‹ bpt6k96035213Chapitre 17 sur 36 · ETUDE · texte numérisé non relu

ETUDE

SUR SA VIE ET SON TEMPS

Ne sachant à quels saints se vouer pour faire cesser une captivité - font on lui faisait, à dessein, sentir tout le poids et l'amertume, le pauvre captif songea au bienheureux Yves de Kermartin que l'Eglise venait de placer solennellement sur ses autels. Il promit donc, entre autres choses, son pesant d’argent au tombeau du saint, s’il était délivré avant la

fin de l’annce, et sa demande ayant été exaucée, il

accomplit loyalement son vœu. Tl se fit placer tout armé dans le plateau d’une balance, et il fallut plus de trois cents vingt marcs d’argent pour équilibrer son poids, ce qui représentait une somme de cent

vingt initie livres. Jean entreprit aussitôt la construction de cette belle chapelle qui porte encore son nom, ainsi que le tombeau monumental du saint

prêtre. Pour finir cette œuvre admirable, le duc fut encore obligé d’ajouter deux cents marcs d’argent, et un d'or. Tout a disparu, excepté la chapelle ducale

qui semblait destinée

le sanctuaire du

magnifique monument qui a été érigé pour expier le vandalisme et l’ingratitude du siècle dernier.

L’autel pourrait être placé entre les deux verrières qui serviront de chevet et cet Le disposition, laissant

libres les deux extrémités de la chapelle, on pourra y peindre les principaux traits de la vie de saint

Yves. Plus d’un artiste sera heureux de saisir au vif quelques scènes de cette vie admirable pour les y reproduire en fresque, avec les riches et pittoresques costumes de l’époque. Déjà Lamothe, un des premiers élèves de Flandrin, sur la demande d’un de ses amis, M. Hyacinthe Duportal du Goasmeur, a représenté sur les trois panneaux de l’abside de la cathédrale, le Christ consolateur avec la Sainte famille , travail généralement admiré et qui n’a rien perdu de sa fraîcheur. Il aura, il faut l’espérer, des imitateurs, et quand il s’agira de saint Yves, les cœurs trécorrois ne manqueront jamais de générosité !

Jean Y ne se contenta pas de ce magnifique exvoto. Il voulut encore, par son testament, perpétuer d’une autre manière sa dévotion pour son saint protecteur. « Par la singulière dévotion que nous portons à saint Yves qui repose en la cathédrale de Tréguier, nous avons, dit-il, choisi nous-même cette église pour lieu de notre sépulture. En conséquence avons ordonné cl ordonnons par ces pré-

ni

sentes, de faire une fondation d’office divin, à dota*

tion de rentes ci-après désignées, pour célébrer en

la dite église, des messes, processions et anniversaires.... » Pour l’entretien de ces offices et servi-

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ces religieux, le duc donne cinq cenls livres de rentes annuelles, à prendre sur les devoirs du hâvre ou port de la Pioche-Derrien. Cet acte donné à Vannes est daté du 7 octobre 1420.

Jean mourut deux ans après, en son manoir de la Touche près de Nantes. Son cœur est resté dans la cathédrale de ce Ltc ville, et son corps, après neuf ans de procès, a été rendu à sa chapelle de Tréguier, et placé près du tombeau de saint Yves. Il fallut toute la science et l'habileté du chanoine Jean de Lan l illac, archidiacre de Plougastel, pour obliger les chanoines de Nantes à nous rendre ce précieux dépôt. Le bon prince a reposé en paix dans cette sépulture, jusqu’à la tourmente révolutionnaire. Sa tombe fut fouillée et profanée, comme toutes celles de la cathédrale, par des gens avides d’or et d’argent, et plus encore, semble-t-il, de destruction.

Le sol de la chapelle du duc ayant été remué, en 1868, pour préparer un caveau aux restes de Mgr Le Minlier de Saint-André, dernier évêque de

tourmente, on découvrit un crâne qu’on a supposé être celui du duc. Un de nos amis, M. R. Villeneufve, le lit renfermer dans une urne de terre grossière et le déposa dans sa tombe séculaire.

SAINT YVES

On vient de découvrir ce caveau aussi fraîche-

ment conservé qu'au premier jour. Deux chevalets en iér avec quelques restes de planches et deux ou trois esquilles, qui tombent en poussière, c'est tout ce qui s’v trouvait. Une pierre blanche, celle qui recouvrait la tombe de saint Yves, vient d'y être placée avec une inscription qui résume les litres et la vie du duc Jean Y.

