‹ Bouts-rimés, publiésChapitre 96 sur 128 · A MANON · texte numérisé non relu

A MANON

Plus éloquents cent fois sont tes grands yeux, ô femme!

Que Gicéron parlant contre Catilina:

Un instant t*a suffi pour subjuguer mon âme.

Ah ! devant tes baisers, lâche qui fouina t

Commande, et je te suis, au désert, dans la jongle;

Je prends au sérieux mes droits de citoyen.

Je porterai ton deuil, si tu meurs, à chaque ongïb.

Me veux-tu sous-préfet, cardinal ou paien ?

Tes beaux cheveux dorés comme la mirabelle

Ont plus d'admirateurs que n'en eut Mirabeau,

Oui, je consentirais, tant je te trouve belle,

A ne rien exiger que tenir le flambeau!

Pour voir ton pied mignon, j'apprendrais VOrestie,

Je lirais sans bâiller Limayrac,' Gabrio

(Dieu sait quelle amertume ainsi m'est répartie!);

Pour un baiser de toi, je ferais l'agio.

Que faut-il pour te plaire? Un collier, une figue,

Une chaumière à deux, mon cœur, ou du faisan?

Est-ce vive le roi, ou bien vive la ligue?

As-tu soif de tendresse, ou faim de parmesan ?

Veux-tu venir au bois et cueillir la noisette?

Aimes- tu la vertu, la truffe ou le pâté?

Es-tu moins que rosière, esjtu plus que grisette?

Ange ou démon, enfin, de toi je suis bâté!

Ce que je hais, c'est une vieille femme

Qui dans sa logo règne en Catilina;

Rien n'attendrit ravaricc en son âme^ Qui devant la querelle jamais ne fouina.

Avec un vieux chat gris elle s'amuse et jongle : Devenus la terreur du pauvre citoyen, Les deux amis souvent donnent plus d'un coup d'onghy Qui font que malgré soi on jure comme un païen. La mégère, sur son pain mangeant la mirabelle, Devant ses locataires se pose en Mirabeau; Par malheur, Téloquence ne la rend pas plus belle, La chandelle fumeuse qui coule en son flambeau N'a jamais éclairé les vers de VOrestie; Toujours du Paul de Kock, jamais du Gabrio, Chez feu Pigault-Lebrun elle prend sa repartie. Sur la bûche et le terme fonde son agio.

Au moment des étrennes, plus douce que la f^ue, Du produit de ses gains elle s'accorde un faisan. Avec la cuisinière toujours elle se ligue, Et fait révolution dans l'état parmesan.

Quand ce cerbère dans l'antre, en cassant la noisette. Vous attend un peu tard, jetez-lui un pâté.

Ou le billet d'entrée d'un drame de grisette; Car, à ses yeux, Ponsard n'est qu'un âne bâté,

Une abonnée.

Mon cher maître Dumas, un vieil âne bâté

Qui ne peut plus courir la gentille grisette

Et préfère déguster un excellent pâté

Au plaisir fastidieux de cueillir la noisette,

Qui n'aime le fromage qu'on nomme parmesan

Qu'en des macaronis, au chester s'il se ligue, «

Qui ne déteste pas une aile de faisan

Et mange volontiers au dessert une figue

Accourt à ton appel, faire un vrai coup d*agio.

Bravant effrontément la verte repartie.

Et dût-il oublier la belle Gabrio

Et les vers enchanteurs de l'illustre Orestie^

n lui faut à tout prix pour guide et pour flambeau

De l'esprit de Méry, cette page si beUe

Qui vaut mieux qu'un discours du tonneau Mirabeau.

Ne crois pas cependant que pour la mirabelle

Il veuille renier les écrits du païen,

Puis les voir lacérer et des dents et de V ongle ? '

n rend plus de justice à ce grand citoyen.

Mieux vaudrait pour toujours qu'avec les morts il jongle

Que de s'entendre dire : Un jour il fouina ;

Et mieux vaudrait aussi que son corps fût sans âme.

