‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 68 sur 128 · V... GOURDET · texte numérisé non relu

V... GOURDET

RÉPONSE A M. MONZIN

Plaignez au lieu d'haïr qui séduit une femme,

Ne dites plus le nom qui fut CatUina :

L'histoire le flétrit,, l'enfer lui garde Vâme,

Malgré que le judas, jamais ne fouina.

Il est permis d'haïr celui qui rampe et jongle ;

Car, tout homme rampant n'est qu'un vil citoyen.

Qu'on doit profondément au front marquer de l'on^fe,

AQn de l'éviter comme un être pdien.

Vous qui voyez jaunir la douce Mirabelle

Sur le sol enchanteur qui nourrit Mirabeau,

Chantez-nous l'amour qu'eût Gabriel pour sa belle,

Et dites-nous quel vent éteignit son flambeau.

Pardonnez l'ignorant s'il blâme VOrestie,

N'aime-t-il pas Dumas, Mery, Karr, Gabrio !

Ne faut-il pas, comme eux, qu'il ait sa reparlie,

Comme le financier à sa part d'agio !

C'est déjà bien assez de lui faire la figue.

Quand on s'est restauré de truffes, de faisan,

On a plus de vigueur pour combattre la ligue

Et revenir encor filer du parmesan.

Mais pour celui qui doit souper d'une noisette.

Ayant trop grosse dent pour mordre le pâté.

Il a parfois d'aigreurs comme en a la grisette,

Et parle de Monzin, comme un âne bâté.

Jélis.

Pourquoi, mon Dieu, refuser à la femme

Le courage d*un Catilina?

Toutes, croyez-le bien, ont une âme,

Qui devant le danger jamais ne fouina.

Son cœur paraît, et fuit comme quelqu'un qui jongle.

Bien peu le comprennent, pas même le citoyen

Qui attaque la femme de la langue et de Vongle :

Celui-là sur ma foi, n'est qu'un maudit païen.

N'est-elle pas douce comme une mirabelle ?

Elle admire, et comprend le génie de Mirabeau,

Voyez-là : elle est bonne^ elle est belle^

De l'amour allumant le céleste flambeau.

Doucement, elle critique VOrestie^

Avec la grâce et l'esprit dn Gabrio.

Chacun admire sa naïve répartie.

Elle donne son cœur, et déteste Vagio,

D'un simple ouvrier, elle accepte une figue.

Avec autant de plaisir qu'un majestueux faisan ;

Et cependant, le dandy stupide se ligue

Pour la faire filer doux comme parmesan.

Laissez-la donc grignoter sa noisette,

Qu'elle préfère au délicieux pâté,

Que vous offrez, le soir, à votre grisette,

Qui vous traite d'imbécile et d'âne bâté.

Marceline Gouablin.

J'accepte le défi, dussé-je, pauvre femme ^

Échouer et périr, comme Catilina :

Pour si belle occasion il faut montrer de Vâme,

Et jamais, Dieu merci, la mienne ne fouina.

De mots vifs et piquants, je m'essaie à la jongle ,

Après le grand Méry, le choyé citoyen

Du Parnasse escarpé. Là j'ai rogné mon ongle ;

Là, soit dit en passant, on me traite en païen.

Je comprends ces rigueurs, puisque de mirabelle.

Je suis dans l'embarras, comme de Mirabeau :

Allons un peu de cœur, un effort de plus belle,

Comparons l'orateur, au plus brillant flambeau.

Mais rien ne peut m'aider à caser Orestie :

Il me faudrait l'esprit de votre Gabrio

Et le mien, je le sens, manque la repartie,

Comme s'il s'agissait d'un terme d'agio.

Je m'arrête au banquet oii le friand hec-figue

Le dispute à la truffe, au délicat faisan,

Et, sans me fatiguer à décrire la ligue,

Parme, au si doux climat, et le brun parmesan,

Je m'amuse à croquer une fraîche noisette.

Après avoir mangé du succulent pâté

Et, sans me tourmenter, pas plus qu'une grisette,

J'attends un souvenir pour mon esprit bâté.

Vie. GÉRARD.

