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vient de prescrire à son clergé, dans les conférences ecclésiastiques, de faire une élude spéciale des modestes saints bretons trop oubliés et relégués dans les cadres des légendes par une critique exagérée, pour ne pas dire autre chose ! Monslrelet déjà un siècle auparavant, faisait de notre pieuse héroïne Jeanne d’Àrc, « une fille d’hôtellerie accou-
tumée à monter à cheval et à faire beaucoup d’autres choses qui ne sont pas ordinaires à son sexe, et parvint à faire lever le siège d’Orléans et à conduire le roi à Reims pour être sacré l »
Saint Yves, continue M. Gaultier du Mottay, a des statues ou des autels dans plus de quarante autres églises. On pourrait dire, sans sc tromper, qu’il y a peu do paroisses où il ne soit honoré. Tantôt il csl représenté en prêtre, allant célébrer les saints mystères ; tantôt, revêtu d’un simple surplis et de sa barrette traditionnelle, prêchant la parole de Ilieu ; quelquefois il porte l’aumusse et est assis pour rendre la justice. A Pontivy même, on lui donne une mitre et le cordon de saint Fran-
çois. Le plus souvent on le représente assis ou debout, entre le pauvre et le riche, toujours tourné
du côté de ce dernier, pour ne point l’intimider dans l’exposé de sa cause. Il serait impossible de
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compter tous les bas-reliefs et autels ou vitraux qui reproduisent cette scène Louchante de charité. Dans l’antique et vénérable collégiale de Rostrenen, notre bienheureux est représenté en costume de séné-
reproduit, dans une splendide statue adossée au maître-autel, le soi-disant portrait de saint Yves,
peint sur une antique bannière, portée autrefois par les congréganistes, et qui était copié sur une
miniature conservée dans la Bibliothèque nationale,
en aube, distribuant du blé à une foule de pauvres habillés à la Ifenri IV. On les voit arriver avec leurs sacs vides et repartir ayant peine à porter leurs charges. A côté du saint le coffre est encore plein, mais le Père éternel qui paraît sur un nuage, lui montre qu’au ciel tous les sacs sont vidés !
<Jue de fois n’avons-nous pas vu sa statue en granit, plus ou moins bien faite, autour des noin-
de notre pays ! Dernièrement nous voyions un pati-
à Paris. Dans la chapelle du Gorre en Loquivy-Plougras, un bas-relief curieux représente notre saint
brenx calvaires histor iés que l’on rencontrait naguère encore, sur les cimetières ou dans les carrefours
vre peintre occupé à reproduire, sur la muraille blanchie d’une bien modeste chaumière, le portrait
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de sain I Yves. Quelque peu de terre de couleur, délayée dans de l’eau, lui suffisait pour cette pieuse besogne, qui ne lui rapportait pas une demi-livre ! Qu’importe que les règles de l’art fussent plus ou moins observées, l’image se reconnaissait et il
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n’était pas besoin d’ajouter au-dessous du piédestal les initiales : S. Y,, ce à quoi cependant il ne manquait jamais !
Malgré le grand nombre de peintures du saint qu’il avait déjà faites, son talent ne semblait guère perfectionné ; mais il aura contribué à le faire connaître à sa manière. C’est sa pierre apportée à l’éditice qui se prépare pour la glorification de saint Yves. Il n'est pas jusqu’à ces imageries d’Epinal qui n’aient servi à rendre familier le culte du saint prêtre, et dans les chaumines les plus enfumées, on trouve encore son image en couleurs voyantes avec un de ces guerz qui rapportent les les principaux traits de sa vie. On le chante le soir au foyer et les pâtres le répètent ensuite dans les landes et les lisières des champs, en gardant leurs troupeaux.
