‹ bpt6k1042934Chapitre 5 sur 13 · LA GRANDE OURSE · texte numérisé non relu

LA GRANDE OURSE

E n lisant l'excellent Dictionnaire Üymologme de la langue wallonne, de M. Charles Grandgagnage, fai été frappe d’une expression dont je n'avais encore remarqué le pendant nulle part. La voici 1 ;

« Châur-Pôch (la Grande-Ourse, verb. : le char-Pouat : des huit étoiles dont semble formée cette constellation, les quatre en . carré représentent, selon les paysans, les " quatre roues d'un char, les trois qui sont ;:©n ligne sur la gauche sont les trois che- ^auxÿ: enfin j au-aessus de celle de ces trois -^ui esjt au milieu, il s'en trouve une petite ^qu’ils regardent comme le conducteur du éLaù'ils nomment Pôcl ). »

Dans cette intéressante notice sont contef •« nus ' quatre faits qu’il me sera permis de :

considérer séparément pour mieux m’en> rendre compte. 11 résulte., de l’expression recueillie et expliquée par le gavant lexico- , graphe liégeois : i’ que les habitants du pays wallon se représentent la constellation que;| nous appelons Grande-Ourse comme un cna-X?

riot; 2* que les quatre étoiles oc 6 y S sont ? pour eux les quatre roues du char, et <les£ étoiles e ç n les trois chevaux qui le traînent:^ 3* que la petite étoile i peine visible à l’œil ^ ntt . appelée par les astronomes g, qui se ^ trouve au-dessus de Ç, est à leurs yeux Je conducteur du char; 4* qu’ils, appellent' ce--/-" conducteur P 6 cè } c’est-à-dire Poucet: Voyons rapidement en auoi chacune de ces idées estM propre au peuple wallon, en quoi elle lui est ' 4 . commune avec d’autres.

O n sait que les peuples indo-européens, ne possèdent pas et n’ont jamais possédé de y religion proprement sidérale. Læs dieiucderl notre race sont la personnification , plus ou%. ■ moins distincte et plus ou moins ancienne)^

des grands phénomènes naturels. Née probablement dans un pays de montagnes, sous les climats violents de la Haute Asie centrale, la religion indo-europénne porte dans chacun de ses mythes. la trace de la joie ou de l’effroi que jetaient dans l'âme encore presque uniquement sensible des hommes d’autrefois les convulsions terribles, mais souvent bienfaisantes . qu’ils avaient a subir sans moyens de s’en dcfendre. Si l’on ose émettre, une opinion sur les origines, encore bien obscures, des religions sémitiques, elles semblent s’être développées : chez un peuple plus réfléchi, moins passionné, et soumis à des conditions de vie différentes. Les grandes plaines où se sont assises les premières civilisations sémitiques n’offraient pas les spectacles grandioses et saisissants des . pâturages montagneux où la divinité se révélait dans lés orages ; la sérénité des nuits , la transparence de l’air , l’absence de lignes qui arrêtassent les regards, tout contribuait à reporter vers le ciel les yeux des pâtres qui menaient leurs troupeaux dans ces immenses

{ irairiés. Aussi tesCnaldéens furent-ils, d’après a tradition de toute l’antiquité , les premiers ■ astronomes ; mais avant qu'ils eussent l’idée .d’observer scientifiquement la marche des astres, ils avaient adoré leur splendeur. Les

cinq grandes planètes leur semblèrent partir' culièrement avoir quelque chose de divin : au milieu de l’immobilité aes étoiles , elles seules ; se mouvaient, et leur course paraissait natuv; rellement volontaire avant qu’on en eût constaté la régularité et calculé les variations. Avec le soleil et la lune, doués du même mouvement, les cinq grandes planètes constituèrent donc Theptaae sacrée des Babyloniens/., heptade qui domina non-seulement leur culte,'mais plus tard leur science, et qui s’est con* servée jusqu’à nos jours dans notre semaine, à chacun des jours de laquelle préside en réalité une des planètes : les noms des dieux : assyriens, changés par les Grecs, suivant leur' usage, en ceux des dieux helléniques, puis. ^ transposés de nouveau par les Romains, ont/I disparu dans cette double transformation;-^ mais lés noms de leurs remplaçants latins- désignent encore pour nous cinq jours au' moins de la senfâine, tandis que chez les* ; peuples germaniques, subissant une traduction* ■' nouvelle, ils sont détrônés par ceux des vieilles divinités tudesques. C’est un des cas, devenus ; moins rares depuis les belles découvertes contemporaines, ou notre civilisation se reconnaît : : l’héritière de ces antiques sociétés orientales qu’on croyait mortes sans avoir laissé de M

tracés ; nous retrouvons plus d’une fois avec étonnement, dans nos idées les plus habituelles, dans les notions qui nous sont les plus familières, la manière de penser et de sentir de ces peuples qui nous apparaissent si lointains. Nous devons signaler et raviver de tels souvenirs avec une connaissante piété.

