E. DUFOUR
Je n'ose ni flétrir ni condamner 1^ femme
Qui pour le bien public, trahit Catilina;
J'admire, en un héros, et la grandeur de Vâme
Et l'intrépide cœur qui jamais ne fouina.
J'aime un hardi chasseur, affrontant dans sa jongle
Le tigre rugissant'; j'honore un citoyeri
Qui, dans les grands dangers, s^it montrer bep et ongle.
Mais je méprise un traître à l'égal d'un paien.
Je comprends le succès, la vogue d'Orestie,
Car l'esprit y pétille autant qu'en Gahrio ;
Je recherche un causeur à fine repartie^ Mais je fuis le boursier qui me parle agio; Je savoure, au dessert, la fraîche mirabeUe; Entre tous les tribuns, j'exalte Mirabeau (Quand son puissant esprit subjuguait une belle , Son génie, à l'amour, ravivait son flambeau). A table, à mon voisin je fais passer la figue^ Si je sens le fumet d'un succulent /iiisan.
On ne me vit jamais enrôlé dans la ligue Des prétendus gourmets, friands du parmesan.
Je ne saurais broyer la croquante noisette, Et je pâlis devant l'indigeste pâté :
Pour Tune il me faudrait les dents de la grisette, Pour Tautre l'estomac de l'animal bâté.
Ch. B.
Au rQBia«eier eliarmai^t qui peint si bidn la femme,
En mettant à ses pieds le grand Catilina,
J'ai osé, pauvre folle, ouvrir toute mon âifie ;
Mais, sans doute, en ma lettre, mon esprit fouina,
<( Je ne sais qui s'amuse et jBivec moi qui jongle? »
 dit ce romancier, dëdaigoe^x citoyen:
m Sa main se voit ici, mais où se cache Ven^
Qui déchire la nuit du vieux c\ûie païen? »
Poésie sous la forme d'un pot de mirabeUe,
Ou sublime éloquence d'un autre Mirabeau,
Vraiment, la poésie en est-elle moins beUe,
Quand le cœur, jeune encore, lui sert de fUunbem ?
La foi est une perle tout autre qu'Orestie,
Plus rare, je l'avoue, encore que Gabrio,
Elle a cru en Dumas, aimé sa repartie,
Et laisse à Tintrigue ses menées d'agiû.
Elle a parlé de Napies, où croit aussi la figue,
L'orange au doux parfum, plus dorée qu'un faisan.
Le gros napolitain contre ce fruit se ligue,
En savourant l'ddeur d'un mets au parmeean.
Quant à moi, dans nos bois, j'aime l'humble noisette ^
Plus fraîche et plus agreste qu'un gros bon vieux pâté;
Et la fleur des praieries est pour moi la grisette,
Qui, chaste encore, i^iore ce qu'est l'âne bâté.
Mathilde de Fleeles.
Aspirant, dans Belle-Isle, un doux parfum de femme, Vout ému des beautés de ton Catilina, On reste captivé jusques au fond deVâmSj
I mmobile, au théâtre, où nul ne Fouina, Dumas, brillant auteur, sans apprêt et sans jongle, Universel poëte, aimable citoyen,
Méprise de Tenvie, un impuissant coup d'ongle: A ta gloire que peut Tinjure d'un paien.
Soit que ta lyre chante une humble mirabelle, Soit qu'elle prenne enfin l'accent de Mirabeau, On la trouve toujours riche, imposante et belle. Un peuple d'écrivains s'éclaire à ton flambeau. Vers la postérité VHamlet et VOrestie, Enviés des Méry, des Karr, des Gabrio, l¥és d'un cerveau brûlant volent sans repartie;
II ne faut au talent aucun autre agio.
Ravissant narrateur, fin, doux comme une figue, De ton charmant esprit, doré comme un faisan, Asservissant ces mots donnés, et dont la ligue Me gêne, en s'effîlant comme le parmesan :
Inspiré, sans efiTort, sur eux, sur la noisette, Tu saurais, enchanteur, môme sur le pâté
I ntéresser, charmer, grande dame ou grisette Ht de ces pauvres vers le pauvre âne bâté.
Hélas ! tout dépérit, tout, jusques à la femmej
Et cet être charmant, qui de Catilina
Fit échouer le complot, n'a plus de cœur ni d'âme.
Ainsi qu'un écrivain dont le talent fouina.
Le vieux gaulois n'est plus : avec les mots on jongle ;
On ne rencontre plus d'honnête citoyen,
Et de mode aujourd'hui il est de porter V ongle,
Long aux doigts sous peine de passer pour paien,
ma belle Provence où naît la mirabelle
Toi qui vis se lever l'astre de Mirabeau,
Toi seule vis encor, toi seule es toujours belle
Et des siècles futurs tu seras le flambeau.
