un cœur ne fouina.

Loin du bruit de la foule où le charlatan jongle^

Seule avec un vieillard, paisible citoyen,

Elle vivait heureuse, ignorant les coups d'ongle

Et la méchanceté de ce monde pdien ;

Elle aimait à cueillir la fleur, la mirabelle ;

Les discours, les récits du temps de Mirabeau

Faisaient bondir son sein, et son âme si belle

Dans ses grands yeux d'azur brillait comme un flambeau.

Que n'ai-je en mon pouvoir de l'auteur d'Oreatie

Le style tant aimé, le feu de Gabrio !

Que ne puis- je comme eux donner la repartie

A tous ces marchands d'or, qu'enrichit Vagio !

Dans un petit salon, à l'Hôtel de la Figue,

Je l'aperçus un soir qui mangeait du faisan.

Les plats se succédaient, et formaient une ligue

Aux flacons de Champagne, aux fruits, au parmesan.

Un gandin était là, cassant une noisette.

Je la vis lui sourire en croquant un pâté :

Celle que j'adorais n'était qu'une grisette.

Depuis ce jour je suis comme un âne bâté !lf

i. CussÈT

Page 1