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sa mort, tout cela est de la pure invention du poète **. A bien plus forte raison en estil ainsi des deux suites très-faibles et très-peu intéressantes qui furent jointes plus tara à Tom Tkumb. Mais le poème du XVI* siècle, bien qu'il soit une oeuvre personnelle, reposait en somme, comme on voit, sur une forme du conte populaire qui avait assez £dèlement conservé les traits primitifs du récit.
Cet ancien conte populaire anglais, que le poème a fait oublier, a laissé (Tailleurs une autre trace dans un conte gaélique. Le nom - de Thomas , donné à Poucet dans ce récit, montre bien sa provenance, et sert en même temps à prouver que l’auteur de Tom Thumb s’inspirait d’un conte où le héros portait déjà ce nom “. Voici ce récit curieux, que M. Campbell reproduit d’après la version fournie en looo par une jeune fille desWest-Highlauds M . Cm verra combien le conte anglais devait se rapprocher de ceux que nous avons étudiés jusqu'ici. « Il y avait autrefois un nommé Thomas du Pouce (uc’k àrdaig ), et il n’était pas plus grand que le pouce df’un homme robuste. Thomas alla un jour se promener, et il tomba une forte grêle, et Thomas s’abrita sous une feuille de patience; 'et il arriva qu’un grand troupeau de bœufs passa,
et parmi eux il y avait un grand taureau mou* cheté, et il se mit à manger les feuilles, et il mangea Thomas du Pouce. Son père et sa mère s’aperçurent de son absence et ils par* tirent pour le chercher. Ils passèrent près du taureau moucheté, et Thomas dit :
Voilà que vous me cherchez Haut et bas de tout côté,
Et je suis ici tout seul Dans le taureau moucheté **.
Ils tuèrent le taureau moucheté, et ils cher* chèrent Thomas parmi les entrailles et les estomacs de la béte ; mais ils jetèrent juste* ment le gros boyau, dans lequel il était. Et il passa par là une mendiante ; elle prit le boyau, et en s’en allant, comme elle passait près d’un marais, Thomas lui dit quelque chose, et la vieille femme jeta de frayeur loin d’elle ce qu’elle portait. Un renard passa par là, et il prit le boyau, et Thomas cria Bistailch! u au renard I Bis tailcà ! au renard I Alors les chiens coururent sus au renard; ils l’attra* pèrent et ils le mangèrent, et ils mangèrent aussi le boyau, mais sans toucher à Thomas.
Thomas retourna à la maison, où. étaient son
E ère et sa mère, et ce fut lui qui eut une onne histoire à leur raconter. » — On voit
que ce conte a perdu plusieurs des traits primitifs, entre antres le labourage de Poucet et son premier séjoiir dans la vache; mais d’après ce qu’il en a conservé et ce que le poème anglais a retenu de son côté, on peut affirmer que les Anglais ont possédé le conte de Thumbkin sous sa forme ancienne et complète.
Si, après avoir étudié ces différentes versions, on en revient au conte français qui porte le même nom que plusieurs d’entre elles, au Petit Poucet de Perrault, on ne trouve aucune ressemblance. C’est qu’en effet, sous le nom du petit Poucet, ce sont des aventures tout autres que les siennes qui nous sont ici racontées : ce sont celles qui font le sujet du conte allemand de Jeannot et Margot (Grimm, n* 15), et de tout un cycle que" Wilhelm Grimm a réuni *’ : le plus jeune des sept frères, dont la présence d'esprit et la finesse sauvent toujours les autres, n’a aucun des traits merveilleux de Poucet.
Perrault nous dit bien, pour expliquer son nom, qu’il était très-petit, et que « quand il était venu au monde, il n’était guère plus grand que le pouce, c’est pourquoi on rappelait le Petit Poucet»; mais il est clair que c’est Id une explication insuffisante de son
nom. On peut croire que Perrault a recueilli le conte sans le nom et réciproquement et les a rattachés l’un à l’autre “ ; mais comme d’autres récits, même hors de France, nous offrent la même confusion, il est possible qu’elle ait été déjà en quelques endroits opérée par la tradition **. Quoi qu’il en soit, ce conte et ceux qui lui ressemblent sortent du cadre de notre étude.
