‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 80 sur 128 · HONORÉ MAITRE · texte numérisé non relu

HONORÉ MAITRE

Maître, à vos bouts-rimés je souscris, car ma femme^

Aussi prodigue, hélas ! que feu Catilina,

Veut qu'il en soit ainsi ; sa trop généreuse âme

Jamais, devant vingt sTous, jamais ne fouina.

Pour moi, Dumas, sauvage échappé de \di jungle^

Qui m*ose, à peine encor, appeler citoyen,

Mon esprit comprend peu que l'on se morde Vongle

Pour un tel jeu- d'enfant, digne au plus d'un païen.

Ma foi, j'aimerais mieux vingt sous de mirabelle.

Pauvre rustre! pourtant j'admire Mirabeau,

Sa puissante éloquence et sa gloire si belle,

Son esprit lumineux qui fut notre flambeau,

Ahl plutôt^ pour vingt sous, donnez-moi VOrestie

Ou bien envovez-moi deux vers de Gabrio.

La gloire entre vous deux fut toujours répartie,

Et je serai content d'un si noble agio.

Mais à vos bouts-rimés c'est trop faire la figue !

Bien que je leur préfère un savoureux faisan;

Je veux^ pour les avoir, entrer dans votre ligue

Gomme aux macaronis entre le parmesan.

Nous les lirons, l'hiver, en cassant la noisette,

Au coin du feu, lestés d'un succulent paîé ;

Et, s'ils peuvent charmer un esprit de grisette,

II? charmeront aussi plus d'un âne bâté.

Df Moroxpijy.

Après avoir écrit ce ravissant mot femme,

Alexandre, dis-moi, que fait Catilina,

Ce vil conspirateur qui, la haiiie dans l'awe,

Comme chacun le sait, vers la fin fouina?

J'aime encor mieux, vois-tu, le charlatan qui jongle,

Du moins ce n'est pas là le mauvais citoyen,

Qui voulait déchirer de sa griffe et de Vongle

Tout ce qui le gênait, l'ambitieux pdien.

Aussi, n'en parlons plus, mangeons la mirabelle.

Ce soir, au Vaudeville, allons voir Mirabeau

Et sa tendre Sophie, elle, qui sut, si belle.

Allumer, dans son cœur, de l'amour le flambeau.

Certes, nous n'aurons pas les vers de VOrestie,

Nous n'aurons pas l'esprit charmant de Gabrio,

Mais nous pourrons pourtant à mainte repartie

Applaudir et laisser de côté Vagio,

D'ailleurs, chacun son goûl : j'en sais qui de la figue

Aiment mieux le parfum que celui du faisan.

Ce n'est pas pour cela que contre eux je me ligue :

Moi, comme Rossini, j'aime le parmesan.

Mais à chacun son goût. Voyez aux gants noisette

Ce faquin maigre et long, à l'air bête, empâté :

A tout homme d'esprit, vous verrez la grisette

Préférer, pour son or, ce grand âne bâté.

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