Ces guerz n'ont pas tous l’entrain et la poésie de ceux que produit chaque année un barde dévot et bien inspiré. Tout le monde le connaît, bien qu’il
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ne dise point son nom, M. l’abbé Le Pon a fait chanter saint Yves sur tous les chemins de Tréguier et de Goëllo, le long du rivage et à travers les plaines de l’Arvor. Il ne fera pas oublier cependant, et telle n’est point son intention du reste, ces autres guerz déjà anciens, où l'on rapporte tout au long, soit la vie, soit quelques miracles éclatants ou desbienfaits reçus par l’entremise du saint, etqui gravent dans la mémoire notre saint compatriote, tel que nos ancêtres l'ont connu. Souvent il ne s'agit que d’un fait tout à fait local, dont s’empare un barde de village et qu'il sait rendre intéressant, par tous les charmes dont il l’entoure. Quelquefois c’est une fête qui aura été célébrée avec plus d’éclat que de coutume, et qu’un chant bien rimé transmettra désormais à la postérité ; car chez nous, on ne retient guère que ce qui se chante ! Honneur à la pléiade des bardes qui se réunissent autour du tombeau de saint Yves pour célébrer sa gloire, comme es Pillera ri, ces musiciens ambulants, qui s’arrêtent à Rome, devant chaque madone, pour jouer en son honneur les plus beaux airs de leur modeste répertoire !
.l’ai dit plus haut combien les sculpteurs bretons se sont exercés à reproduire les traits de notre
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bienheureux sur la pierre et le bois. Dans leurs compositions, bien simples et bien primitives quelquefois, ils ont voulu représenter le saint tel qu’ils le concevaient dans l'idéal de leur pensée. C’est toujours le prêtre humble, charitable et savant à la lois : un livre, une bourse, un maintien recueilli, cela suffisait, et ils l’ont rarement manqué î Qu’on visite nos églises, les plus riches comme les plus pauvres, ces dernières surtout, et l’on trouvera, dans quelque niche d’un beau retable ou un coin quelconque peut-être isolé, une statue plus ou moins bien sculptée, revêtue de plusieurs couches de couleurs heurtées, mais tou jours reconnaissable, du grand saint de la Bretagne.
§ XIX. — Culte de saint Yves à Tréguier.
Dès les premières années de ce siècle, aussitôt qu’on eut purifié les temples et relevé les autels, Tréguier songea, pour se consoler de la perte de son évêque, et montrer sa dévotion à saint Yves, à rehausser par la liturgie, l’éclat de la fête de ses patrons. Une petite brochure ou plutôt un petit * mol tut imprimé à cet elfet. On y trouve une 1 ■histoire abrégée de saint Yves, un office propre du
saint, pour le quatrième dimanche après Pâques, avec une prose fort belle, pour exalter les merveilles de sa puissance et de ses bienfaits, un cantique de dix-huit couplets, puis ses litanies en latin et en français. Tous savaient ce cantique autrefois, récitaient ces litanies à la prière du soir en commun, et accompagnaient au chœur, le dimanche, le chant des hymnes et de cette messe si populaire que les enfants eux-mêmes rapprenaient de bonne heure et ne l’oubliaient jamais, 'le livre, qu’on ne trouve plus aujourd’hui, portait T approbation de Mgr Caffarelli, évêque de Sainl-Brieuc, destiné par la Providence à relever nos ruines. Mais il en favorisa d’autres en ordonnant la destruction des vieilles statues de nos saints bretons qui n’étaient pas à la hauteur du progrès moderne.
L’ uniformité de la liturgie, exigée par le retour de nos diocèses au rite romain, fit abandonner le bel office de saint Yves, et l’on ne chanta plus à ses fêtes que Vis te confesser , et la messe d’un
confesseur non pontife. La fêle de V Elévation de son corps, au dernier dimanche d’octobre, fut abandonnée : on ne récita pins ses litanies qu’on ne trouve désormais que dans quelques familles anciennes, et I on s’habitua à ne voir dans le grand
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patron de la Bretagne qu’un saint ordinaire. La fête du 10 mai, remise au quatrième dimanche après Pâques, attirait encore plusieurs pèlerins ; mais P enthousiasme manquait ! Pas de décors, une procession des plus simples, la messe chantée dans l'église de Minihy, les reliques du saint portées par le clergé et saluées par la vieille et superbe bannière de cette paroisse, le retour à Tréguier au chant des vêpres du jour, et c’était fini.