Le nom de Petit Poucet donné par Perrault i son héros a fait disparaître ae notre épopée enfantine le véritable Poucet ; mais ce nom même suffit à prouver qu’il y existait auparavant. Ce n’en est pas d’ailleurs la seule trace, et il est encore vivant dans la mémoire du peuple, au moins dans nos provinces méridionales. L’auteur d’un bon Dictionnaire du patois forlzitn (Lyon, i86j), M. Gras, a donné à la suite quelques contes et chansons; c’est un exemple qu’on ne saurait trop recommander à l’imitation des auteurs ae travaux de ce genre. Le premier qu'il ait publié est le Plen Pougnet, 'dans le patois d’Usson. Le Plen Pougnet (plein le poing), est d’abord perdu dans la forêt avec ses frères et se retrouve comme le héros de Perrault ; je crois bien que ce n’est même là qu’une importation française, car l’histoire
ainsi commencée n’a aucun rapport avecla suite, où reparaît notre vrai Poucet. « Plein* Poignet, en s’en venant,, trouva un bœuf
Î u’on appelait le bœuf moreau. 11 s’était assis errière un mur, et le bœuf le prit pour un chardon et l’avala. Le lendemain, sa mère, qui le cherchait partout, passa devant le bœuf en criant : Plein-Poignet, où es-tu ? — Mère, cria-t-il, je suis dans le ventre du bœuf moreau *V. La mère se désolait de savoir son petit dans [e ventre du bœuf ; elle ne savait comment faire pour l’avoir, quand tout d’un coup le bœuf moreau fit un boutât , et dedans se trouva Plein-Poignet. > M. Gras ajoute : « Le Petit Poucet est populaire dans nos montagnes. Nous en avons entendu raconter la légende avec une foule de variantes. En voici quelques fragments empruntés au patois de Saint-Jean-SoTeymieux. Le nom du héros est légèrement modifié, mais il a la même signification. « Le Gros d’in mon ** paissait un bœuf; il s’était mis derrière un chou. En mangeant le chou, le bœuf mangea le Gros d'in pion. Le maître tua le bœuf, et le chat qui passait mangea à son tour le Gros d’in pion. » Le chat, dit M. G., fut tué, et ce fut le chien qui mangea cette fois Gros d’un poing. Mais le loup dévora le chien;
nouveau changement de domicile. « Il arriva que le loup en était bien ennuyé ; il ne pouvait plus manger, de moutons comme; les autres. Quand il allait vere les bergeries, le Gros d'in pion , qui était dans son ventre, gueulait : Gare, gare, le loup vient manger vos moutons. » Dans cette situation critique survint le compère Renard qui conseilla au loup de passer entre deux pieux très-rapprochés l’un de l’autre, afin que la pression pût le délivrer d’un hôte aussi, incommode; ce qui fut fait. » M. Gras ne dit pas, ce qui doit être dans l’histoire, que le loup resta pris au corps par les pieux et mourut là misérablement : c’est, on le voit, le pendant exact et presque la traduction littérale du conte grec ; seulement ici, conformément à ta tradition, le loup est bafoué par le renard.
En considérant le début de ce second récit, ob on voit que Poucet paissait le boeuf qui l’a avalé, on ne doutera guère que parmi les variantes signale M. Gras il ne s’en trouve une qui ait conservé le récit -primitif et nous montre Plein-Poignet ou Gros d’un poing conduisant les bœufs de son père en se plaçant dans l'oreille de l’un d’eux "
Mais ce qui prouve encore mieux que ces fragments l’existence en français de l’histoire
de Poucet dans sa forme la plus ancienne, c’est ^expression wallonne à laquelle je reviens et qui est le point de départ de ces recherches. Il est clair que la dénomination de Chaûr- Pôcl appliquée à la Grande-Ourse suppose la connaissance d’un conte de Poucet où il remplit l’office de conducteur de boeufs, perché sur la tète du bœuf du milieu. Il est donc certain que tous les peuples qui ont employé ce nom ou un nom semblante ont connu l’histoire., de Poucet telle que je l’ai racontée : un être merveilleux, d’une extrême petitesse et d’une grande intelligence, est représenté comme conduisant un attelage de bœufs en se plaçant dans l’oreille de l’un d’eux. Ce tableau, que retrace sur la terre le conte de Daümling, il est visible au ciel dans la constellation de la Grande-Ourse.
