PLAINTES D'UN MARI MALHEUREUX
Rien n'est si doux à voir que les yeux de ma femme^
Et, Romaine, elle eût pu charmer Catilina.
Mais malgré le grand feu qu'elle allume en mon âme^
L'ingrate, sans pitié, sans cesse me fouina.
Le tigre au moins, sans code, en rentrant dans sa jongle,
Sait, lui, faire accepter, ses droits de citoyen;
Mais moi, craintif agneau, je m'expose à son ongle.
En vain, pour ses amours, je me ferais pa'ien ;
En vain, lasl je me fais plus doux que mirabelle;
En vain par mes discours j'égale Mirabeau:
Rien au monde ne peut humaniser ma belle :
Pour moi jamais Tamour n'allume son flambeau.
Cependant, je suis homme à faire une Orestie.
En moi se montre un peu l'esprit de Gabrio ;
A Méry je pourrais lancer la repartie ;
Je suis riche à millions, prince de Vagio ;
Eh bienl malgré cela, chacun me fait la figue.
Aux coups je suis livré comme un pauvre faisan.
Troupe de libertins qui contre moi se ligue,
Puisse en poison pour vous changer le parmesan,
Pour vous en fiel amer se changer la noisette !
Puissiez-vous donc crever en mangeant du pâté,
Vous par qui ma moitié s'est changée en grisette.
Et m'avez fait passer pour un âne bâté !
Emile Durand.
Quoique sans être aussi curieux qu'une femme,
— Au sexe j'appartiens dont fut Catilina, — J'aime l'original^ et ce qui touche Vâme, Jamais pour le nouveau mon cœur ne fouina. Pour lui, je braverai le tigre dans sa. jungle: Je deviendrai, je crois, un mauvais citoyen.
Et, tel que le lion dont l'amour lima Vongle, Moi pour voir du nouveau, je me ferai païen!
Mais l'on ne saurait voir plus d'une Mirabelle,
— Ici-bas n'a vécu qu'un seul grand Mirabeau, — Nulle ne se pourrait comparer à ma belle :
Seule elle brillera du parfait pur flambeau!
Et d'elle je suis lasl Je voudrais Orestie!
Ou pour me rallumer, qu'un autre Gabrio
Veuille de son amour chercher la repartie...
Des amants, il faudrait qu'elle fit Vagio!,..
Pour avoir du nouveau, je sucerai la figue,
Quand mon ventre est bourré, de vin et de faisan!...
Aussi, monsieur Dumas, avec vous je me ligvs,
— Non pour goûter ensemble, au plus pur parmesan, Ou, dans le frais matin, pour cueillir les noisettes. Ou, dévorant ensemble un énorme pâté
Bien aidés, qui plus est de deux belles grisettes, — Mais pour ce nouveau livre, au genre non bâté.
Paul Durand.
Qui pourra délinir ce que c'est qu'une femme ; Elle abuse de nous mieux que Catilina, Sur la foi d'un concile, on veut chercher son âme : Pour en cacher le fond qui mieux qu'elle fouina f Un cœur en chaque main, avec QMneWejonglê, Roi, président, ministre ou simple citoyen.
D s'en faut quelquefois de l'épaisseur d'un ongle, Que d'un chrétien fervent elle fasse un pdien. Sans plus s'en soucier que d'une mirabelle.
On croit que j'exagère../. EK! voyez Mirabeau f Tout le monde sait bien que ce fut une belle Qui de sa noble vie éteignit le flambeau.
J'aimerais mieux, je crois, refaire une Orestie Que regarder deux fois le charmant Gabrio.
Mon pauvre esprit n'est pas prompt à la repartie Ni bien constitué pour faire Vagio.
Ah! la fortune aussi m'a toujours fait la figue : Elle est femme I eh bien! là! je préfère un faisan, Bien truffé, cuit à point à la plus sainte ligue; Un flacon de vieux vin, choux-fleurs au parmesan, Melon, poire fondante et croquante noisette.
Ce sont là mes amours! je veux être en pâté Si je désire après, grande dame ou grisette, Dussiez-vous m'appeler lourdaud, âne bâté.
Camille Derly.
ci: Ol'E J AIMi:. CE QUE JE N'AIME PAS
J'aime une belle et jeune femme,
Je déteste Catilina ;
J'aime un bon cœur, une grande dme.