La translation des restes de Jean Y à Tréguier amena, au tombeau de saint Yves, le nouveau duc, Pierre II, avec sa sainte épouse, la bienheureuse Françoise d’Àm boise. Il n’est pas impossible que, pendant son séjour au château de Guingamp, la pieuse duchesse se soit rendue, une année ou l'autre, à la fête de Tréguier. Elle avait cependant une dévotion, plus prononcée encore, pour un autre saint apôtre qui, un demi-siècle auparavant, avait aussi évangélisé la lîrctagne, saint Vincent Fcrricr.

Vincent, dans le cours de ses missions, voulut lui-même prier sur le tombeau de saint Yves. C’est en 1418 qu’il se rendit à Tréguier. Dès que son arrivée lut annoncée, l'évêque, Mathias du Cosquer, vint au devant de lui, jusqu’à Crec’h-Mikel, accompagné de ses chanoines et de tout le clergé de la ville. Le pieux missionnaire fut conduit par ce cortège

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imposant jusqu’à l’église, et après s’être prosterné sur le tombeau du saint, il chanta la grand’niesse et prêcha avec celle éloquence du cœur et cette onction qui sont restées populaires dans les paroisses qu’il a évangélisées. Vincent mourut l’année suivante, à Vannes, comme s’il ne lui manquait que de voir saint Yves sur la terre pour aller le rejoindre au ciel !

Vincent Ferricr avait été à Vantes le directeur spirituel de Jeanne de France, mère du duc Pierre 1 1. C’est pour celle raison et à cause de son éminente sainteté, que la bonne duchesse Françoise d’Amboisc avait toujours eu pour lui la plus grande vénération. Jean V, son aïeul, avait fait commencer la procédure de la canonisation du saint missionnaire ; mais sa mort en interrompit le cours, cl la duchesse, en sc prosternant sur le tombeau de saint Yves, le pria d’aider son mari à reprendre celte cause qui lui tenait tant à cœur. Sa prière fut exaucée, car le duc eut aussi la même pensée, et demanda de son côté cette grâce, par l’entremise du saint prêtre de Tréguier. Dès qu'il fut de retour à Nantes, il écrivit au général des Frères- Prêcheurs, pour le prier de l’accompagner auprès du Souverain Pontife, et de solliciter avec lui la canonisation de

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saint Vincent Ferrier. Gallixte III, successeur du pape Nicolas, chargea le cardinal de Goëtivy, encore un breton, de faire un rapport sur les miracles et la sainteté de cet autre émule de saint Yves, et saint Vincent Ferrier reçut l’année suivante les hon-

neurs de la canonisation (1455),

On ne sait par quel dessein providentiel, une partie importante des reliques de saint Vincent ont été transportées à Pleubian, près Tréguier. Il n’v a pas d’authentique, il est vrai, mais la tradition et l’analyse des ossements conservés de temps immémorial dans cette église, semblent une preuve péremptoire. Ces reliques sont conservées dans la base en bois recouverte de lames d’argent, d’un buste de saint Vincent qui a disparu. Le reliquaire est partagé en neuf parties par des cloisons, et chaque ossernent porte imprimé le nom de saint Vincent Ferrier. L’analyse a démontré que ces ossements appartiennent à un homme d’une soixantaine d’années, qui devait être boiteux. On se demande si Mgr Oamon, frère de l’abbesse de Saint- Georges, n’aurait pas donné ces reliques à cette abbaye, qui les aurait fait parvenir à Pleubian, où existait un des plus célèbres prieurés de cette communauté, et cela pour les dérober aux Espagnols qui cher-

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chaient à enlever ce trésor à la Bretagne. On bien saint Vincent et saint Yves auront-ils voulu reposer F un auprès de l’autre, dans cette terre si hospitalière du pays de Tréguier. Nous l’ignorons et n’osons hasarder aucune conjecture, nous bornant seulement à signaler ce fait à la discussion de nos confrères dont les travaux sur la Bretagne méritent les plus grands éloges.

Quelques années après, Charles, duc de Berri, frère de Louis XI, roi de France, vint aussi en pèlerinage au tombeau de saint Yves (1469). Il était très lié avec François II, le nouveau duc de Bretagne, qu’il avait attiré, avec quelques autres seigneurs, dans la Ligue du Bien public. Quand la paix fut aile, Louis XI voulut s’attacher les Bretons, croyant que leur duc aurait accepté le collier de l’ordre de Saint-Michel qu’il venait de créer pour les souverains. Son frère, chargé de cette mission, voulut passer par Tréguier on il resta trois jours. Le premier jour, il déposa un réal d’or sur le chef de saint Yves, le second jour, deux écus d’argent, l’un sur le tombeau, l’autre dans le chœur du duc. Avant de partir il tint à passer une nuit tout entière pour faire la veillée sur la tombe du bienheureux, auquel il adressa les plus ferventes prières.