Mais ce n’est point là le sujet de cette étude. Je veux seulement constater que les religions indo-européennes ne nous offrent rien de semblable au culte planétaire. Jacob Grimm s’est étonné de cette lacune chez les Allemands :

elle leur est commune avec leurs frères. Les peuples de l’Europe, au moins, ne semblent même pas avoir eu de noms pour désigner les planètes : ceux qu’ils leur ont donnes sont, comme nous venons de le dire, empruntés aux Orientaux. Vénus seule, généralement divisée en étoile du soir et étoile du matin 3 a été l’ob- ■ jet de légendes mythologiques et de dénominations diverses 1 ; les quatre autres planètes ne sont mentionnées, si |e ne me trompe, avec (les npms particuliers, dans aucun textp ancien antérieur à l’introduction en Grèce de l’astronomie asiatique.

L’impression produite sur nos ancêtres par - >le ciel étoilé fut tout autre. Ils en restèrent

pour les astres à ce premier état oui semblé ■ avoir précédé, même à l’égard des autres phénomènes naturels, l’état proprement religieux. Ils se bornèrent à transporter dans le ciel les objets qui leur étaient le plus familiers sur la terre : ils le peuplèrent comme ils pouvaient se représenter que serait peuple un vaste champ. Cette conception naïve s’eSt conservée en partie, mêlée à bien d’autres ' choses, dans ce singulier catalogue des astres que nous a transmis la Grèce et qui contient . le plus souvent des inventions toutes personnelles, des légendes relativement modernes et même, comme on sait, un bon nombre de, flatteries d’astronomes officiels. Deux choses" caractérisent les plus anciennes dénominations - . astronomiques, celles que nous pouvons sans 1 crainte reporter aux plus anciens temps de l’existence de notre race : elles ne portent que 1 sur les groupes d’étoiles les plus visibles et les plus naturellement constitués, — elles considèrent moins, pour établir leurs analogies, Jes lignes qu’on peut tracer en passant par les étoiles , que ces étoiles elles-mêmes , prises chacune i part. Cette dernière remarque est due à Jacob Grimm, qui a vu avec raison dans ce trait le sijgne ordinaire d’une haute antiquité. Il faut ajouter que les noms de cette catégorie se

retrouvent d’habitude , ou identiques ou analogues , chez la plupart des peuples qui composent la grande famille à laquelle nous appartenons. Pour nous en tenir à cette constellation splendide dont la forme presque régulière frappe tout d’abord les yeux qui se lèvent au ciel par une belle nuit, nous trouvons chez différents peuples indo-européens, avec quelques variantes, une même manière de se la représenter. Je ne parle pas ici du nom d’Ourse (*ApxTo<) qui, comme l’a fort bien montré M. Max Mülier, repose sur une simple erreur étymologiqueet veut proprementdire «étoile » 5 : il est clair qu’il n’a aucun rapport avec la forme de la constellation , et Grimm conjecturait en vain, pour expliquer ce nom bizarre, que les trois étoiles supérieures avaient d’abord rappelé l'image de la queue d’un ours, et qu’on avait alors donné à l’ensemble le nom de l’animal, sans y regarder de trop près pour la ressemblance du corps. La représentation habituelle qu’on s’est faite de la Grande-Ourse a été celle d’un char*, et ce nom, qui remonte à une si haute antiquité, nous indique assez bien quelle pouvait être la plus antique forme du char. Les quatre roues, qui sont presque placées aux quatre angles d’un carré parfait, nous font penser à ces grands tombereaux ,

comme on en voit encore dans nos campagnes, qui sont à peu prés aussi larges que longs, et forment, par leurs quatre pans droits et hauts, une sorte d’édifice massif que supportent quatre roues basses.

Les nations diverses sont d’accord en effet pour attribuer aux qua très étoiles « p y S le rôle des quatre roues V Mais elles varient sur . la valeur qu’elles donnent aux trois étoiles qui se trouvent au devant. Les unes en font le timon du char, les autres en font les bêtes qui; . le traînent. La conception hellénique appartenait à la première categorie, comme le montre^ le scholiaste d’Aratos sur le vers 27 (’AfxTot £(ta rpoxo» « 3^ xoMovrou âjiagat) des Phi-

nomlncs ; tflv nwipuv farlptov «il ipo^fiv; ; ; mpaXau6avo|iévt»v, Tâjv 8i rprôv tîJç oùpfiç îytt ' ■ ÿv|ioO. La même manière de se représenter la constellation est indiquée par le latin temû., -

? ui désigne sofèle groupe entier, soit les trois toiles antérieures 4 ; elle est d’ailleurs exprimée clairement dans ce vers ajoutépar Domitien dans sa traduction d’Aratos : 7 res temoiu, \ rotisque micant sublime quaternae. On la retrouve / dans l’allemand detchsel, nom donné à ces trois étoijes (et qui; en anglo-saxon, peut désigner 1 aussi (thistl)ià constellation tout entière 4 ),, et

dans le tchèque ogka « timon, » pour les trois : étoiles de devant®.