J e pourrais m’arrêter à ce résultat, et je m'y étais arrêté, quand un nouveau rapprochement, qu’il m’a paru impossible de repousser, mais qui m’avait échappé d’abord, m’a été suggéré par la lecture a’une note de M. Schenu dans la Ctrmania de Pfeiffer
(t, VIU, 1865; p. 384). « Le conté dePoucet, dit Ce savant, est apparenté avec la légende d'Hermès, telle t]ue l’a conservée l’hymne homérique. A peine né, le fils, encore' tout petit, de Zeus, ne veut pas tester dans son berceau : il montre immédiatement son art et
son adresse, ët joue aux dieux toute sorte de mauvais tours. Comme Poucet, il sait faine l’innocent quand on le prend sur le fait ; il se glisse dans son berceau et s’y couche ifirt xfxvov Wjjriov.... Le comique grossier qu’on remarque dans notre conte (Gnmm, I, ■19 jS) ne fait pas défact non plus dans la légende grecque; qu’on se rappelle la façon dontHermèssait se défendre efficacement contre
Apollon , quand celui-ci l’enlève dans ses bras
(v. 294 ss.) Dans la bouche du peuple
la vieille légende de Poucet semble s’être conservée plus pure encore. Nous le concluons d’un,; vase peint, sur lequel nous voyons le petit Hermès, reconnaissable à son . petasos, assis dans un berceau en forme de soulier (Mus. Grteor t. II, 81, 1 ét 2).
Panofka et Guhl-Koner ne veulent : voir iiâ
qu’une forme particulière de berceau 3 Jnais si oh songe que nous ne trouvons d’ailleurs représenté ^ur les monuments au’un berceau de forme plate (voy. Panofka, Bilder antiken
LcbensJ, i ; Gerhard. Antikc Bildwcrkc CXI, 3, etc.),:— et que dans notre conte le soulier du père de Poucet lui sert de berceau^ ~ nous assignerons certainement au berceau / en question une signification plus importante. » Je laisse de côté cette dernière partie de la ; note de M. Schenkl pour m'attacher unique- ~ ment à la première» Son ingénieuse conjecture me parait se fortifier considérablement si on compare aux aventures du petit Hermès, nùn-seulement celtes que le récit allemand . prêté à Poucet, mais celles qui lui sont attribuées par les autres contes que j’ai cités plus haut. C'est ce qui ressortira de la comparaison rapide que je vais faire.
Le trait essentiel et fondamental de la fable d’Hermès, racontée dans l'hymne homérique, c’est le vol des bœufs d’Apoüon.
Comme détails caractéristiques, je remar- ^ querai : i* qu’Hermès commet ce vol le jour ■ même de sa naissance, ayant grandi avec une rapidité merveilleuse, mais restant pourtant encore tout petit M ; a*. qu’Hermès. en emmenant les bœufs, les, fait marcher a reculons pour cacher leurs traces **; 3* qu'il rentre : chez lui, après avoir caché son butin, par le trou de la serrure *\ Or, ces trois traits
concordent si singulièrement avec des traits analogues de la légende de Poucet qu’il est presque impossible de croire à une coïncidence fortuite.
Poucet est en effet un voleur, et un voleur merveilleux ; il exerce ce talentavec infiniment de succès. grâce à sa petitesse, dans, les deux contes allerqands de Grimm, dans le conte souabe de Btrlinger, dans le conte lithuanien et dans le conte albanais, dont le titre est même « le voleur Noisette » *®. Il semble, d’après une indication obscure de Wilhelm Grimm, qu’il ait porté aussi en Allemagne le noib de uiebsdaum, « Poucet voleur, » ou' voleur par excellence ”. B est vrai que les contes allemands lui font simplement voler de l’argent, mais les contes lithuanien et albanais, racontent très-expressément que c’était un voleur de bœufs, BoéxXc^, comme Sophocle appelait Hermès . Voici le passage du conte lithuanien : « La nuit vinrent trois voleurs pour voler les bœufs (du propriétaire qui avait acheté Poucet à son père) ; il leur dit, . dé l’oreille où il se tenait : Ce sont ici les meilleurs bœufs; je suis un voleur comme. vous, soyons camarades. » Et plus tard 1 il trompe ses compagnons et vole les bœufs en effet à son profit. — Le conte albanais est plus près
sans doute de l’ancien récit : « Trois voleurs prirent Pencet et l’amenèrent avec eux pour ; voler les bœufs du prêtre ; • il les suit volontairement, dérobe les bœufs et reste voleur de profession.
Hermès emmène les bœufs à reculons et cache avec soin leurs traces. Ce trait semble absent de tous les récits sur le vol des bœufs de Poucet (qui d’ailleurs ne joue dans ce vol, pour les récits modernes, qu’un rôle secondaire), mais il^se retrouve rattaché à la ; Grande-Ourse, au charretier éternel, et est facilement reconnaissable dans le surnom de Zupdümtktn que j’ai expliqué plus haut.