SAINT YVES

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Le i I du mois de septembre de l'année 1 48 i, un autre prince de la famille de Lanças tre, Henri Tudor, qui régna plus lard en Angleterre sous le nom de Henri VII, voulut aussi visiter le tombeau de saint Yves. Il avait été exilé pendant la guerre des Deux- Roses , et son cousin le due de Bretagne lui avait offert l’hospitalité dans ses Etals. Le chapitre de Tréguier, prévenu de son arrivée, alla au devant de lui et le reçut avec tous les honneurs dus à son rang et à ses malheurs. 11 fut conduit sur le tombeau du saint où il pria longtemps.

Anne, la nouvelle duchesse, qui avait remplacé son frère sur le trône de Bretagne, renouvela envers saint Yves la dévotion héréditaire dans sa famille. Elevée par Françoise de Dinan, veuve de l’infortuné Gilles de Bretagne, Anne reçut une éducation toute bretonne, et jusque sur le trône de France elle ne rêvait qua son pays et ne priait que les saints de sa chère Bretagne. Eprouvant peut-être, comme les vrais bretons, le mal elle désira le revoir et visiter les sanctuaires les plus célèbres de son duché. La reine vint donc, en 1506, à Notre-Lame de Bon-Secours de Gai ngamp où elle donna une cloche qui porte encore son nom, puis à Morlaix pour se rendre à Notre-

ÉTUDE SUD S.V VIE ET SON TEMPS

Dame du Folgoët et à Sain t-Jean-du- Doigt, où elle laissa, comme marque de sa reconnaissance, un magnifique calice qu’on y admire encore et des burettes qui ont disparu depuis peu.

Anne réserva, en dernier lieu, son pèlerinage au tombeau de saint Yves. Elle fut reçue à Tréguier avec toutes sortes de magnificences, et les fêtes données à cette occasion durèrent plusieurs jours. L’évêque nommé, Antoine de Orignaux, n’ayant pas encore pris possession de son siège, ce fut le chapitre qui la conduisit dans la chapelle du Duc son aïeul, et sur le tombeau de saint Yves, à l’intercession duquel elle devait peut-être d’avoir terminé ses démêlés avec le vicomte de Rohan qui l’avait poursuivie, pour une liquidation de succession, j ûsque sur le trône de France. Nous ne voyons pas que la reine, ou plutôt la bonne duchesse, comme on se plaisait à l’appeler, ait laissé aucun souvenir de son passage à Tréguier. On peut croire cependant, qu’après ses libéralités aux premiers sanctuaires qu’elle a visités, elle n’a pas dû non plus oublier le tombeau de saint Yves. C’est peut-être elle qui a donné un calice en argent doré, aux armes de France et de Bretagne, dont parle M. de Barthélemy dans la

description du trésor de la cathédrale de Tréguier.

SAINT YVES

lu célèbre missionnaire, qui a remué, par sa parole ardente, unefoulede pn roisses bretonnes, le P. Julien

Maunoir, est venu, l’an 1050, donner une première mission à Tréguier. C’est sur le tombeau de saint Yves qu’il a commencé ses exercices spirituels qui ont duré plusieurs semaines. Nul doute qu’il n’ait puisé, dans sa prière à saint Yves, plus de zèle et de ferveur encore pour évangéliser les campagnes où le saint prêtre avait prêché si souvent. Le grand évêque qui, comme un simple prêtre,

accompagnait le P. Maunoir dans ses missions, Monseigneur Balthazar (ïrangier, avait lui-même une dévotion particulière pour l'humble curé qui reposai t dans sa cathédrale. Il puisa dans l’exemple de sa vie, ce zèle apostolique, celte charité ardente et cette sainteté, dont le souvenir couronne sa mémoire toujours vénérée au pays de Tréguier. C’est lui qui a fondé tous les hôpitaux de son diocèse et appelé les ordres religieux dont les maisons existent encore, bien que veuves, en grand nombre, des saintes âmes qui y ont, pendant longtemps, chanté les louanges de Dieu, et accompli tant d’œuvres de

«nié.