Mais pas trop votre Fouina ;
Je n'aime pas l'homme qui jongle.
J'aime fort tout bon citoyen,
... Ici je me gratte un peu V ongle
Pour faire entrer Le mot paien.
Mais que j'aime la mirabelle I
Combien j'admire Mirabeau t
Des prunes, l'une est la plus belle,
Des orateurs l'autre un flambeau.
Que de beautés dans Orestiet
Que de grâces dans Gabrio !
J'aime une fine repartie,
Comme, en affaire, en agio.
Des fruits, je préfère la figue.
Des meilleurs morceaux, le faisan.
Je repousse une injuste ligue
Autant que votre parmesan.
Je n'aime pas mal la noisette^
Mais beaucoup le petit pâté ;
Je n'aime pas trop la grisette,
Et je plains un peuple bâté !
A, Dlpuv,
— uo —
Dans tes romans, toujours, tu relèves la femme,
Jamais on ne te vit louer Catilina,
Poëte dont le cœur est au niveau de l'awe,
Dont le talent augmente et jamais ne fouina.
Tu plains rAmëricain égorgeant dans la jungle
Son ami, son parent ou son concitoyen,
Et qui prouve à la fois que, s'il a bec et ongle,
Aux yeux d'un philosophe il n'est qu'un \i\pa'ien.
Un jour, rue de Lancry, deux pots de mirabelle
Furent payés par toi comme eût fait Mirabeau!
Vous aimâtes tous deux la femme bonne et belle:
Pour vous ce fut un culte, un éclair, un flambeau.
Mirabeau adorait Sophie ou Orestie,
Et l'amitié te lie encor à Gabrio*
Tu possèdes, mon cher, l'esprit de repartie :
Que n'as-tu aussi bien le talent 6* agio !
Ton gousset ne serait pas sec comme une figue !
Élevant la perdrix, le lièvre et le faisan
Bravant dans tes forêts et le roi et la Ligue,
Tu cuisinerais bien avec le parmesan ;
Tu trouverais moyen de sauter la noisette,
D'en garnir un salmis, d'en orner un pdté.
Qui plairait à la dame ainsi qu'à la grisette
Et, comme tes écrits, même à l'âne bâté.
Abel D.
Pour mettre Rome en feu, fallait plus qu'une femme :
Aussi, le grand consul montra Catilina
Conspirant, dans la nuit, sans craindre pour son âme^
Rassemblant ses amis chez la belle Fouina,
Ainsi^ quand un méchant avec le repos jonglSj
Il se trouve, parfois, un brillant citoyen^
Au milieu du sénat, qui montre de son ongle
Celui que nul d'entre eux n'eût appelé pdien,
Certe il eût mérité cerise et mirabelle^
L'homme dont le talent digne de Mirabeau,
Pour sauver sa patrie, fit harangue si belle
Et, devant le périls alluma son flambeau.
Il ne passait son temps à chanter Orestie^
A lire les romans du savant Gabrio.
Il ne vécut, jamais, que pour la repartie,
Dédaignant les trésors produits par l'alto.
Assemblée où Caton, jadis, montra la figue,
Tu comptais dans ton sein un immortel faisan.
Qui, pour garder tes droits, te dénonçait la ligv£y
Prête à ruiner le sol berceau du parmesan.
— Celui qui fit ces vers n'aime pas la noisette,
A table, il est heureux de trouver un pâté.
Il n'est, j'en suis certain, ni commis ni grisette ;
Mais, ptur sûr, entre nous, c'est un âne bâté,
Tony Destouz.
J'aurais bien voulu naître femme ^ Non du temps de CatiHna!
Mais, je le jure sur mon âme A celui qui parfois fouina, Serais-je yenu'e dans \dL jungle, Sans le titre de citoyen, Auraia-je dû n'avoir qu'un ongle, Être la fille d'un pa^en.
Jaune comme une mirabelle, Mûrie non loin de Mirabeau, Être laide au lieu d'être belle, De l'amour souffler ce flambeau^ Pour que Pauteur de VOrestie Et que l'aimable Gabrio Me donnassent la repartie, Sans jamais parler d'agio / Je goûte souvent d'une figue.
Je ne connais pas le faisan.
Contre les hommes je me ligue Lorsqu'ils parlent de parmesan.