A la seconde manière de comprendre la figure se rattache, nous l’avons ait en commeiiçant r la représentajion wallonne : les trois , étoiles de devant sont les trois chevaux en ligne. Laquelle de ces représentations est la plus ancienne? Il ne faut pas attacher grande importance à ce que la seconde n’est constatée que dans un patois moderne, tandis que la première se trçuve en latin; on sait assez qu’en mythologie comparée l’antiquité des faits est bien différente et fort souvent inverse de celle des documents qui les offrent : d’ailleurs je chercherai tout à l’heure à montrer que

E lusieurs autres peuples ont eu la même idée, .a question revient en somme à celle-ci : quel est le plus ancien mode d’attelage? a-t-on commencé par atteler les bœufs (car il est cla'r que pour trouver la forme antique de la conception wallonne il faut remplacer les chevaux par des bœufs) deux à deux sous le joug de chaque côté d’un timon, ou bien les a-t-on d’abord attachés au char par des cordes, l'un à la file de l'autre, avant d’inventer les brancards? Je laisse la question à résoudre aux archéologues : je ferai seulement remarquer que la manière de comprendre les trois étoiles

comme trois bœufs, au lieu de se figurer la lime qui les traverse comme le timon, est ,v : d’après l’ingénieuse remarque de Grimm, celle"- ' qu’on est porté à regarder comme la plus \ primitive.

Cette idée de trois bœufs rappelle une dé-, nomination latine, usitée à côte de plaustrum',. et de tano, et qui semble aller plus foin encore, /; dans la même voie : je veux parler de septem . trio nés. Tout le monde a jusqu’i présent adopté l’explication de Varron, d’après lequel ce nom/ désigne sept bœuf; de labour. Seulement^ ^relier pense qu’on appelait triones , pour te-.< rioncs, de tertre, les bœufs occupés à battre le blé dans l’aire”, et il a fort ingénieusement// rapproché ce mot d’une croyance rapportée ’ par Grimm. On sait que là Grande-Ourse prend dans le ciel différentes positions **, de maniéré

3 ue les trois étoiles e Ç tj se trouvent dirigées , ans des sens différents ; aussi dit-on en Suisse que le chariot se retourne à minuit avec un - ’ grand bruit* 1 , et c’est une superstition qui se \ retrouve dans beaucoup d’endroits. Preller ' suppose que c’est ce qui a fait choisir^ pour*' les placer au ciel, des triones qui font le tour de l’aire, au lieu de simples bœufs (R. M., y p. a$o). Mais tout récerament M. Max Mûller

a voulu expliquer le mot septemtriones par . une méprise analogue à celle qu’il a constatée ..pour ipxtoç Triants , d’après lui, ne voudrait >pas dite « bœufs ; » ce mot , qui ne se rencontre nulle part, . serait une pure invention de yarron pour satisfaire à l’étymologie qu’il avait en tête, et triones serait pour *striones "steriones (cf. tego taurus truncus pour *stego *stiarus*struncus) et voudrait dire < étoiles ; b on aurait appelé la constellation tout simplement « les sept'étoiles, » à côté du nom indépendant de plaustrnm. On peut voir une

- ; confirmation de cette hypothèse dans la forme , 'septemtrio, qui répondrait au Sicbengestirn

{= les Pléiades) des Allemands ** ; trio ou sttrio signifierait alors « assemblage d’étoiles, b comme Gesiirn ; la forme singulière serait la " plus ancienne, et le pluriel irrationnel se serait

- introduit sous l'influence, du mot septem. —

. Toutefois, je ne puis dissimuler qu’il y a plus

d’une objection à l’ingénieuse conjecture de M. Mûller. Il parait d’abord singulier que l’s, si bien conservée dansVeru/n Stella, soit tombée dans le mot "sterio trio. Il est bien vrai : ensuite qu’il faut se méfier des mots que

- Varron cite à l’appui de ses étymologies 13 , surtout quand ils ne se rencontrent pas ail-

; leurs 4 *; mais il est peut-être téméraire de

supposer que quand ii dit : « Encore ,au-

E >urd’hui les bouvière appellent trioaes les oeufs de labour, » il invente complètement le mot et le sens. Cette supposition devient' encore plus invraisemblable si on remarqué;, que le premier auteur de cette explication n’est pas Varron, mais Aelius Stilo, qu’Aulu* r Gelie (XVI, 8) appelle magister Vàrronis, et dont l'autorité, outre qu’elle est sensiblement plus ancienne, est de toutes façons plus con*: sidérable. C’est ce qui ressort d’un passage d’Auhi-Gelle que M. Max Mtiller n’a pas relevé, et qui me paraît décisif**. D’ailleurs^; 'si trio, au sens de « bœuf, » ne se trouve

S ue dans les grammairiens cités**, au sens ’ « étoile » il ne se trouve nulle part, ét lenom propre Trio, qui a appartenu au moins ‘ à deux familles romaines* 1 , semble un sobriquet emprunté à un bœuf plutôt qu’à un :

astre". Mais ce qui me fait Surtout hésiter à entrer dans les vues du savant professeur d’Oxford, c’est que je comprends autrement , que lui les appellations de bovcs elttmo, appliquées par le même Varron à notre constellation, et dont il (ait une seule et même; désignation . tandis que j’y vois deux noms dis- -• tincts. Il est à remarquer, en effet, comme je l’ai dit plus haut, qu’on né trouve jamais baves z

' J et temq * pour dire la Grande-Ourse, en dehors de ce passade, dont le contexte se prête d’ailleurs très-bien à mon explication. Je crois donc que les Romains ont appelé nos sept étoiles « les sept boeufs, » scptem boves ou septem triones, et je signale ces noms comme nous offrant sans doute je seul vestige romain d’une autre compréhension de la constellation polaire, compréhension plus simple encore

? ue celle du char, et dans laquelle les sept toiles sont pleinement indépendantes les unes des autres et ne tiennent de leur assemblage d’autre rapprochement qu’une représentation identique. Cette dénomination serait la plus primitive d’après l’observation de Grimm rapportée plus haut; l’idée de concevoir les astres isolés comme des bœufs paissant dans le champ céleste est d’ailleurs très -naturelle, et on verra plus loin qu’on peut en retrouver la trace ailleurs.

