‹ bpt6k96035213Chapitre 15 sur 36 · TOMBEAU DE ST YVES · texte numérisé non relu

TOMBEAU DE ST YVES

ÉTUDE SUR SA VIE ET SON TEMPS

Tréguier a donc pu admirer à côté du successeur de scs Evêques, l'illustrissime Cardinal Place, réminent métropolitain de la nouvelle province de Bretagne ; son sympathique et éloquent coadjuteur, Monseigneur Gonindard archevêque de Sébaste ; le

vénéré doyen des évêques bretons, Monseigneur Bécel, de Vannes, que Rome vient de décorer du Pallium , et l’ancien aumônier des soldats bretons, Monseigneur du Marhallac’h, qui représentait

l’Evêque de Quimper.

L’inauguration s’est terminée par la splendide procession du 8 septembre. Nulle fêle n’avait encore eu cet éclat, au pays de saint Yves.

Tréguier ne fut pas la seule ville bretonne à se montrer dévote à saint Yves, on peut même affirmer qu’il n’y a pas une seule église paroissiale, si modeste qu’elle soit, qui n’ait un autel ou du moins une image consacrée à la mémoire de ce grand saint, et un grand nombre de chapelles s’élevèrent bientôt en son honneur, 11 y a peu de familles en Bretagne où son nom ne soit pas transmis de génération en génération,- comme un héritage sacré, à l’un de ses nombreux enfants ; et, dans toutes les villes, une place publique, une rue au moins garde cette dénomination patriotique. Il y a sans doute des

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exceptions, et Lannion, autour de laquelle saint Yves a vécu pendant près de vingt ans, n’a ni rue ni place qui rappelle son nom. Je regrette infiniment d’avoir à le constater. On l’invoque du moins dans la chapelle de la Providence, et sa statue se voit à l'un des piliers de l'église du 1 Sali y où elle est toujours accompagnée de fleurs et entourée d’ex-voto. Tréguier d'ailleurs est dans le même cas.

Parmi les paroisses qui se sont érigées sous le vocable de saint Yves, il faut citer, en première ligne, celle deLouannecoù, comme on le comprend, tout est rempli de son souvenir et embaumé de ses vertus. Sa fête y est chômée par la volonté des habitants, et, bien qu’elle se célèbre le même jour qu’à Tréguier, l’aftluence y est considérable. La procession se l’ait autour du bourg et devant la belle propriété de la Villeneuve qui ce jour-là s’enguirlande de fleurs et de verdure sur tout le parcours. On y chante les hymnes et les cantiques composés en l’honneur du saint : et le discours du par donneur j — ainsi s’appelle celui qui préside à la fête — a pour sujet quelqu’une des vertus du saint pasteur qui a évangélisé ce pays. Ce jour, on ne parle que de saint Yves, on ne prie que lui, et chacun des habitants en rentrant le soir dans

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son loyer, est heureux de pouvoir dire qu’il est sous la garde de ce grand patron. On doit à M. l’abbé Le Moine, le zélé recteur de Louannec, d’avoir fait revivre, d’une manière plus solennelle, le culte de saint Y ves dans sa paroisse,

Trédrez tient à honneur de célébrer la fête du 10 mai, avec une grande dévotion, mais cette église a gardé la Sainte Vierge pour patronne. Saint Yves ne vient qu’en second lieu. Il en est de même de

■Miniby-Tréguier, où Ton a respecté également la volonté du saint qui, en fondant cette chapelle, désira qu’elle fût consacrée à la Sainte Vierge. C’est donc Notre-Dame de Coatcolvézou, conservée à la place d’honneur dans cette église, qui en est aussi

la patronne. A la fête et durant tout le mois de mai,

c’est cependant saint Yves qui est invoqué par les pèlerins, mais le mois de Marie sert en quelque sorte à lui prêter tout l’éclat de ses fleurs, et aussi la protection de lu Mère de Dieu.