J'apprécie bien une noisette, Mais je lui préfère un pâté De Périgueux, où la grisette N'aime pas un âne bâté.
A. Dakodes.
lia —
Depuis bientôt trente ans, cher Dumas, j'ai pris femme!
Elle fait mon bonheur mieux que Catilina :
Tu peux m'en croire, ami^ je jure sur mon âme
Que je suis plus heureux même qu'avec Fouinaé
Depuis notre union, jamais un tou^ dejongki
Ainsi que je pourrais nommer un citoyen.
Qui met dans son contrat coup de ctmif ou d'ongle
Et qui n'est cependant pas plus que moi paien*
Ma femme est un fruit d'or, semblable à mirabelle.
Et m'appelle souvent, âon Chieti, son Mirabeau.
Je n'ai pu rencontrer fetnme plus douce et bellej
Et toujours je m'éclaire à son brillant flafnbeaM.
Je lui donne en ce jour le doux nom d'Oréetie,
Comme tu sais nommer tft chère Gabrio.
Pour moi, comme pour toii c'est une répartie
Où tout est amitié, repoussant l'alto.
J'aime dans un dessert et la poire et la figue;
J'aime à voir quelquefois sur la table un faisan;
Je hais de tout mon cœur le fromage et la liguB ;
Mais ma femme chérit le fameux parmesan»
Quant à moi je préfère une noix ou noisette^
Un bon vin de bordeaux avec un bon pâté; ^
Et je crois qu'à Paris souvent une grisette,
Voudrait voir son couvert toujours ainsi bâté»
DoïiDiGNY aï no.
Curieux, j'en conviens, comme une vieille femme,
Mais point ambitieux comme Catilina,
Aux fameux bouts-rimés je souscris sur mon âme^
Pour lire un mot de vous, qui jamais fouina.
Au jeu des vers, Méry, c'est l'Indien qui jongle
Et d'aise fait pâmer le plus froid citoyen :
Il ferait à son gré, sa plume au bout de Vongle^
D'un athée un croyant, de saint Pierre un païen.
Ce n'est pas, comme on dit, pour une mirabelle
Que du club poétique il est le Mirabeau.
Ce n'est pas pour avoir des prunes la plus belle
Que Dumas avec lui des arts tient le flambeau.
C'est pour rajeunir l'art, pour chanter VOrestie,
Étendre l'horizon qui séduit Gabrio.
Que de sève et d'ardeur savamment répartie^
Sur une œuvre féconde et pure d'agio !
Pour mes vers, je veux bien qu'on leur fasse la figue.
Que l'on tire sur eux comme sur un faisan.
Après tout, je m'en ris, ainsi que de la Ligue :
Nom d'un macaroni flanqué de parmesan t
Qu'importel si des bois je cueille la noisette,
D'un bras soutenant Lise^ et de l'autre un pâté :
Je lis dans les yeux noirs de la fière grisette
Qui rit en me narguant sur son âne bâté!
N. Darrieux.
^ Mlj —
Vouloir mieux que Méry poétiser la femme.
Ou mieux que Cicéron vaincre Catilina^
N'est pas plus insensé, je le dis, sur mon dme^
En prose comme en vers^ que d'arranger fouina.
Avec les mots fran(:ais est-ce ainsi que Von jongle?
Même en des jeux d'esprit je reste citoyen.
Et n'écrirai jamais ungula pour un ongle.
Appelez-moi niais, iroquois ou païen^
Fouina m'est inconnu ; cependant mirabelle
Pour moi ne fut jamais femme de Mirabeau;
Je crois qu'on nomme ainsi la prune la plus belle
Et la meilleure au goût. C'est en vain qu'un flam.beau
Viendrait m'illuminer ; fouina, comme Orestie,
Pour moi n'a point de sens. Ame de Gabriol
A de pareils sphinx donner la repartie,
Est aussi malaisé que parler agio.
Ou môme qu'assommer un bœuf d'un coup de figue.
J'aime mieux allier la truffe et le faisan
Que de mettre d'accord Henri quatre et la Ligue.
Aussi, pardonnez-moi si le bon parmesan
Mieux que des bouts rimes me plait. Une noisette
Qu'on prend au coin d'un bois ne vaut pas un pâté
Qu'on mange en société d'une vive grisette.
Eu ce point, si j'ai tort, je suis âne bâté