Hermès entre dans la grotte de sa mère par le trou de la serrure; Poucet, grâce à sa petitesse, prend le même chemin pour accomplir son vol : il passe au travers aes barreaux du trésor royal (Grirnm 37), par une fente de la porte (albanais, Grirnm 45), on par le trou même de la serrure (Birlinger).
Un autre rapprochement frappant a été déjà indiqué par M. Schenkl : Hermès, saisi par Apollon, recourt, pour se frire lâcher, à un moyen qui est cynique' 4 , mais efficace **, et non-seulement le même trait se retrouve ' adouci dans la ruse qu’emploie le Poucet allemand pour échapper à ceux qui se sont
emparés de lui ”, mais il reparaît, altéré d’une autre façon et ayant perdu sa première raison d’être, dans le récit que fait le conte roumain de l’évasion du a petit diable » en pareille occurrence fl> . — Le caractère d’espièglerie surnaturelle, pour ainsi dire, qui est frappant dans les contes de Poucet, n’éclate pas moins dans la légende de l’enfance d’Hermès: ce petit être malicieux fait rireZeus luimême comme nous rions encore au récit des aventures et des ruses de Daumesdick :
Zevç Si (liy’ êEeysXatroev l$ûv xaxO[i7$£a ' 7raï8a (v. J 89).
Si on se rappelle que les traditions reproduites plus ou moins fidèlement par l’hymne homérique sont essentiellement des contes populaires arcadiens si l’on fait attention au caractère tout pastoral et bucolique de cette partie de la mythologie d’Hermès et si on songe d’autre part que notre Dkbsdaum est primitivement un dieu, on aura peine à se refuser à admettre le rapprochement proposé par M. Schenkl. II y a d’ailleurs encore un indice qui semble favoriser cette hypothèse et qui nous ramènerait à cet aspect de Poucet
Î ui fait le sujet particulier de notre étude,, à *oucet conducteur du char céleste, au Chaur -
Pâci de s Wallons, c'est le nom de Wuotans wagm que (es peuples germaniques ont donné â la Grande-Ourse. Il est vrai, comme Fa remarqué Jacob Grimiïi, qu'on ne rencontre nune part Mercv plauslrum aa , mais il est certain que Mercure a toujours pour équivalent Wuotan, et tout le monde sait que le Wednesday des Anglais répond à notre mercredi . Cette coïncidence ne parait pas indifférente.
P our remettre dans leur ordre chronologique probable les résultats plus ou moins assurés des recherches précédentes, voici à peu près comment on peut se représenter la suite des idées exprimées par les différents mythes qui viennent d'être passés en revue :
La plus ancienne manière d'envisager la Grande-Ourse a été chez les peuples indoeuropéens celle qui çonsidère les sept étoiles comme sept bœufs, et qui interprète leur déplacement dans le ciel comme une marche à reculons ou comme le mouvement des bœufs occupés dans Faire. — Cette conception nous a été conservée dans les termes latins
de boves et de sepîem triones pour désigner la constellation ; — l'idée de la marche a reculons se trouve dans le mvthe d’Hermès et dans celui du charretier éternel ; — l’explication donnée par Preller de triones, si elle est juste, montrerait, dans les idées romaines, les sept bœufs faisant le tour de l’aire céleste.
On n’a pas la preuve que déjà dans cette première conception figurât, comme conducteur des bœufs, la petite étoile g , qu'on se serait représentée comme perchée sur un des trois bœufs de devant ; toutefois l’analogie de Thistoire où Hermès vole des bœufs aVec 'celle où Poucet joue le même rôle, et la concordance des mythes qui représentent Poucet comme occupant la position que je viens de décrire, rendent cette hypothèse très-vraisemblable. L’idée elle-même de ce vol est étroitement liée à l’opinion d’après laquelle les bœufs marchent à reculons ; on a pensé que leur conducteur les. menait ainsi pour dissimuler leurs traces, et que par conséquent il les avait dérobés fl \
La conception des sept bœufs célestes a été de bonne heure remplacée par celle d’un char, qui s’est elle-même dédoublée en deux représentations. Dans l’une, qui est indiquée par le nom latin tmo, par l’explication
d’fijiaÇcx dans les auteurs grecs, par les déno minations anglo-saxonnes et tchèques, le char est formé par les quatre étoiles disposées en carré, et les "trois de devant en sont le timon. Dans l'autre, les quatre étoiles gardant leur rôle (ou étant plus précisément désignées comme roues), les trois étoiles de devant sont les trois oœufs (ou plus tard chevaux) qui les traînent.
