POUR UN AUTOGRAPHE A CONQUÉRIR
J'abandonne à Tinstant mon déjeuner, ma femme ; Je repousse du bras Rome et Catilina ; A l'offre de Dumas, je sens bouillir mon âme... Mais comment me tirer de la rime fouina?...
Ma foi, je Tescamotte en véritable jon(/ie, Sans m'en croire pour ce plus mauvais citoyen... Bon!... ma plume perd son bec; l'encre me souille V ongle, Et me voici jurant comme un damné païen/...
Je repars... Où en suis-je?... M'y voici. — Mirabelle.., Inspirez-moi, grand homme, sublime Mirabeau, Vous qui, sur tout venant, saviez prendre la belle; Ma muse n'y voit goutte, allumez son flambeau t.. . Ahl c'en est fait de moi... Qu'est-ce que VOrestief... Que tu viens à propos, sensible Sabrio, Toi, toujours si subtile en toute repartie, Qu'il s'agisse d'esprit, ou même d'agio!,..
En voici bien 4 'une autre!... Ici, je vois la figue. Usurpant sans façon la place du faisan.
Contre ma volonté ma muse enfin se ligue; Puis, après le dessert, parler de parmesan, Et, lorsque a disparu la dernière noisette, Représenter soudain l'indigeste jja^é/...
C'est fait pour étouffer un moine, une grisette : auto ra he, adieu. Suis-je donc né buté !
Au temps de Cicëron, si j'avais ëtë femme.
J'aurais ose, peut-être, aimer Catilina :
Il y avait en lui de la force, de Vâme ;
Par malheur, il est vrai, de tout bien il fouina.
Mais tel homme aujourd'hui qui parade, qui jongle,
Veut se faire passer pour un grand citoyen, .
Dont la vertu tiendrait sur le bout de mon ongle.
Et qui serait honni par le dernier païen.
Catilina, peut-être, aimait la mirabelle ;
Il eût, de notre temps, admiré Mirabeau.
Sa vie, à tous égards, certes, n'est pas trè^belle.
Son exemple n'est pas un lumineux flambeau.
C'est vrai; mais pouvait-il connaître VOrestie,
Entendre quelquefois la voix de Gabrio,
Ou admirer au moins sa vive répartie ?
Est-il donc étonnant qu'il aimât Va^io?
Mais quel malheur, hélas I je rencontre la figue.
Et il faut que je fasse un vers pour le faisan.
J'ai perdu mon sujet, et la rime se ligue
Contre ma pauvre plume avec le parmesan.
C'est bien fâcheux, vraiment; car j'aime la noisette.
Et pour tenter la rime il me faut un pâté;
Car la rime est bizarre autant que la grisette,
El près d'elle je suis comme un âne bâté.
Em. Rouas.
Vieux soldat, forestier, moins tendre qu'une femmiy Aimant mon nom, Toussaint, mieux que Catilina; Ayant, je crois, bon cœur, surtout une fîère âme, Qui, devant les dangers, jamais ne fouina; Qui fréquentai les camps et la mer et la jongle^ Et m'honorai toujours d'être vrai citoyen.
Je veux, mon cher Dumas, payer rubis sur Yongle^ A toi qui n'est pas juif, encore moins païen. Un franc, de couleur blanche et non pas MirabeUe^ Fabriqué dans un temps qui suivit Mirabeau, La pièce à t'envoyer est prête, ronde et beUsp Et^ neuve, elle a pu luire et servir de flambeau. Cela ne peut suffire à payer VOrestie, Ni tes œuvres, encor moins celles de Gabrio : Elle est à ton défi l'unique repartie Et ne peut se prêter au plus mince agio, Achètes-en mon livre, et pas la moindre figue; On n'en pourrait avoir ni lièvre ni faisan; Mais elle peut servir à cimenter la ligue Des amateurs de pâte enduite au parmescm, Qui, pour dessert, an vin ajoutent la noisette. Après avoir dîné d'un succulent pâté.
Dont s'accommoderait toute fraîche grisette.
Je souscris donc* Or, te voilà bâté*
TPHssaint-Aïnédée Prudhomwe,