SI
on racontait comment, saisi par un être infiniment plus grand et plus fort que lui, il s’était fait : lâcher par une insolente espié- ' glerie et avait réussi à échappe, au danger. (.Déjà altéré dans l'hymne homérique, ce trait, dans les contes modernes, n’est plus rattache au vol des bœufs, et on a été obligé, pour l’amener, d’inventer d’autres circonstances par lesquelles Poucet tombé entre les mains de personnages, bien plus grands que lui, auxquels il réussit à échapper.
Le type du conte du Petit-Poucet, né ainsi des anciennes traditions relatives à la Grande- Ourse, comprenait donc : 1* la naissance miraculeuse du héros ; 2* Poucet laboureur ; 3* Poucet voleur de bœufc; 4* Poucet emporté par quelqu’un et réussissant à s’enfuir ; 5* Poucet avalé par un de ses bœufs (et ensuite par d'autres animaux). On peut affirmer que tous les peuples chez lesquels le conte a conservé un de ces épisodes les ont anciennement connus tous les cinq, car ils sont indissolublement liés, soit par l’enchaînement logique, soit par leur relation avec la tradition primitive. Il est également certain que partout où la Grande-Ourse porte une dénomination qui la rattache à Poucet, le conte qui a pour
héros lé petit bouvier céleste existe ou a existé.
Si nous cherchons enfin quels sont les peuples qui nous offrent soit ce conte, soit cette dénomination, nous voyons qu’ils corn* prennent essentiellement les peuples slaves (lithuanien, «sclavon) et germaniques (aile* mand, danois, suédois, anglais). Les contes des Albanais, des Rounuqnset des Grecs modernes sont sans doute empruntés aux Slaves^ 'comme une très-grande partie de la mythologie populaire de ces nations. Le nom wallon et le j conte forézien nous montrent en France (ainsi I
3 ue le titre du conte de Perrault) la légende/ e Poucet; mais elle a pu fort bien, comme tant d’autres récits semblables, y être apportée parles Germains. Ni en Italie, ni en Espagne, ni dans les pays celtiques ’’ je n’ai trouve trace du conte ou du nom. — Il est donc permis de croire que le conte du Petit Poucet, dans les traits essentiels que j’ai indiqués, appartient en propre aux Slaves et aux Allemands ; et si l’on considère les nombreux rapports qui existent entre la mythologie de ces deux grands peuples comme entre leur langue, on est porté à supposer que notre contea ''reçu sa forme définitive, dont en somme il
s’est peu éloigné, à l’époque où ils vivaient ensémble et formaient un groupe séparé dans la famille indo-européenne. Mais d’autre part la coïncidence, qui ne peut guère être fortuite, du conte de Poucet avec le mythe d’Hermèi enfant permet de rattacher originairement ce dernier à la Grande-Ourse et de faire remonter les plus anciens traits de la légende du petit bouvier céleste à l’époque oh on ne se représentait encore les sept étoiles du Nord que comme sept grands boeufs errant dans le champ du dsl.