Quelques-uns croient que T illustre contemporain

de Monseigneur Grangier, saint Vincent de Paul,

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serait venu lui-même, à Tréguier, installer les religieux de sa congrégation que cet évêque y avait appelés. Avec quelle ferveur l’apôtre de la charité aura prié sur la tombe de saint Yves, l’humble prêtre qui, trois siècles auparavant, porta si loin l’amour des pauvres et le zèle du salut des âmes !

Les autres évêques de Tréguier et les nombreux abbés de ce diocèse, aujourd’hui supprimé, se sont, tour à tour, agenouillés sur ces dalles, qui recouvrent les restes du bienheureux Yves de Kermartin ;

et Monseigneur l’Evêque de Saint-Brieuc et Tréguier, en interrompant chaque année scs visites pastorales, pour venir en personne célébrer sa fête à Tréguier, montre autant, et plus peut-être, que tous ceux qui Font précédé sur le siège de saint Tugdual, combien est grand son amour pour l’humble curé qui jette, sur la plus belle partie de sou diocèse, les

reflets de sa sainteté et de ses éclatantes vertus.

Des milliers de pèlerins viennent tous les ans, à la suite de l'Evêque, prier notre saint national et le remercier des faveurs signalées obtenues par son intercession. (Test une grande et pieuse manifestation, à laquelle personne ne veut rester étranger ; et ceux qui ne peuvent assister à cette belle fête, y sont au moins présents par la pensée

SAINT YVES

et le cœur ! Le marin qui voit de loin le clocher de son église, se découvre et le prie ; l’humble batelier qui descend ou remonte le large estuaire du Jaudy, commence à réciter, tout haut, la prière du soir ou du malin, dès qu’il entend l’Angélus de saint Yves, et ses compagnons lui répondent avec une touchante piété et un entrain admirable ! Honneur à M. le vicomte de Roquefeuil, le maire bien-aimé de la commune, qui restaure cette église et son clocher de ses propres deniers cl avec une élégance qui rendra ce sanctuaire, déjà vénérable à tous les points de vue, un des plus beaux sanctuaires de la Bretagne : saint Yves mérite bien ce zèle et ce dévouement qu’il récompensera au centuple.

Parmi les ordres religieux qui se sont montrés particulièrement dévots à saint Yves, il faut citer surtout les religieux de sain! François. On sait combien notre saint leur était attaché. Ils furent partout ses directeurs et scs maîtres. On a cru même, et les leçons de notre bréviaire le donnent à entendre, on a cru que saint Yves s’était fait inscrire, dès le commencement , parmi les Tertiaires de cet ordre ,

et qu’il y conforma exactement sa vie : jampr* ordini tertiariomm Franc i sci nomen dederat , etc.

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Les Franciscains, de leur côté, à partir du xvu e siècle, ont inséré sa fête dans leur calendrier et célébré son douille office dans leur bréviaire et leur

missel. C’est une forte présomption, nous n'en disconvenons pas, mais c'est tout. Nous nous garderons liien cependant d’y contredire, aussi bien que de produire les raisons de ceux qui ont fait admettre une opinion contraire, quelque pieuse qu’elle soit, ne voulant pas introduire de discussions dans ce travail où nous avons voulu présenter

tout d’un trait la vie de saint Yves.

L’insertion de sa vie dans un ouvrage récent qui donne l'histoire abrégée des plus zélés serviteurs de saint François, n’a [tas détruit la conviction de ceux qui n'ont vu dans notre saint, qu’un humble et saint prêtre, modèle du clergé paroissial, qui n’a cherché d’autre couronne que celle de son sacerdoce !

Après les ordres religieux, on pourrait signaler quelques paroisses, qui ont montré et montrent encore, chaque année, une dévotion extraordinaire à saint Yves. Ici, je n’aurais sans doute que l’embarras du choix, surtout au pays de l'réguier. Je prendrai pour exemple celle de Kerfot, en Goëllo, dont nous avons déjà dit un mot. Ces habitants prétendent posséder le bâton de saint Yves, dont on

SAINT YVES

a fait un pied pour la croix de procession. Celle

croix est le palladium de cette paroisse. Elle passe

pour avoir conservé quelque chose de la puissance du saint prêtre. Dans les années de sécheresse,

quand l’atmosphère est de feu et le ciel d’airain, la

procession de Notre-Dame de Eerfot est requise, par toutes les paroisses voisines, de se mettre en

marche pour le Minihy. Elle prend la croix vénérée

et à sa suite tous se mettent en branle pour se

rendre au tombeau de saint Yves, distant de cinq grandes lieues. On doit plonger le pied de la croix

dans la fontaine du saint, el au retour de la procession le ciel se laisse désarmer el donne de la pluie. La croix est rapportée dans sa chapelle, aujourd’hui église, et la confiance des fidèles, bien que soumise quelquefois à une dure épreuve', n’a jamais faibli.