Que l’on compare celte fête pieuse mais sans éclat, à la splendide solennité de la fête du 19 mai, depuis vingt ans, et l’on sera convaincu qu’à la prière de nos évêques, à leur dévotion pour l’humble prêtre qui a laissé une trace si lumineuse dans notre pays, la dévotion des Bretons s'est réveillée, et se manifeste avec plus de pompe que jamais. Un nouvel office de saint Yves, ses hymnes que les vieillards n’avaient pas encore oubliés, le concours empressé de toutes les paroisses du canton; la cathédrale de Tréguier cachant les pierres rongées de ses vieux murs, sous des ilôts de bannières et de verdui ■e, sa belle sonnerie annonçant à toutes les riches campagnes de Minihy et de la Presqu’île, la joie de ses habitants et l’approche de la grande fête,
c’est Tréguier sortant de son long sommeil ! C’est
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saint Yves apparaissant plus radieux que jamais à nos jours mauvais. On se croirait au temps où l’Eglise proclamait sa sainteté, déjà honorée par les fidèles, ses reconnaissants compatriotes.
Plusieurs jours d avance, tout le monde est sur pied : des ateliers de guirlandes et de décors s’établissent dans chaque rue, le travail est activé par une noble émulation ; puis la veille, tous ces chefsd’œuvre de zèle et de patience s’étalent dans l’intérieur de l'église, le long de ses galeries extérieures; les rues sc tapissent de mousse et de fleurs, les maisons sont toutes pavoisées ; pas d’exception pour saint Yves, les rues se transforment sous des réseaux de riches guirlandes et les arcs de triomphe signaient chaque passage. Heureusement il y a beaucoup de jardins à T réguler ; on aime les fleurs au pays de saint Yves, et les châteaux voisins fournissent avec bonheur tout ce qu’il faut de verdure, pour celte grande manifestation nationale.
Le 19, dès l’aurore, toutes les cloches de la ville annoncent la fête, et les paroisses voisines préparent leurs belles processions ! A une heure convenue d’avance, la procession de la cathédrale sort pour les recevoir et elles arrivent par toutes les rues, au chant d'un cantique breton ; les croix et les ban-
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nières saluent celles de saint Tugdual et de saint Yves, puis se donnent l’accolade traditionnelle et entrent dans la grande église, où chacune a sa place réservée. Le clergé est nombreux, Monseigneur préside la grande fête, et l’office pontifical commence avec plus de majesté peut-être que du temps de Gefïroy de Tournemine, d’Yves de Boisboissel et des autres évêques du temps de notre saint.
À la fin de la messe, après le sermon d’usage, la procession se met en marche pour l’église de saint Yves ; mais il faut du temps pour que celte foule compacte, \ lieuse et recueillie, puisse se former en rang. Chaque paroisse prend la place qui lui est désignée ; les pèlerins qui sont venus isolément ou ensemble, des pays de Goëllo et de la Presqu’île, se mêlent à ces groupes, mais tous voudraient rester autour dt3s reliques pour les vénérer. La musique du Petit- Séminaire alterne ses chants avec les plus beaux morceaux préparés pour la circonstance : les curieux qui ont déjà fait leur pèlerinage s’échelonnent sur les fossés, le long du parcours, et les pauvres qui nesontpasmoins nombreux, font sur tous es Ions, un appel touchant à la charité des passants. On arrive à l’église, autrefois la chapelle de Kermartin.
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Les reliques du bienheureux reposent près «le cet autel, pendant la messe qui se dit à l'endroit où lui-mème avait si souvent célébré le saint sacrifice
en versant d’abondantes larmes ! Quel rapprochement entre près de six siècles ! bien des événements ont remué depuis ce bon pays de Tréguier, mais la loi y est toujours restée intacte, grâce aux vertus de saint Yves, à ses prédications, à l’exemple qu'il a laissé et à sa protection du haut du ciel. La procession rentre à Tréguier, par un autre chemin : elle passe devant l'avenue de Kermartin, sur la colline de Saint-Michel, et la ville peut à peine suffire pour recevoir et héberger celte foule innombrable de pèlerins et d etrangers.