Je reviens à l’idée du char traîné par trois bœufs ou chevaux, qui est celle du pays . wallon, et, je pense, de la plupart de nos provinces. Le troisième point de la définition wallonne, c’est que la petite étoile qui se : trouve au-dessus de ( est le conducteur du char. L’idée d’ùn conducteur au char céleste se re-

trouvé ailleurs ; seulement d’autres peuples le placent, non pas là, mais au devant du char ; il marche en tête de l’attelage, et c’est pour- ' quoi je pense que très-anciennement on s’est représenté le char non pas comme abandonné et immobile , ce que suppose l’addition pure et simple du timon, mais comme traîné et mis tn mouvement par les trois bœufc attelés. Ce conducteur est appelé par les Grecs pewnK, le bouvier; mais la dénomination postérieure d’âpxTo;, appliquée à la constellation qu’il touche de près, lui lit donner plus tard le nom d’iptToOpoî ou àoxToçûJioS , et on l’encadra dans ia fable de Callisto changée en ourse et placée an ciel. Mais le {tourne a aussi ses légendes, évidemment plus anciennes : d’après ''une d’elles Icarios, père d’Erigone, ayant chargé un char d’outres pleines de vin, le conduisit dans PAttique et; distribua aux laboureurs les présents de Dionysos: ceux-ci, quand ils ressentirent les effets de l’ivressej se crurent empoisonnés, se jetèrent sur Icarios et , le tuèrent^ mais Zeus le transporta dàns le ciel avec sa fille Engoue et le chieu fidèle qui avait assisté à sa mort et qui révéia ia piace où était jeté son cadavre , — et sans doute aussi avec son char; car ce doit être là le premier motif de toute l’histoire. Une autre

légeod^pjus simple 31 raconte que Philomelos, fils de Deraetef et d’Iasion, avec le peu d'argent qu r il avait, acheta deux (trois?) boeufs, et fabriqua le premier char : et sa mère admira tant son invention qu’elle le transporta au ciel avec son char et ses bœufs, « arantem eum inter sidéra constituasse et Bootem appellasse. » — Cette variante nous fait voir dans la constellation principale, non plus un * char proprement dit, mais une charrue (bien qu’elle dis e plaïï$trum) t et nous retrouverons la charrue par la suite ; entre les deux il y a d’ailleurs évidemment une grande affinité **.

En regard des fables si nombreuses où les Grecs nous montrent des héros transportés parmi les astres , se placent les légendes germaniques qui nous représentent aes personnages condamnés à fair$ éternellement là-haut ce qu’ils ont trop aimé ici-bas. On sait que le chasseur sauvage donna sa part de paradis pour son plaisir favori, ce qui fait au’il est condamné à chasser à outrance jusqu a la fin du monde» De même, d’après une tradition allemande (Grimm, D. M 688), « un charretier mena un jour Notre Seigneur ; en récompense. celui-ci lui promit le royaume du ciel 13 , mais charretier dit qu’i! aimait mieux conduire éternellement sa voiture d’orient en oc-

cident. » Son vœu fut exaucé : le char est au ciel **, « et l’étoile la plus haute des trois étoiles antérieures, celle qu’on appelle le cavalier , dit Grimm, c’est le charretier. » Grimm a fait ici une erreur ; les trois étoiles du timon ou les trois bœufs (chevaux) de l’attelage ne

E euvent être interrompus par un personnage umain. H s’agit ici, comme dans les autres récits analogues, de cette petite étoile qui s’appelle en effet le cavalier 9 et â laquelle tes modernes ont transporté l’histoire et les attributions du powTTic 15 . Le nom de cavalier, reiter , lui convient fort bien si on se représente urçe voiture attelée de trois chevaux : sur celui- du milieu, le postillon est en selle. On rappelle en effet ainsi en France; je lis dans le Cours d’ Astronomie de M. Delaunay ,fl : « On donné aussi quelquefois à la Grande-Ourse le nom* de Chariot : <x p y 5 sont les roues, e Ç sont les chevaux ; une toute petite étoile , située tout près de ç, figure le postillon 17 . »

Voilà donc plusieurs nations chez lesquelles les quatre étoiles disposées en carré, les trois étoiles antérieures et la petite étoile située audessus de Ç, figeant la même chose que chez les Wallons. Le nom de Poucet dorfneà cette petite étoile n'est pas propre non plus aux Français du nord : Jacob Grimm nous apprend

J u’en Basse- Allemagne on l’appelle dümeke, à •snabrück dümke, dans le Mecklembourg dümine, dans le Holstein on dit : Hans Dûm • ken, Pans Dümkt sitt opm wagn *•; dès le XVII* siècle , Prætorius parle de pollieari auriga , dümeke fuhrman ( D . M., p. 689) * 9 . Ne trouverait -on pas quelque sens analogue aux mots lithuaniens gryjulia } gryjdo rats ( rats = roues, char), que Grimm n’a pas expliqués? Il est certain que ce nom n’est pas inconnu des Slaves : Grimm cite, d’après le dictionnaire de Jurgmann, l’expression tchèque paleçky a wozu, « Poucet en char, » pour la Grande-Ourse.