Oui, maitre, je voudrais avoir un cœur de femme

Pour te l'offrir, à toi, qui fis Catilina ;

Je voudrais te donner, pour te servir, une âme

Qui devant le danger jamais ne fouina.

Avec Tamour souvent, j'ai vu plus d'un qui jongle

Indigne à tout jamais du nom de citoyen^

Gandin déshérité qui sait limer son ongle,

Qui n'a ni cœur, ni foi, véritable païen.

Abreuvé de vin doux, ou bien de mirabelle,

Et qu'on eût flagellé du temps de Mirabeau !

Je voudrais être femme, et surtout la plus belle,

Pour porter devant toi le déleste flambeau,

Qui t'inspira Christine, Henri III, VOrestie,

Tout un monde brillant, où du gai Gabrio

Scintille à tout instant la vive repartie.

Mais, hélas, ce temps-ci, n'est qu'aux hommes d'agio.

L'un parle de report, au moment de la figue.

Au dessert, ou bien l'autre à l'heure du faisan.

Celui-ci gros boursier, contre chacun se ligue :

« Plus de gaité, morbleu I gâteaux et parmesan^

)) Laissez-là tout en plan t vous cassez la noisette

» Quand je parle d'afi(jpiirel et repus de pdtè,

)) Vous courez après boire et théâtre et grisette!,,, »

Maître, l'homme de bourse est un âne bâté!

Georges d'Heilly.

CE QUE J'AIME

De toute la nature j'aime surtout la femme ; J'aime tous les héros, même Catilma, Ma raison la voici : poussés par leur grande âme En face du péril, aucun d'eux ne fouina.

J'aime l'équilibriste qui, sans sourciller jongle Avec plusieurs poignards ; qui, quoique citoyen, Pour amuser les autres, tient au bout de son ongle L'épée au fil tranchant. Quil soit juif ou paUm^ Cela m'importe peu. J'aime la mirabelle Dans le sucre glacée. Ah I que de Mirabeau J"estime le génie ! son éloquence belle, A de nos libertés allumé le flambeau.

J'aime le vers de VOrestie Et l'illustre Dumas, père de Gabrio, • Et tous ceux dont l'esprit a de la repartie.

J'aime assez les écus; donc, j'aime Vagio, J'aime beaucoup les fruits et notamment la figue ; J'aime truffes, perdreaux, chevreuil, dindon, faisan, Et tout ce qui pour moi ou mon plaisir se ligue. Dans le macaroni, j'aime ]e parmesan ; Je ne déteste pas le goût de la noisette ; Des foies de Strasbourg j'adore le pâté ; J'aime l'air guilleret de notre humble grisette, Et, pour aller au bois, j'aime un âne bâté,

Semmëry.

Je n'ai pas mes vingt ans et j'adore une femme Qui me fait conspirer comme un Catilina, Et pour elle, lecteur, je donnerais mon âme Aux diables déchaînés. Dieu, que mon cœur fouinât Je suis un de ces hommes avec qui l'amour jongle^ Et vous voyez en moi un triste citoyen^ Qui, loin de posséder de l'esprit jusqu'à Vongle, Adore cette femi(ne comme ferait un païen.

Je m'occupe fort peu d'où vient la mirabelle, Ni de Sophie Monnier, voir même Mirabeau; Je ne sais qu'une chose, c'est que pour une beUe, Bien des maris, hélas I soutiennent le flambeau. Le poëte célèbre qui créa YOresUe Par moi n'est pas connu, pas plus que Gabrio ; Les questions qu'on me fait restent sans repartie; Puis, j'ignore à la bourse ce que devicint Vagie; Pen m'importe le prix des fruits comme la figne ; Je ne reconnais pas un chapon d'un faisan :.

Enfin, ami lecteur, contre moi tout se ligue Et fait que je déteste jusques au parmesan* Aux couleurs je préfèlre celle de la noisette. Bon I voilà que je fais sur ma feuille un pâté,,. Adieu donc, cher Dumas, je vais voir ma grisette. Car ma pauvre lyre chante comme uii âne bâté.