Pendant toute l'octave, les processions de plusieurs paroisses étrangères au canton, choisissent une heure convenable et viennent chanter la messe
dans l'église de saint Yves, puis continuent jusqu’à son tombeau. C'est, partout le meme entrain, la même piété. Le jour de l'octave, c’est le tour du canton de Pleumeur-Gauthier, qu’on appelle ordinairement la Presqu’île, à cause de sa position entre le Trieux et le Jaudy. Ces processions se rendent en masses compactes, sans éclat si l’on veut, mais avec une foi profonde et une touchante
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piété; C’est la clôture pour l’année, des belles fêtes de saint Yves ; mais les pèlerins continuent d’accourir par petits groupes, pendant tout le mois de mai rpii, dans le pays, est appelé avec tant de raison aussi, le mois de saint Yves.
Le 29 octobre se célèbre une autre fêle d’une
nature tout intime, dans la cathédrale de Trèguier : C’csl. l’anniversaire de la Translation des reliques de saint Yves. Lien que l’office soit chanté pendant le jour, comme aux grands dimanches, on réserve pour (a nuit, tes dernières vêpres et le sermon. La procession parcourt toutes les nefs de la vaste
église splendidement illuminée, puis passe dans l'intérieur et sous la colonnade de son beau cloî-
tre. Ici les lampions suivent les mille dentelures de granit de ses arceaux. Une immense couronne de lumières, suspendue on ne sait comment dans le parterre, abrite quelque temps les reliques vénérées, pendant qu'on chante le cantique si populaire : Na nem ket en Breiz ... Au même instant s'allument, dans la tour d'iïastings, des feux de ben gale de toutes les couleurs, <pii projettent leurs éblouissants reflets sur tout le vieux cloître, et les nombreux assistants apparaissent rayonnants de mille nuances diverses. C'est encore une belle fête
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pour l’an tique cité, et saint Yves en est toujours l’objet principal.
La tête de la Translation se nomme, dans le pays Saint-Yves d'hiver. Quelques chapelles ont continué à la célébrer encore, entre autres celle de Tro-
hubert, dans la commune de Merzer. Bien qu'elle dépende du château de ce nom, cette chapelle sert pour la paroisse. C’est une famille de Tréguier qui l’a érigée au xvi e siècle : mais le propriétaire actuel tient à honneur de continuer les anciennes tradi-
tions du pays, elle dernier dimanche avant d’entrer dans le cœur de l'hiver on aime encore à saluer saint Yves dans cette petite localité, au milieu d’un bosquet d’arbres verts, d’où il bénit le pays de Goudelin qui fut si cher à nos premières années et y conservera toujours, je l’espère, la loi et la piété profonde qui le distinguent.
Il nous resterait bien des choses encore à dire sur le grand saint Yves ; mais nous avons du nous borner et ne sortir que le moins possible du cadre que nous nous étions tracé : la Bretagne et principalement le pays où le saint prêtre s'est sanctifié en faisant le bien, comme son divin Maître. Il y aurait une lacune dans ce travail, si nous ne disions un mot, avant de finir, de la Chapelle de Saint Yves
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de Vérité, et du culte superstitieux, dit-on, qu’on y rendait au bon saint.