Quand la ville de Pontrieux se fut assise sur les deux bords de sa belle rivière, elle avait deux cha-

pelles, l’une très belle, dédiée à saint Yves, sur la rive gauche, et l’autre plus modeste, mais plus ancienne encore, sous le vocable de Notre-Dame des Fontaines, sur la rive droite. Après le Concordat,

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on voulul en l'aire une paroisse. Le recteur qui desservait alternativement les deux chapelles, avait eu le malheur de prêter le serment à la Constitution civile du clergé, mais il était rentré dans le giron de l’Eglise. <>n lui laissa le choix de l’une des deux chapelles pour église paroissiale, mais l’autre devait être démolie pour empêcher toute scission, ulté-

rieure .

C’était une bien dure épreuve imposes au pauvre curé ! Il vénérait saint Yves qui était son patron ; et comme il avait un peu erré dans la loi, ce n’était pas trop d’avoir un lion avocat, quand viendrait le jour suprême. Mais la Sainte Vierge est la Mère de Dieu, le refuge des pécheurs et une avocate non moins puissante et plus tendre encore, puisqu’elle est notre mère. 11 pria donc toute la nuit, et le lendemain il opta pour Notre-Dame des Fontaines. C'est aujourd’hui la patronne de cette jeune paroisse

qui ceienre son paraon avec un eciai tout parti culier et une merveilleuse solennité. Saint n’en aura pas voulu à ce curé, et, au besoin, il sera venu en aide à la Sainte Aierge, pour gagner sa cause auprès de Dieu ; mais les bretons reprocheront toujours aux habitants de la nouvelle ville, de s’être crus obligés d’obéir à ce vœu et d’avoir

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détruit une des plus belles chapelles du xv e siècle, dédiée à notre saint. La place du moins a toujours conservé son nom, et sa statue semble protéger l’église bien modeste, mais très ornée, qui a remplacé les deux chapelles en question. Pour ne pas perdre les anciens souvenirs, la Sainte Vierge est restée la patronne de la paroisse, et saint Yves le patron de la ville de Pontrieux.

Le duc de Penthièvre, qui avait reçu de Charles de Blois de si belles reliques, pour sa chapelle de Lamballe, voulut, quelque temps apres, bâtir une église dans la lande de la Poterie, en la paroisse de Maroué. H y avait là une assez grande agglomération d’ouvriers travaillant à cette industrie modeste, mais bien ancienne et très utile au pays.

1 iette église s’éleva auprès de la lande où ils prenaient leur argile, au centre d’un bosquet d’arbres, non loin d’une belle allée couverte, appelée la grotte aux fées , et saint Yves en fut le patron. Devenue paroisse, elle s’est appelée, et c’est la seule, Saint- Yves delà Poterie. Ayant eu, il y a quelques années un long procès avec une puissante voisine qui revendiquait la propriété de la lande, les industriels de la Poterie se sont rappelés que ce n’est pas en vain qu’ils avaient choisi un saint avocat pour

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patron. Malgré doue l’éloquence des célébrités du barreau de Paris, les habitants ont invoqué saint Yves et gagné leur cause.

11 serait trop long et peut-être inutile, ou au moins fastidieux, de rechercher l’origine des nombreuses chapelles édifiées en F honneur do saint Yves dans toute la Bretagne. M. Gaultier du Mottay, dans son iconographie bretonne, en a compté plus de cinquante, et il a sans doute fait bien des oublis ou n’a pas toujours été assez bien renseigné. 11 en est de même des quinze églises qui ont notre saint pour patron. Comme il y a peu de paroisses fondées à partir du \n c siècle, on comprend qu'on n’ait pas voulu mettre le saint breton à la place des saints patrons qui étaient déjà en possession de leurs églises, et lorsque ces bienheureux, peu connus quelquefois en dehors des pays où ils avaient vécu et s’étaient sanctifiés, ont été écartés par je ne sais quel zèle pharisaïque du xvn e siècle, c'est par les saints Apôtres qu’on les a remplacés, tant ou redoutait la critique des prétendus savants de l’époque sur les saints de la pieuse Bretagne.

Heureusement, un courant dans le sens opposé s’est produit de nos jours, et Féminent évêque qui a rendu à saint Yves toute son auréole primitive,

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