A. GUÉROULU.

— iOO -

Je dois à mon destin d'avoir épousé femme Qui descend de Tibère ou de Catilina; De ces hommes méchants elle a le cœur et Yâme ; A dompter ses fureurs mon courage fouina ; Vertus, devoirs, lui sont hochets dont eWe jongle. J'ai beau vouloir la paix comme un bon citoyen, Elle attaque, riposte, et du bec et de Vongk. Ses querelles sans 6n me damnent en pàien.

Tantôt, pour l'apaiser, j'admis que MiraheUe Était le féminin du nom de Mirabeau, Vaine concession : sa tête de plus belle S'échaufFe et du savoir croit tenir le flambeau; Car on l'entend soudain réciter d'Orestie Des vers qu'elle entremêle en narrant Gabrio; Se faire la demande avec la repartie.

Puis supputer son dire en maître ès-agio ; A tout ce qui l'entoure après faisant la figue, Et do l'œil dédaigneux d'un superbe faisan, Semble de disputeurs défier une ligvst Quand je soupais six jours d'un quart de parmesan, Que le septième au bois pour cueillir la noisette, J'allais joyeux, muni d'un croûton de pâté, Pour l'offrir en régal à ma chère grisette.

J'étais loin de prévoir l'horreur d'être bâtèt

Gromolard.

Si je niais la grâce chez la femme, Si j'approuvais Taffreux Catilina, Si je vantais le poltron qui, sans dme, A tout propos, sans cesse fouina; Trompé, séduit par un tribun qui jongle, Si j'agissais en mauvais citoyen ; Si je cherchais à déchirer de Vongle Juif, protestant, catholique ou païen ; Si j'aimais mieux la blonde mirabelle.

Mûrie aux lieux où naquit Mirabeau, Que de Montreuil la pèche la plus belle; Si sur Terreur j'éteignais le flambeau; ' Si je disais que l'auteur d'Orestie Est sans esprit^ non plus que Gabrio ; Si je niais sa vive repartie.

Et le nommais le roi de l'agio; Dans un repas, si je faisais la figue Au doux parfum qu'exhale le faisan; Avec les sots, si j'entrais dans la ligue, Qui veut exclure et truffe et parmesan, Et si j'allais préférer la noisette Au un hachis que renferme un pâté ; Que chacun dise, ou gandin ou grisette :

(k Gaillard n'est plus qu'un vieil âne bâté, »

Gaillard.

Je ne suis ni homme ni femme :

Je dëteste Catilina.

Ce conspirateur, sur mon âme^

Jamais, c'est vrai, ne fouina.

Peut-être le tigre en la jungle

Eût redouté ce citoyen,

Et une femme, d'un coup d'ongle

N'eut pas fait trembler ce païen.

Pour moi, j'aime la mirabeUê,

J'admire le grand Mirabeau.

Jamais la femme la plus belle.

De l'amour tenant le flambeau,

Ne pourra hafr Orestie,

Ni faire oublier Gabrio,

J'aime la prompte repartie

Et je déteste Vagio.

J'ai assez de goût pour la figue,

Davantage pour le faisan.

Je brave des autres la ligue,

En dégustant mon parmesan ;

Mais en cassant une noisette

Ou en avalant un pâté,

En compagnie d'une grisette,

Je ne suis qu'un âne bâté,

Henri Gillot.

Monsieur Dumas, je ne »iis qu'une femme.

Et je connais fort peu CatUina ; Vous me rendrez service, sur mon âme.

En m'apprenant le sens du mot fouina.

Pour Mëry seul, ces vers sont de \s^ jongle, II est certain que plus d'un citoyen' En les cherchant, a dû se ronger Vonyle, Et, maugréant contre eux comme un pdien, S'est demandé pourquoi de mirabeUe - Vous avez fait précéder Mirabeau, Et si c'était le nom de quelque belle, Pour qui l'amour alluma son flambeau , Et qui joignant aux charmes d'Orestie, Le pétillant esprit de Gabrio, Bien mieux que moi donnait la repartie.

En ce discours, où placer agio?

Avec ce mot vous m'avez fait la figue; Mais maintenant qu'il s'agit d'un faisan,.

Contre moi seule, en vain votre art se ligue Je vous défie devant un Parmesan.