En face de la principale rue de Tréguier, de l’autre côté de son port où le bac passait autrefois les voyageurs pour la presqu’île, s’élevait du temps de saint Yves probablement, une modeste chapelle dédiée à saint Sul, qui peut bien être le même que saint Suliac ou saint Suliau, abbé du yi c siècle, honoré dans plusieurs églises de Bretagne, et principalement à Saint-Suliac près de Saint-Malo, où l’on voit son tombeau. Cette chapelle dépendait du château du Verger et attirait beaucoup de pèlerins. Les seigneurs du Verger, de la famille de Clisson, érigèrent à côté, au xvii e siècle, un bel ossuaire, sur des colonnes de granit, pour y être enterrés. La chapelle tomba en ruines ; ses pierres furent employées à bâtir des maisons tout à côté ; le calvaire de granit disparut à son tour, à l’exception d’une base à huit pans qu’on y voit encore. Seul, l’ossuaire resta debout et l’on y entassa, sans beaucoup d’ordre, les statues de la chapelle de saint Sul, Notre-Dame de Pitié, saint Sul Notre-Dame de Bon-Secours, saint Loup, saint Antoine, saint Etienne, saint Claude et deux statues de saint Yves, dont l'une très ancienne. L'autel de la cha-
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pelle y fut aussi transporté, mais jamais on n’y a dit la messe. A gauche de l’autel, dans une petite cassette vitrée, l'on voyait un crâne et quelques ossements. C’étaient, dit-on, les restes du dernier des Clisson, mort eordelier au couvent de Saint- François, en Plouguiel. Au-dessous niait une espère de monument avec un écusson de neuf pièces peint de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, sans aucune connaissance de Fart héraldique, par le premier venu. Cet étrange écusson est soutenu par deux lions, étaux deux extrémités de la pierre tumulaire, se voient la Sainte-Yierge et l 'Enfant-Jésus, puis saint Yves en moseLle avec son aimiônière.
On aimait, en descendant la grand’rue, à voir cet élégant reliquaire, au milieu d’une toulîe d’arbres verts, et c’était d’ordinaire le but de la promenade des mères cl des enfants dans l'après-midi, aux beaux jours de l’été. De là on aune magnifique vue de Tréguier, penché en amphithéâtre jusqu’au beau port qui termine ce paysage. Mais hélas, c’était l’occasion d'un culte superstitieux, auquel se prêtait le quartier du voisinage, avec une complaisance trop coupable, 4 culte parasite, dit M. Ropartz, enté sur la sainte pratique d’un culte vrai. » Le chrétien instruit, au moment où se discutent
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devant les tribunaux son honneur, sa fortune et sa vie, invoque saint Yves avec confiance et attend avec plus de calme les décisions de la justice. L’homme du peuple qui n’a pas oublié les épreuves du moyenâge, où les parties contestantes s’en remettaient directement au jugement de Dieu lui-même, se croyant victime de quelque injustice, sans avoir les moyens de se défendre, ajourne son adversaire connu ou inconnu, devant le tribunal suprême où siège saint Yvcs-de- Vérité, et il demeure convaincu que celui qui a trahi la vérité, qui a forfait à son devoir, qui n’a pas respecté la justice humaine, mourra dans l’année, f rappé par ce justicier implacable, qu’un vœu homicide vient de lui donner pour juge.
Telle est la croyance superstitieuse qui s’est perpétuée dans quelques campagnes bretonnes, et certains faits survenus par hasard ou non, semblent leur avoir donné raison. Il y a loin de là à ce qu’un célèbre romancier a appelé Notre-Dame de la Haine, qui, d’après lui, aurait un sanctuaire- au pays de Trépider. Nous ne pouvons que condamner celle déplorable pratique de vouer à saint Yves-de-Vérilé. Pour couper court à celle superstition qui déparait
le culte si pur el si dévot rendu universellement à
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saint Yves, dans noire bon pays, M. le recteur de
Trédarzeca prié le propriétaire du Verger d’enlever
cet ossuaire qui fournissait le prétexte de cet abus criminel, et la soi-disant chapelle de Saint- Yves-de- Vérité n’existe plus sur cette rive droite du Jaudy. Mais peut-on assurer que Fodieuse pratique aura disparu avec ce modeste monument ? Nous n’osons l’espérer, car l’homme a une tendance à s’attacher avec plus de force à l’erreur qu’à la vérité, comme le dit Notre-Seigneur lui-même. Sachant très bien qu’ils commettent le mal, ces hommes, dit-il, détournent les yeux de la lumière qui a brillé dans le monde.