Qu'il fût honni par tous comme Catilina

Et ne méritât plus l'estime d'une femme /

BOTIAN.

n est dur de songer qu'une adorable femme Pourrait aimer un gueux comme Catilina.

Elle lui livrerait et son corps et son âme Sans honte ni remords : le crois-tu, Fouinai Elle suivrait ses pas jusqu'au fond d'une jongle, L'appellerait son ange et son grand citoyen; De son orteil peut-être elle baiserait Vongle Pour mieux prouver sa flamme à cet affreux païen. On la verrait pour lui cueillir la mirabelle, Lui disant : Prends ce fruit, mon noble Mirabeau : C'est pour toi que je vis, pour toi que je suis beUe; Oui, ton âme est mon âme et ton oeil mon flambeau. Ainsi du roi des rois, dans la vieille Oréstie, L'épouse caressait, tu le sais, Gabrio, L'amant qui lui donnait la tendre repartie.

Tous deux filant l'amour dans un doux adagio. Trop longtemps à l'époux ils avaient fait la figv£» Ils venaient d'achever les restes d'un faisan , Tout d'un coup le héros, chef de la grande ligue, Survient comme ils allaient tâter du parmesan. La dame à sa moitié veut offrir la noisette, Agamemnon refuse et dessert et pâté ; Et lorgnant de travers Egysthe et sa grisette. Dit : Peste soit de l'âne et de qui l'a bâté.

CE QUE J'AIME

RÉPONSE A M. MONZIN

J'aime le doux parler aux lèvres d'une femme ^

Bien qu'un jour il perdît, dit-on, Catilina;

Mais j'aime qu'il soit franc et qu'il dévoile une âme

Qui jamais ne fléchit, jamais ne fouina.

J'aime qui, s'insurgeant contre l'homme qui jongle

Avec là foi, l'honneur, les droits du citoyen^

Sous le dard des partis, des factions sous Vongle^

Combat, comme un lutteur dans un cirque païen.

J'aime les beaux vers, doux comme la mirabelle^

Et l'orateur puissant, qui, comme Mirabeau^

Sur un peuple abruti qui bourdonne et qui bêle^

Gronde comme un volcan, reluit comme un flambeau.

J'aime les types flers, ardents comme Orestie,

Que burine Dumas, qu'estompe Gabrio;

J'aime les beaux esprits, prompts à la repartie^

Dont la verve est constante et n'a pas d'agio.

Là-bas, au Voméro, j'aime à cueillir la figue,

Je prise de Caserte sanglier ou faisan ;

Mais, ma foi ! je préfère à tous les plats en ligue

De gros macaronis couverts de parmesan.

J'aime l'auteur charmant qui fit casse-noweWe,

Qui prépare un roman aussi bien qu'un pâté,

Qui fait encore rêver la dame et la grisette.,.

Que suiâ-je près de lui? Rien qu'un âne bâté,

Ux Napolitain.

En soixante dix-neuf, je naquis d*une femme Dont les vertus eussent séduit Catilina, Mais, jeûne encore, hélas 1 ma mère rendit Vâme; Avec elle, aussitôt mon bonheur fouina.

Sur les places alors, je m*escrime, je jongle, J'attire autour de moi maint et maint citoyen ; Mais rarement je vis le luisant de leur, ongle,] Refléter leur argent : on me crut un païen.

J'étais donc réduit à croquer la mirabelle, A répoque où Ton vit le fougueux Mirabeau Aborder la tribune et, négligeant sa belle, De ses amours laisser s'éteindre le flambeau, A ce moment, je fis rencontre û'Orestie, Qui voulut bien me croire un autre Gabrio ; Mais, à ses arguments n'ayant de repartie, Elle me conseilla d'essayer l'agio.

Inapte a ce métier, je préférai la figue, Au lièvre, aux petits pieds, voire môme au faisan, Contre l'adversité, je me raidis, me ligu£j En mangeant du fromage et non du parmesan.

Enfin, je ne puis plus casser une noisette, Je ne puis mémo pas mordre dans un pâté; Et, malgré ma science aux yeux de la grisette, Je fus, en tous les temps, un âne mal bâté.

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