Mais s'il s'agit de chanter la noisette, Les déjeuners sur l'herbe, où le pdtè A des attraits si doux pour la griutte.

Je reconnais être un aiie bâté.

Quand Dieu, au paradis, créa rtiomme et la femme,

Au premier il donna, cœur de Catilina ;

La femme eut en partage cette douceur de Vâme

Qui devant le malheur jamais ne fouina.

En ces temps primitifs, point de tigre^n la jongle :

Le loup avec. l'agneau vivait en citoyen,

La panthère le lion, laissaient rogner leur ongle

Sans se douter qu'un jour un empereur pa'ien

Jetterait dans Tarène, dru comme mirabelle,

Des hommes, des chrétiens, ajeux dos Mirabeau,

Et que, dans une orgie, pour la rendre plus belle,

Les martyrs à Néron, serviraient de flambeau»

On ignorait alors les vers de VOrestie ;

Dans le néant dormait le nom de Gabrio.

Sommes-nous plus heureux? Je crois sans repartie,

Qu'on peut répondre oui, nonobstant Vagio,

La feuille de figuier maintenant fait la figue

Au plumage doré du plus joli faisan.

Nous défaisons les rois; nous avons fait la Ligue ;

Et le macaroni au divin Parmesan,

Mais je donnerais bien un boisseau de noisette,

Pour retourner au temps, où Vénus, gros pâté.

N'était pas une maigre et phtisique grisette^

Quand jamais un ânon n'avait été bâté.

supplice, inventé par Talbum d'une femnie^

Toujours toi ! — Qubusque tandem Catilina... !

Combien de fois déjà torturas-tu mon orne,

Et combien devant toi mon bon sens Fouina t

Avec les bouts rimes lorsque mon cerveau jongle,

Adieu ma dignité d'homme et de citoyen !

Je m'arrache le poil, je me dévore V ongle ^

Je souffle comme un bœuf, sacre comme un païen ;

Et, l'œil en feu, le teint couleur de mirabelle,

J'ai beau gesticuler, pareil à Mirabeau,

Rien n'y fait rien : l'idée, aux contraintes rebelle,

Meurt: l'éteignoir brutal a tué le flambeau !

Vous les ignorez, vous, père de VOrestie,

Ces extinctions-là. Pas une Gabrio,

•Voulant les raviver sous quelque repartie.

Qui ne perde son temps à ce vain agiot

Il faut moins de pépins pour gonfler une figue.

De plumes pour vêtir le ventre d'un faisan,

Moins d'arguments pour fairje au moyen âge en Ligue,

Gibelin un Lucquois, et guelfe un parmesan.

Qu'il ne faut remuer de mots pour que noisette

Amène au bout d'un vers largement em pâté,

Sa rime, en éclatant au croc d'une grisette.

Et l'ayant fait, doit*on se croire dé bâté?

E. Gaffé.

Au premier rang, Bumas, place toujours la femme ;

Quand il s'agit pour lui, nouveau Gatilinay

D'un complot épatant dont il est aussi Yâme,

Fier, plein d'ardeur, jamais il ne fouina.

Ne croyez point, Messieurs, qu'il use de Ibl jongle;

Car, de tout temps, il fut excellent citoyen ;

Jamais il n'a tente de donner un coup d^ongle,

Si ce n'est pour juger un clos vougeot paUen,

Ou bien pour éplucher la prune mirabeUe,

Il serait, au besoin, plus grand que Mirabeau^

S'il lui fallait encor vous ravir une belle,

De jour comme de nuit, avec ou sans flambeau.

Ne fut-il pas heureux auprès de VOrestie,

Moins prude, toutefois que sa so&ur Gabrio ?

Il a .plus de succès avec sa repartie

Qu'avec tout l'or offert, conquis par Vagio,

Qui de vous tentera de lui faire la f^ue f

Essayez des vins fins, prodiguez le faisan ;

Grands céladons usés, formez donc une ligue:

Vous serez repoussés comme un \ieux parmesan ,

Et, lorsque vous croirez de croquer la noisette

II vous accordera les bribes d'un pâté ;

Puis ricanant, ainsi que fait une grisette,

Il vous criera : « Messieurs, Messieurs, l'âne est bâlé, »

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