Pour vouer quelqu’un à saint Yves-de-Vérité, on suit une sorte de rituel inventé par la mauvaise foi et la crédulité. Entre autres choses, il fallait visiter sa chapelle, en faire sept fois le tour et y brûler un cierge d’une certaine longueur.
Gomme la chapelle n’était ouverte que le dimanche, les voisins se chargeaient de cette dernière partie du cérémonial, et en percevaient le prix ; puis le
pauvre malheureux s’en retournait, ne se doutant
pas peut-être qu’il avait accompli un acte superstitieux et coupable. C'est ainsi que le cordelier qui avait confessé Gilles de Bretagne, à travers es bar"
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ÉTUDE SUR SA VIE ET SON TEMPS
reauxde sa prison du Guildo, rencontrant le duc son frère et son meurtrier, l’assigna de sa part à comparaître dans quarante jours au tribunal du juge suprême, ce qui arriva en effet, nous dit l’histoire.
Le clergé du moins a toujours combattu ces superstitions, et si les prêtres se sont prêtés à ce culte vicieux, c’est par surprise. On vient en effet demander une messe à saint Yves, se gardant bien d’ajouter pour quels motifs. Le prêtre dit la messe, ne demandant à Dieu, bien entendu, que ce qui est utile pour le salut de leur âme, et non la mort de leurs ennemis. Si quelquefois cependant il s’en est trouvé qui ont déclaré leurs intentions criminelles, le prêtre les a instruits de leurs devoirs, de la charité qu’ils devaient à leur prochain et du soin que l'on doit laisser à Dieu de faire connaître la vérité. Presque toujours ces pauvres gens s’en retournent tout consolés, en remerciant saint Yves de leur avoir obtenu la grâce de ne pas succomber à leurs mauvais désirs.
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§ XX,— Personnages dévots à saint Yves
Nous n’avons fait qu’esquisser le culte tout particulier de quelques personnages historiques, pour notre grand saint Yves. Nous devons à leur piété et à la gloire du saint, de donner certains développements à ces pages de sa vie, afin de montrer que ce n'est pas seulement le peuple qui s’est chargé d’acclamer la sainteté et les vertus de noire bienheureux, mais encore les grands et les princes de la terre, en recourant à sa protection et en proclamant ses bienfaits.
Les familles qui ont eu les rapports les plus intimes avec saint Yves, de son vivant, n’ont pas sans doute été les dernières à l’honorer après sa mort ; par exemple, les Pestivien, les Tournemine, les Rostrenen, les Kerwézec, les Cabanac, les du Rumen, et tant d’autres en faveur desquels il a opéré les plus consolantes merveilles. Cependant nous ne trouvons aucune trace de leur reconnais-
sance dans les écrits postérieurs à sa canonisation. On n’écrivait que ce qui pouvait passer pour extraordinaire, et généralement ce qui avait rapport à des personnes étrangères à la localité ou désignées à
l’attention publique, par l'importance de leur posi-
lion dans le monde.
Nous avons parlé de Charles de Blois, duc de Bretagne, et de son double pèlerinage au tombeau de saint Yves. C'est ce prince qui se rendit à Avignon, près de Clément Yi, pour presser le Souverain Pontife de procédera la canonisation du saint prêtre. Il semblait pressentir sa fin prochaine et ne voulait pas cependant quitter la vie avant d’avoir vu honorer, sur les autels, son saint de prédilection. Par un effet de la Providence, les saints se connaissent. et s’aiment d'un amour tout particulier dont le rayonnement est en Dieu. Qui était plus à même d’apprécier saint Yves que Charles de Blois 1 C’était la même générosité pour les pauvres, avec
des austérités non moins effrayantes, la piété la
plus tendre et une sainteté de vie que nous admirons toujours.