R este à savoir maintenant quel rapport on a pu établir entre le petit Poucet et le conducteur du char céleste, pourquoi on a pensé à ce héros lilliputien pour lui confier la direction de ce colossal attelage. C’est ce qui s’ex-

Ë iquera si on recherche la plus ancienne rme des contes de Poucet et ce qui aidera en même ternpsjkdÿméicr cette plus ancienne forme i travej'Oeè milk/ valantes qu’a reçues

chez les peuples divers cette odyssée en miniature.

Des contes qui se rattachent à ce cycle , ceux que j’ai réunis jusqu’à présent et que j’examine ici sont les contes :

i* lithuanien (Schleicher, Litamsche Marchai, Weimar, 1857, p. 7);

2* grec (Hahn, Griechische uni albanesische Marchen, Leipzig, 1864, t. I, p. 301);

3* albanais (Hahn, t. II, p. 11 p;

f ’ allemands. 1. Grimm, Kinder marchai, , n' jy (rhénan) ït n* 4$ (hessois)* cf.

' t. III, ib. — 2. (souabe) Birlinger, Volksthümhchîs aus Schwabtn, Freiburg, 1861, t.

y norvégien (Asbjœrnsen et Moe, Norskt Folke-Eventyr, 3* éd., Christiania, 1866/ p.

6* esdavon ** (Vogl, Slavonische Volkmarchen, Wien, ,1837, p. 187-233);

7* roumain de la Bukowina (publié en allemand par Staufe dans Wolf, Zeitschrift für deutsche Mythologie, t. I, p. 48).

D’autres contes, que je n’ai pu lire /‘sont indiqués par Grimm qui en cite çà-et là quelques traits que je relèverai s’il y a lieu.

Les contes anglais ( Tom Thumb) et français doivent être examinés à pan.

Un .assez grand nombre de ces contes ont une introduction oui nous indique clairement que le héros du récit est un être merveilleux et surnaturel. II ne naît pas comme les autres hommes : il est miraculeusement accordé à des parents affligés d’une longue stérilité.

C’est là un trait qui, presque partout où il se rencontre, nous annonce que nous sommes en présence d’un récit véritablement mythique. Le conte lithuanien n’a conservé qu’un vague souvenir de ce fait : « Il y avait une fois un homme et une femme qui n’avaient pas d’enfants, mais ils étaient riches. Enfin ils eurent un enfant qui n’était pas plus grand que le pouce* » — - Le début du Daumesdick rnénan est plus intéressant : « II y avait un pauvre paysan, qui était un soir assis au coin de son feu et tisonnait, pendant que sa femme filait à côté de lui. Il dit : Comme c’est triste de ne pas avoir d’enfants I Notre maison est toujours silencieuse, quand ailleurs c'est si bruyant et si joyeux. — Oui , répondit la femme en soupirant . si nous en avions seulement un seul, quand même il serait tout petit, pas plus grand que le pouce, i’en serais contente; nous l’aimerions bien. Et il arriva que la femme s’alita, et au bout de sept mois, elle mit au monde un enfant qui était bien fait de

tous ses membres , mais qui n'était pas plus grand que le pouce. Ils dirent alors : Il est comme nous Pavons souhaité, et ce sera notre cher enfant, et à cause de sa taille ils l’appelèrent Poucet (Daumesdick). Ils ne le laissèrent pas manquer de nourriture, mais l’enfant ne grandit pas ; il resta comme il avait été à la première heure 31 . » — Le conte esclavon est presque pareil; seulement les parents supplient Dieu de leur envoyer un nls, « quand il ne serait pas plus gros qu’un moineau... L’enfant qui leur naquit n’etait guère plus gros qu’ils ne l’avaient désiré, c’est pourquoi ils lui donnèrent le nom de Ktrza (moineau). » — Le conte grec de Grain de poivre qui d’ailleurs n’est qu’un fragment et s’est confondu, dans la version recueillie par M. Hahn à Smyrne, avec une autre histoire, a un début plus extraordinaire encore : « Il y avait une fois un vieil homme et une vieille femme qui n’avaient pas d’enfants : un jour la vieille alla aux champs et en rapporta une corbeille de* fèves, et la regardant ellp dit : Je voudrais que toutes ces fèves fussent des petits enfants. A peine avait-elle parlé qu’une bande de petits enfants sauta de la corbeille et se mit à danser autour d’elle. Mais une telle famille sembla trop considérable à la

vieille, et elle s’écria : Je voudrais que vous redevinssiez des fèves. A peine avait-elle parlé que les enfants grimpèrent vite dans la corbeille et y redevinrent des fèves, excepté un petit garçon que la vieille emmena avec elle à sa maison. U était si petit qu’on l’appelait Grain de poivre, mais si gentil et si bon que tout le monde l’aimait”. » — • Enfin le conte albanais nous introduit non moins clairement dans le domaine du merveilleux : « Il y avait une fois un vieux'et une vieille à qui Dieu n’avait pas donné d’enfants. Ils s’enquirent ici et s’enquirent là , et on leur dit : « Si vous voulez taire des enfants, il n’y a qu’un moyen : prenez une outre et soufflez dedans pendant vingt jours et vingt nuits, et dans l’outre vous trouverez alors un enfant 3 *. Ils firent ainsi, et après vingt jours ils trouvèrent dans l’outre un enfant gros comme une noisette. Us le prirent, l’habillèrent et le nourrirent , mais jl ne grandit plus, et quand il eut quinze ans il était toujours grand comme une noisette”. »