L'écrivain spirituel, auteur de VOrestie
(Et spit dit entre nous, l'ami de Gabrio),
Offrit un grand concours : singulière partie
Où chacun fut convié jusqu'au roi d'agio.
Qui sût rimer un vers voulut mordre à la figue ;
Car Dumas avait dit à tout rimeur : fais-en;
Oui, dit-il, que bientôt chacun de vous se ligue:
Le prix est au vainqueur, j'en jure par mes ans.
Et du nord au midi tous envoient leur noisette,
Dont le poids fait frémir Alexandre é pâté.
Car chacun en voulut : l'étudiant, la grisette
Et*moi-même avec eux, sans peur d'être Mté.
LA FEMME
En vain l'homme voudrait, t'apostrophant, è femme t Singer le Quàmque tandem^ Catilina ; Tu tiens sa patience enchaînée à ton âme^ Et devant ton regard le plus fort fouina.
Car avec sa raison ton fier caprice jongle; Tu fais du plus obscur un- fameux citoyen^ Et rien que pour baiser l'incarnat de ton ongle Un saint fuirait le ciel et se ferait païen.
Que le fruit défendu soit pomme ou mirabelle, Toujours quelque Sophie à quelque Mirabeau Fera courber la branche où mûrit la plus belle, Pour la croquer à deux avec ou sans flambeau. Depuis Iphigénie en pleurs dans Orestie, Femme, tu sus toujours jusques à Gabrio, Mêler aux longs soupirs la folle repartie.
A toi des dévoùments le sublime agio.
Au pauvre qui parfois soupe avec une figue, Qui jamais ne goûta, qu'en rêve, du faisan, Lorsqu'à la charité ton cœur ému se ligue.
Tu prodigues la manne auprès du parmesan.
Jusqu'au jour où menton et nez cassQ-nôisette Manœuvrent de concert en face d'un pâté.
L'homme doit t'adorer, grande dame ou grisette. Et qui ne le fait point est un âne bâtéi
Alexandre Ducros.
- I.il -
Certes, ce n'était pas une timide femme
Que ce fougueux tribun, ce fier Catilina,
Qui pour régner sur vous avec toute son âme^
Les conspirations sans cesse fouina.
Au milieu des combats nul mieux que lui ne jongle.
Redoutable soldat, trop brave citoyen,
Dans son immense orgueil il voudrait, d'un coup 6! ongle.
Renverser les autels, régner en païen ,
Son langage charmait comme la mirabelle.
Lorsque dans ses discours, antique Mirabeau,
Il disait aux soldats : « Oh ! que la gloire est belle,
De l'immortalité resplendissant flambeau ! »
Je préfère les yeux de la pâle Orestie,
J'aime mille fois mieux le luth de Gabrio
Dont nous idolâtrons la fine repartie.
Et qui de son talent n'a pas fait agio.
Ses chants ont la douceur de l'odorante figue
Que je mets au-dessus du renommé faisan,
Et pour les applaudir vous et moi faisons ligue
Comme de fins gourmets devant un parmesan.
Ce fromage vaut mieux que la sèche noisette,
Mais moins que la saveur d'un succulent |)d<é.
ma lyre ! tais-toi, tu n'es qu'une grisette.
Et celui qui te touche est un âne bâté !...
Prosper Dumas.
— io2 ^
Il me faudrait ici, pour parler de la femme ,
La voix de Cicéron contre Catilina,
Ou le fiel que Boileau récelait en son âme^
Lui dont la muse acerbe autrefois la fouina.
Que ne puis-je emprunter au bateleur qui jongle
Sa faconde inconnue au simple citoyen,
Ne dussé-je flétrir que du bout de mon ongle
Cet objet que le siècle idolâtre en païen ^
Qui vaut moins qu'un noyau de prune mirabelle.
Si ma comparaison, digne de Mirabeau,
Près des lectrices peut ne point paraître belle.
C'est que jamais pour moi n'a brillé le flambeau
Que dans les cœurs humains allume une Orestie,
Nourrie aux sentiments de Sand ou Gabrio.
En vain mes détracteurs arment leur repartie:
La femme est un caprice, une sorte d'agio:
J'y vois plus de défauts que de grains dans la figuei
Avec les yeux d'un lynx, l'adresse d'un faisan,
Vous auriez de la peine à combattre leur ligue.
Pourtant à la gourmande, avec du parmesan,
Offrez quelques gâteaux, un fruit, une noisette,
Voire môme un gigot ou bien un bon pâté,
Vous serez bien chéri dans ce cœur do grisette,
Mais on vous conduira comme un âne bâté.
G. DUCKET.