Le conducteur du char céleste, placé par les Grecs à côté , du char #8 , a été envisagé
| >ar les nations germaniques et slaves comme a petite étoile g, et on se l’est figuré, vu sa taille microscopique eu égard à celle de l’attelage, comme placé dans Poreille du boeuf du milieu. Dans cette conception, les légendes du charretier éternel, du Zupdümeken , du Char Voinguet, ont conservé la notion d’un mouvement rétrograde du char.
En devenant ainsi charretier ou postillon (ràterkin, cavalier) au lieu de bouvier, le conducteur a cessé d’être voleur; on a expliqué la marche rétrograde du char soit par une route qui lui serait inflexiblement prescrite, soit, en le transformant en charrue, par le mouvement propre au labourage. — Cependant, dans plusieurs légendes, a côté de cette explication nouvelle, r ancienne s’est
maintenue, et Poucet, tout en conduisant artistement l’immense véhicule, est resté voleur de bœufs comme Hermès. *
En ce qui concerne particulièrement les deux héros des mythes qui- se rattachent à ce cycle, Hermès et Poucet, les noms qu’ils portent sont dans un rapport très-different avec l’histoire qu’on leur attribue. J’ai la conviction que les légendes arcadiennes conservée dans l’hymne homérique et dans d’autres récits sont primitivement tout-â-fait étrangères à Hermès **. Rattachées à son nom par la littérature théologique, elle sont péu a peu entrées dans sa mythologie où elle sont assez isolées, et ont fourni à la conception finale du dieu deux de se attributs essentiels, celui de dieu berger et surtout bouvier, et celui de dieu voleur. Elles nous sont parvenue dans un très-grand état d’altération, et n’ont passé dans la poésie qu’a-
I irès avoir perdu plusieurs de leurs caractère e plus importants, notamment leur rapport avec la Grande-Ourse 10 . Il en et autrement de Poucet ou de se synonymes. Son npm lui vient précisément de sa fonction, et tandis que le mythes sur le petit voleur de bœufs célete sont venus se perdre dans la tradition d’Hermès, ils ont- donné naissance, sous le
nom de Poucet, à tout le cycle des contes où il figuèè. En regardant au ciel les sept bœufs éclatants qui s Ÿ y promenaient en ordre, nos pères ont remarqué la petite étoilette placée au-dessus de celui du milieu, et ils en ont fait le conducteur. Mais le bœuf est si grand et si splendide, le bouvier si petit, a peine visible : c’est que c’est un nain; il dirige les énormes bêtes en leur disant i l'oreille les mots qu’elles comprennent, car il est doué d’une sagesse merveilleuse. Elles lui obéissent, et il parcourt ainsi toutes les nuits son champ immense, faisant marcher ses bœufc à reculons, ou plus tard, quand il est devenu charretier ou laboureur, retournant, au milieu du parcours, son char ou sa charrue. ^Transporté sur la terre comme tous les personnages dont l’imagination primitive avait placé l’activité au ciel ”, le petit bouvier a gardé sa stature mignonne : il n’est pas plus grand que le pouce , — il tient juste dans le poing, — il est gros comme une souris, — comme un moineau, — comme une noisette, — comme, une moitié de pois, — comme un grain de poivre. Son caractère divin se révèle encore dans les récits de sa miraculeuse naissance et dans sa ruse surhumaine; mais bientôt on perd de vue ce caractère ; on ne
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songe plus qu’à sa petitesse, et on se figure les conséquences qu’elle pourrait avoir pour lui. Si un de ses bœufs ouvrait la bouche, il l’avalerait, — et on raconte comment il fut avalé par un bœuf ; puis à ce premier épisode comique se rattachent, comme nous l’avons vu. les suites diverses, produits de la naïve gaîté et de l’imagination éveillée des peuples enfants. On perd enfin tout-à-fait le souvenir de son origine primitive, et on le place dans les conditions de la vie ordinaire, en racon- ' tant les aventures qu’a dû lui valoir sa petite taille. Ces transformations, où un seul trait antique s’est conservé, — la supériorité intel- Actuelle et le caractère malicieux de Poucet, et par suite, l’heureuse issue des épreuves qu’il traverse, — aboutissent à des récits comme certains épisodes des contes allemands, et surtout comme la plus grande partie de Tom Thamb , où la pure fantaisie se joue sur une donnée traditionnelle.
- JUne autre série d’aventures, conservée dans des contes tout modernes, se rattache, par delà la conception du char céleste, à Poucet voleur de bœufs, et était développée déjà dans les mythes grecs dont on a mis une partie sous le nom d’Hermès. En effet, le petit s’exposait à être découvert, et