Ce préambule, qui a dû évidemment se trouver même dans les contes où on ne le rencontre plus maintenant, nous avertit de la vraie nature du récit : nous allons entendre les aventures d’un être merveilleux, divin même. C’est ce qui m’empêche de voir avec

Wilhelm Grimm des légendes de Poucet dans quelques épigrammes grecques dont il cite divers traits. Ces épigrammes sont des railleries, appartenant à ce genre de subtilités hyperboliques qu’on connaît chez les Grecs, contre des hommes petits. Ainsi Markos, enlevé par le vent, se rattrape à un fil d’araignée avec lequel, pendant cinq jours et cinq nuits, il opère sa descente du ciel; un autre est si petit qu’il perce de sa tète un grain de poussière et passe tout entier au travers ; un autre chevauche sur une fourmi, mais elle le désarçonne et le tue d’une ruade, etc. C’est là un genre de plaisanterie dont le pendant exact se trouve dans cette singulière série d'épigrammes grecques sur un homme doué d’un nez monstrueux , série qu’un poète allemand de nos jours s’est amusé à continuer et à varier”.

On retrouve ces jeux d’esprit chez les Romains ; une épigramme de la décadence, adressée i un nain, lui dit : « La peau d’une puce te fait une robe trop large; une fourmi est pour toi un cheval de haute taille, etc. ST » On les revoit au XVI* siècle, par exemple dans tout un petit cycle d’épigrammes sur le petit Mi-

§ relin, que le seigneur des Accords a inséré ans ses Touches**. Enfin de nos jours encore c’est à ce genre de plaisanteries que se rap-

porte la chanson enfantine du petit mari ". — Tontes ces pièces ont un côté commun, c’est qu’elles raillent la petitesse; celui dont elles parlent est toujours ridiculisé. Il n’en est pas ainsi dans les contes de Poucet; il est d’une petitesse non pas ridicule, mais merveilleuse; ce qui fait l’intérêt du conte, ce sont les choses extraordinaires qu’il accomplit grâce â sa petitesse ; dans toutes les versions d’ailleurs , il est plein d’esprit et de malice, et se tire toujours d’une manière triomphante des mauvais pas où il lui arrive d’étre engagé.

Le trait capital des contes divers qui nous occupent, bien que dans plusieurs d’entre eux il soit effacé et presque perdu au milieu des autres, c’est celui-ci : Poucet conduit un attelage (soit un char, soit une charrue) en se plaçant dans l’oreille d’une des bêtes qui le composent (soit bœuf, soit cheval). C’est là à mon avis le fond primitif de son histoire; c’est là le trait qui se retrouve chez tous les peuples, tendis que les autres histoires qui lui sont attribuées, créées par la fantaisie une fois éveillée sur cet amusant petit être, diffèrent d’ordinaire chez les peuples différents. Voyons le récit plus ou moins varié de cet épisode central.

Le conte lithuanien nous l’ofre sous sa forme la plus simple : « Comme un jour sa " mère voulait porter le déieftner aux champs à son père, il la pria de le lui laisser porter. Eh I pauvre petit, qu’est-ce que tu pourras porter? dit sa mère. Mais il insista tant qu’elle y consentit. Quand il eut porté le déjeûner, il «demanda à son père de le laisser labourer. Son père lui dit: Comment pourrais-tu labourer?

lûisse-moi tranquille. Le petit dit : Je me glisserai dans l’oreille du cheval. Il y grimpa et se mit à labourer. » — De même dans le conte esclavon, que je ne fais que résumer, Moineau va porter a manger à son père aux champs , obtient de lui la permission de labourer un peu à sa place, et, grimpant le long de la ïambe d’un (des bœufs, s’installe dans sou oreille d'où il le dirige fort bien. — Dansle conte grec de Moitié ae pois, après le singulier • début que j’ai cité tout à i heure, le petit dit à sa^raere : « Si tu veux ne pas me tuer, je

E orterai le manger à mon père aux champs, >a mère l’envoya aux champs avec le pain et le vin pour son père. » Suit une espièglerie de Moitié de pois qui n’a pas de rapport à notre sujet ; le fait essentiel que nous cherchons manque : mais nous voyons Moitié de pois avalé par un des bœufs de son père, ce qui

est intimement lié, comme nous le verrons plus luis, à son labourage. — L’histoire albanaise de Nbisette a plus fidèlement gardé le souvenir du trait primitif, bien qu’elle l’ait un peu modifié : « Un jour on l’envoya aux champs pour labourer avec les bœufs; il y alla, sauta sur la.pl&inte de la charrue et dirigea fort bien les bœufs. • — Dans le conte roumain, le récit est très-tronqué, mais on y reconnaît encore le fonds ancien : « Un jour la mari alla labourer dans son champ ; la femme lui prépara de quoi dîner ; mais comme elle n’avait personne pour lui porter ses aliments, elle les donna à la souris, et celle-ci Se chargea de la commission. » Suit la transformation de la souris en petit garçon (voy.