One de fois n'avons-nous pas rencontré ces pieux habitants, s'en retournant, après avoir salué une

dernière fois la croix de saint Yves, ou Croaz ar salut , sur la lande de Pieumcur ! Partis le matin

avec un morceau de pain sec en poche, la gaule de saule épluché dans une main, et le chapelet dans l’autre, ils ont bu de l’eau de la fontaine de saint

Yves, fait à genoux le tour de son sanctuaire vénéré et baisé ses reliques ; et ils s’en retournent harassés

ÉTUDE SUi; SA VIE ET SON TEMPS

de fatigue, mais remplis d'une sainte joie et pleins de confiance. Il faudrait que le Ciel fut bien dur, s'il n’exauçait pas leur prière ! Jamais on n'a vu, en Israël, une foi plus vive î

. — Œuvres fondées sous le patronage de

saint Yves.

Nous avons dit qu’il y avait, au temps de saint Yves, un hôpital à Tréguier, et que le saint y allait lui-même soigner les malades, habiller les pauvres et ensevelir les morts. Ces sortes d’éta ï >Ussements étaient assez rares cependant à celte époque. Dès le iv c siècle, il est vrai, les empereurs devenus chrétiens ordonnèrent d'en fonder pour les malades avec des hospices pour les vieillards ; mais ces maisons abandonnées à la charité privée ne purent se répandre que bien lentement, et l’ llotel-Dieu de Paris, fondé au ix e siècle, fut longtemps le seul de ce genre. La lèpre s'étant introduite eu France à la suite des croisades, les premiers hôpitaux y lurent créés par les chevaliers de Saint-Jean, elle clergé séculier prenant exemple sur ces religieux militaires, commença aussi à en fonder de ses propres deniers. Saint Yves est le premier que nous

voyions prendre celte initiative à T résilier, en bâtissant, auprès de son manoir, une maison pour loger les pauvres et les voyageurs, avec des lits pour les malades.

Cet hôpital, relativement modeste, comme on peut le croire, aura servi de modèle aux autres maisons de ce genre, qui ont été fondées plus tard dans toute la lîretagne, et dont un certain nombre porte ie nom de saint Yves on invoque sa protection. Le plus célèbre de ces hôpitaux est celui de Rennes, et bien que les divers gouvernements qui se sont succédé depuis peu, lui aient donné un autre nom, ie peuple continue toujours de l'appeler comme anciennement T hôpital de Saint-Yves. Celui de Morlaix, qu’on fait remonter à une haute antiquité, n’a reçu sa forme définitive qu’au xv e siècle ; il porte le nom de Snint-Efflam et de Saint-Yves. Lanuion avait un hospice et un hôpital dédié à saint Yves à l'endroit où est aujourd’hui le bel etablissement scolaire tenu par les sœurs du Saint- Esprit : le peuple lui a toujours conservé son ancien nom. Saint- Pol -de- Léon conserve aussi son hôpital Saint-Yves avec une chapelle où sont des vitraux représentant le saint distribuant l’aumône.

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À Nantes, des particuliers en bâtirent un auprès de l’église Notre-Dame : il était sous le vocable de saint Julien, et ressemblait assez à ces asiles de nuit que l’on vient de créer, il y a peu d’années. Vitré fait remonter le sien au xn e siècle. C’était comme celui de Tréguier, qui pouvait bien dater de la même époque, une maison où l'on recevait quelques malades de passage. L’hôpital de Saint- Brieuc, fondé pour donner asile aux malheureux atteints du mal des ardents, porta naturellement le nom de Saint-Antoine, qui passait pour guérir de ce mal affreux. 11 serait inutile de nous étendre davantage sur ces sortes d’établissements, bien que nous soyons persuadé que la charité de saint Yves pour les pauvres et sa singulière tendresse pour les malades, ont exercé une grande influence sur ces pieuses fondations desservies jusqu’à nos jours par d’humbles et modestes religieuses, dont les soins admirables rappelleront toujours le zèle infatigable et dévoué du saint curé breton. Il est rare qu’il n’y ait pas au moins une salle qui porte son nom dans chacun de leurs établissements.

La souffrance corporelle est sans doute une grande épreuve pour notre pauvre humanité ; mais il va quelque chose de plus terrible encore,

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