Comme Yves de Kermartin, Charles voyait Dieu présent partout, surtout dans ses temples où il lui
rendait constamment ses hommages. Dans les pau-
vres, il considérait Jésus-Christ souffrant , se faisant lui-même l’objet de notre compassion et de nos
aumônes. 11 honorait, dans les personnes affligées,
Celui qui s’y est en quelque sorte renfermé, pour
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recevoir nos services et les récompenser au centuple. Test dans celte pensée de foi profonde que cet
humble prince se faisait un devoir de servir les
pauvres, avec le même respect et presque le même culle que si Jésus-Christ avait été présent en personne sous les haillons de leurs misères. 11 leur lavait les pieds, leur baisait les mains, puis leur faisait apporter tout ce qui était servi de plus succulent à sa table. Souvent il les faisait dîner dans sa maison, et se gardait bien de prendre son repas avant de les avoir servis de ses propres mains. Si parmi eux il s’en trouvait un plus misérable ou plus malpropre que les autres, c’est à lui qu’il réservait ses plus affectueuses tendresses. On croirait, en lisant la vie de ce prince, être tombé sur quelques pages égarées de l'histoire de saint Yves, tant il y a d’intimes rapports entre ces deux saintes vies.
Plus riche que le modeste seigneur de Kermartin, Charles put le dépasser en largesses et en générosité. Il avait aussi hérité de son père d'un grand amour pour les pauvres, et dès qu’il fut duc de Bretagne, il bâtit pour eux plusieurs hôpitaux, à Guingamp et dans les villes où ils avaient le plus à souffrir. 11 y visitait souvent les malades, s’approchait de leurs lits, se faisait montrer leurs plaies et
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les pansait souvent de ses propres mains, leur faisait apporter le repas qu’on lui avait servi, ne se réservant que des restes grossiers, encore n’en mangeait-il que juste ce qu’il fallait pour ne pas mourir. Quand i! tut relevé mort sur le champ de bataille d’Auray, il avait, sur sa chair nue, un cilice de crins bruns, comme celui de saint Yves, et par dessus, l'habit de ce saint prêtre qu’il porta constamment comme pour mettre ses austérités sous les auspices de ce saint et les rendre plus méritoires aux veux de Dieu.
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Pendant sa captivité en Angleterre, le bon ducs’était appliqué à composer un ouvrage de piété, en l’honneur de saint. Yves. 11 y passait en revue les principaux saints, elles comparait un à un avec son héros. C’était, disait-il, un saint Denys en sublimité
de contemplation ; un saint Athanase en constance ; un saint Iînsile en austérités ; un saint Cyprien en générosité ; un saint Grégoire en vigilance et en sollicitude ; un saint Augustin en douceur ; un
saint Ambroise en majesté ; un saint Jean Chrvsoslôme en éloquence ; un saint Bernard en dévotion à Marie. L’ouvrage était sans doute composé en guerz, ou pi ose-rimée, assez en usage à celte époque, pour être chanté le soir à la veillée ou sur la place
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publique les jours de foires et de pardons. Cette composition infiniment précieuse d’un saint écrivant la vie d’un saint, n’est pas parvenue jusqu’à nous, soit que le pieux auteur n’ait pas pu la terminer, ou que la main du temps l’ait anéantie pour jamais, comme beaucoup d’autres documents dont nous déplorerons toujours la perle irréparable. Le prince captif, qui n’était pas seulement poète, mais encore musicien, y avait adapté un chant si mélodieux, dit Albert le Grand, que plusieurs en prirent copie, et fut chante en divers lieux de Brc taiejne.
Un jour viendra peut-être où les Bretons prieront le Pontife suprême de reprendre la procédure delà canonisation du bienheureux Charles de Blois,
afin qu’ils puissent le prier et voir sa statue sur nos autels, à côté de celle de saint Yves qu’il avait pris pour modèle et dont il fut le plus zélé serviteur ! Le successeur de Charles de Blois sur le trône
ducal, Jean Y, fils du Conquérant, ne se montra pas moins dévot à saint Yves que les autres princes de sa famille. Surpris à Chantonceaux par la trahison des Penthièvre, il se vit traîné de prison en prison, pendant que ses ennemis ravageaient ses Etats et s’emparaient des principales villes de son duché.