sur ce point la note 3)). a II porta donc la nourriture au champ, et pendant que le mari mangeait, le petit diable alla à la charrue, et en un quart-d’ heure, il laboura dix arpents de terre, plus que l’homme n’aurait pu faire eh une semaine avec les bœuft les plus forts. »

— Læ conte allemand de Grimm , bien plus détaillé, a changé les bœufs en chevaux et le laboureur en bûcheron : « Le paysan , père de Poucet, se préparait un jour à aller dans la forêt chercher au bois ; il dit : Je voudrais bien avoir quelqu’un pour m’amener ma voi-

ture après nioi. — Oh! père, dit Poucet, je l'amènerai bien, comptez dessus; elle sera , dans la forêt au bon moment. L'homme se-., mit à rire et dit ; Comment pourrait*ce être?. Tu es bien trop petit pour conduire le chevat-, par la bride. — Ça ne fait rien, père, si maman veut seulement atteler, je me mettrai': dans l’oreille du cheval et je lui dirai comment:; il doit marcher. — Eh bien ! dit le père, pour une fois nous essaierons. — Quant vint l’hebrè,; la mère attela et mit Poucet dans l’oreille du cheval, et le petit cnah au cheval hue et kola , et huho et dia; il s’en tira si bien que la voiture 1 arriva droit dans la forêt. » — C’est aussi du bois qû’il s’agit de charrier dans le récit souabe : « Au bout de quelques années le père prit avec lui son garçon quand i) allait , charrier du bois. Le petit, avait une voix ' forte, et il s’acquittait de ses fonctions, placé e dans l'oreille d’un des chevaux, car son père ; j avait l’habitude de le placer là. » —Wilhelm . Grimm cite un livre populaire autrichien ^ « Jean long d’un pouce à la- barbe longue ' .d’une aune (Linz, 181 j), » qui est d’ailleui;s( d’après lui tout à fait moderne et de pure invention, mais qui contient cependant ün Ç trait qui doit se rapporter au nôtre : le héros de cette histoire gagne de l’argent en faisant >V-

passer tin cheval pour un cheval parlant ; le moyen qu'il emploie c’est de se cacher dans l’oreille de la bète et de parler quand on l’interroge. — ; Je n’ai pu voir le conte danois cité par Grimm : le héros, Svend Tommeling, n’est pas plus long qu’un pouce ; il est venu au monde le chapeau sur la tète et l’épée au côté : entre. autres exploits qu’il accomplit, Grimm dit simplement qu’tV conduit la ckarruc, ce qu’évidefflmenjjl fait comme ses frères de ; Lithuanie , de Grèce, de Roumanie, d’Esdavonie et d'Allemagne.— Le Poucet norvégien ( Tommcliden ) a perdu presque toute son nistoire : comme son voisin le danois, il est long comme le pouce et veut épouser une trèsgrande princesse ; la seule trace du récit primitif qui se trouve dans ses aventures assez insignifiantes, c’est que dans le voyage qu’il frit avec sa mère pour aller voir sa. belle, il se cache successivement dans la crinière, dans l’oràllt tt dans les naseaux du cheval qui les ^ porte.

Ce trait essentiel de la légende de Poucet me' paraît indissolublement lié aux deux ou trois autres qb’on rencontre également dansplusieurs versions différentes de son histoire; . .ainsi s’il est avalé par un bœuf (grec) ou une

vache (allemand), il y a là on rapport évident avec les bœufs du premier récit : le grec dit même que c’est aui champs, en donnant du fourrage aux boeufs par ordre de son pérej , que ce malheur lui arriva; — s’il est acheté par des gens riches (lithuanien, esdavon, fou-t v main, allemand) ou emporté par des voleurs c (lithuanien, albanais, allemand), c’est parce que les premiers ont admiré la façon dont il', conduisait son attelage,, et que les autres ont ' emmené les bœufs et lui avec; — si enfin il se fait voleur lui-méme (lithuanien , albanais , allemand), le ■ lithuanien et l’albanais savent'

■' encore tres^bien que ce sont des bœufs qu’il vole, et le lithuanien dit positivement qu’il se place pour cela dans l’oreille d’un bœuf. Ainsi \ sont expliquées par une forme primitive idéale toutes les variantes des aventures de Poucet.

Il en reste cependant une série qui ne se rat* tache à celles-ci que par un point : je veux parler de ses habitations successives dans le ventre d’animaux divers. Elle s’y rattache, dis-je, par un point, et ce point je; l’ai déjà . \ indiq ué, c’est que le premier animal qui 1’àvate ■ est une vache ou plutôt un bœuf, c’est-à-dire - v un des boeufs qu’il conduisait: c’estici,on le voit,;' ie revers de la médaille et le côté comique de sa petite taille. Ce récit est ancien, car il se

' trouve chez des peuples fort éloignés l’Un de l’autre . Des contes que nous avons regardés jus* qu’ici, trois seuls nous l'offrent. le conte grec, le conte esclavon et le conte allemand. Dans le grec, Moitié de pois est avalé par un des boeufs de son père; on tue le boeuf, on en jette les boyaux ; le renard passe et avale les boyaux avec Moitié de pois; mais celui-ci lui rend la vie dure. Dès que le renard s’approche d’une maison, l’hôte^jtt’il porte dans son ventre crie à tue-tête : < Gare à vous les gens , le renard Veut manger vos poules, s Le renard, qui meurt de faim, prend conseil du loup pour faire taire cette voix importune. Le loup, qui par extraordînaire dupe cette fois son compère, lui conseille de se jeter par terre du naut d’un arbre ; le renard suit le conseil et se tue raide. Maître loup dévore son ami et avale en même temps Moitié de pois ; dès lors, pour lui non plus, plus de repas possibles:

dès qu’il approche «Tiin troupeau , il entend crier dans; son ventre : « Holà bergers! sur Vpied, le loup va ‘manger un mouton. » Le Chagrin qu’il eu ressent le pousse au suicide, il seprécipite ,du haut d’un rocher, meurt, et ^Moitié de pois sort de sa retraite et retrouve ' ses parents. — Le conte allemand, plus Cosmique, et finement rendu dans les détails par

les habiles collecteurs, est cependant plus éloigné de la forme ancienne et plus modernisé ; Poucet est avalé par la vache ; on Pabat parce qu'on s’épouvante de l'entendre parler; on jette l’estomac sur le fumier, où un loup affamé Pavale avec Poucet. Le loup guidé par son habitant, va se repaître dans le garde-manger des parents; mais les cris de celui-ci trahissent le voleur ; on tue le loup, et Poucét sort triomphant. Dans une autre version allemande, Poucet, après avoir été avalé par la vache, est roulé dans la chair â saucisse, empaqueté dans une saucisse, et pafcse l'hiver dans la cheminée. Il s'échappe quand on mange sa prison, mais c'est pour être avalé par le renard; toutefois il se fait lâcher en livrant comme rançon au renard les poules de son père. « Mais , en revanche , je t’apporte une jolie petite fortune, » dit Poucet a son père en lui tendant le kreuzer qu'il avait gagné dans ses voyages* 0 . — Dans le conte esclavon, la première mésaventure a disparu. Moineau s'endort un soir -dans l'oreille d'un bœuf mort dont la tête était abandonnée dans un champ (on voit ici la confusion de l'épisode du labourage et de celui du premier séjour de notre héros dans Y estomac d'une bête Dovine) : avalé par le loup ,

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il le force, en le tourmentant sans relâche, â le mener jusque dans la maison de son père, qui, prévenu par les cris de Moineau, tue le loup et délivre son fils.

J’arrive maintenant à la version anglaise, qui demande une étude à part, à cause de la forme particulière dans laquelle elle nous est parvenue et de la célébrité qu’elle a. L'histoire de Tom Thumb, en stances de huit vers, a été sans doute imprimée dès le XVI* siècle 41 , mais la plus ancienne édition qu’on en connaisse est celle de 1630. Le conte est d’ailleurs resté populaire en Angleterre ; et ce qui le prouve, c’est que dans plusieurs provinces le héros est appelé non pas Thumb , mais Thümbkin , forme évidemment plus ancienne, les diminutifs en km (km) étant, comme on sait, improductifs en anglais, et ceux même qui remontent aux Saxons ayant disparu en majorité. Toutefois les diverses formes anglaises de Tom Thumb qui ont été publiées reposent toutes, non sur la tradition vivante, mais sur le poème, suivant l’usage assez ordinaire en Angleterre. Je vais donner une idée de ce poème, qui est curieux en ce qu’il nous montre des traits fort anciens à côté d'additions toutes modernes. Par exemple il débute

par nous présenter Poucet comme un chevalier qui vivait â la cour d' Arthur et brillait à la Table-Ronde ; c'est précisément ainsi que les Grandes chroniques de Gargantua commencent par nous parler d'Artur et de Merlin, qui joue aussi son rôle dans Tom Thumb . En effet les parents de Tom Thumb n'ayant pas d'enfants, supplient Merlin de leur en donner un, quand meme il ne serait pas plus gros que le pouce: le vœu est exaucé: l'enfant naît au bout aune demi-heure; il grandit en quatre minutes assez pour atteindre juste la faille du pouce de son père. Le poète se laisse ensuite aller à sa fantaisie en nous décrivant ses habillements, ses jeux et ses mésaventures ; ici le vieux récit s'efface, mais nous le retrouvons avec l'histoire de la vache qui avale Tom Thumb dans une botte de foin; seulement il est délivré sans autre incident. C'est ici qu'une strophe assez obscure conserve seule le souvenir du fait capital de l'ancien conte: « Ensuite, au temps des semailles, son père voulut l'avoir pour mener Isa charrue ; il lui donna un fouet fait d'un brin de paille pour conduire les bœufs - mais dans un sillon nouvellement ensemencé, le pauvre Tom Thumb se perdit. » Ce qui lui arriva ensuite, ses succès a la cour d'Arthur, sa maladie et

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