‹ bpt6k96035213Chapitre 7 sur 36 · IV. — Saint Yves Avocat à Tréguier · texte numérisé non relu

IV. — Saint Yves Avocat à Tréguier

Prétendre que Yves de Kermartin n'a pas été avocat avant d’être official à Rennes et à Tréguier, c’est détruire complètement la tradition tout entière sur la vie de notre Iîienlieureux. C'est l’avocat des pauvres, des veuves et des orphelins : il plaidait pour eux gratuitement, et poursuivait ses appels jusqu’à ce qu’il n’cfit gagné leurs causes. Or, un official est un juge qui rend la sentence et ne plaide pas; et, au xm c siècle, ces deux fonctions étaient parfaitement séparées. Yves pouvait cependant appartenir déjà au clergé : il le devait même pour être admis à plaider devant les tribunaux ecclésiastiques. Combien de temps exerça-t-il la profession d’avocat à Tréguier? Nous ne le savons pas au juste. Il ne reste de sa vie que quatre ans, six ans tout au plus, à partager entre son séjour à Tréguier et à Rennes, comme avocat, chancelier

SAINT YVES

et official, à moins d’admettre qu’il continua cette dernière fonction pendant son rectorat de Trédrez et de Louannec, ce qui paraît, d’ailleurs, encore assez probable. Nous rapporterons donc à l'époque de sa vie où il plaidait à Tréguier, quelques causes, sans date certaine, que nous avons relevées au courant de la procédure pour ia canonisation.

Il s’agit d’abord d’un gentilhomme pauvre, nommé Richard le Roux, de la paroisse de Trédrez. Richard était en procès contre Yves, abbé de Notre-Dame du Relec, au diocèse de Léon. La pauvreté de sa maison ne lui permettait pas de poursuivre sa cause, et il allait perdre toute sa fortune. Ayant entendu parler de la générosité et du talent d’Yves de Kermartin, il alla le trouver et le supplia de lui venir en aide pour l’amour de Dieu. Y ves lui demanda si sa cause était juste. « Je le crois, du moins, répondit Richard, et je suis prêt à l’affirmer sur la loi du serment. t> C’est ce qu’il fut obligé de faire, avant que son avocat prît en main sa défense. Il entreprit donc ce procès, assez difficile à cause de l'intlucncc de l’abbé du Relec, et le poursuivit d’appel en appel, à ses propres frais, jusqu’à ce qu’il ne l’eut gagné. Cette famille, très riche aujourd’hui, au pays de Lannion,

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ignore peut-être qu elle doit à saint Yves la conservation de la fortune de leur ancêtre, et la haute position qu’elle occupe depuis.

L’usure était assez commune à celte époque et causait la ruine des familles honnêtes qui avaient le malheur d’y prêter la main. Telle était une pauvre veuve de Poiumerit-Jaudy, appelé Devenez. Un usurier fort connu, nommé Uiwal Hardel, qui lui avait prêté quelque argent, voulait s’emparer de son courtil, ou petit jardin muré oui entourait sa maison. La veuve n’avait pas refusé de lui rendre la somme, elle demandait seulement un délai, et le prêt était loin de valoir le petit bien de la pauvre femme. Elle eut recours, dans sa détresse, à Yves de Kermartin, dont la science et la sainteté étaient déjà en renom, t loin me elle n’avait rien, elle le supplia, dit Yves Suet, de vouloir bien ta défendre pour l’amour de Dieu, comme le disent toujours les pauvres au pays de Trcguier. « Oui, répondit Yves, pour Dieu je vous aiderai : Pro Deo te adja vcibo. » Il s’enquit encore soigneusement de la bonté de sa cause ; car, comme dit la Très Ancienne Coutume de Bretagne, nul ne doit commencer pied ne autre contens , s'il n'entend avoir bon droit et raison, maxime qui est encore invoquée par les

avocats, et dont saint Yves ne se départit jamais. Le procès de la veuve Levcnez fut assez long, le riche Hardel ayant les moyens d’en appeler à toutes les cours; mais Yves le poursuivit jusqu'à son

dernier retranchement et gagna sa cause.

Les mendiants eux-mêmes trouvaient en lui un zélé et ferme défenseur, comme nous le voyons dans le cas du pauvre ConstriLin, au pays de Tréguier. Je ne sais quelle injustice avait commise contre lui le père d’Yves Catoïc, riche bourgeois de la ville, qui reconnaissait la légitimité de la requête du mendiant, mais dédaignait de lui rendre raison, l.c pauvre n'eut d’autres ressources que de s’adresser à celui qu'on appelait déjà l’avocat des malheureux. Yves prit en main, gratuitement, bien entendu, la cause du pauvre mendiant et gagna son procès. C’est le fils du condamné lui-même, Yves Catoïc, qui l’atteste dans l’enquête de la Canonisation.

Cn autre pauvre de Pleumèur-Gauthier se trouva sur le chemin d’Olivier Àrel, de Lézardrieux. Les droits du pauvre était réels; toutefois les preuves ne se voyaient pas facilement, et le seigneur avait l’espoir de triompher, grâce à sa fortune ; mais Yves, invoqué par le pauvre pour le défendre, ne

relaté

ri -contre, opéré par

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îre fouamtcc, au tribunal îre r©ffîcial

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(Reproduction îru nitrail

de JHoneontour

îre Bretagne*)

SAINT YVES

céda devant aucune dépense. Enfin, de guerre lasse, il finit par amener les plaideurs à une réconciliation complète, et Olivier Arel garda pour le

et

1 ûi une gra

reconnaissance

Il s’cst passé, vers le meme temps, un fait extraordinaire dont a parlé Jean de Ooëtfrce, et l’abbé de l'égard s’en est fait l’écho durant la procédure. Il s’agissait d’un jeune homme de Louanncc qui avait épousé une fille de sa paroisse. Celle-ci se refusant à suivre son mari, en appela aux tribunaux pour faire invalider son mariage. Yves fut encore appelé pour plaider cette affaire et défendre le jeune homme. En sa présence, la fille de Louannec affirmait que réellement elle avait épousé ce jeune homme et qu’elle ne voulait pas d’autre mari que lui. Devant le tribunal, au contraire, elle le niait obstinément. La même scène s’étant répétée plusieurs fois, la cause lut portée jusqu’à Tours. L’official qui était chargé de la juger fut fortement étonné en présence d’un fait qui lui révélait la sainteté de Y avocat. Ne sachant comment en venir à bout, il descendit de son siège

et chargea Yves de porter le jugement, ce qu’il fit

pour le plus grand bien des deux contestants.

Une autre fois, c’est une veuve de Tréguier, nommée Alice Hamon, qui avait à sc défendre à l’auditoire de üruilLaume de Tournemine, contre un nommé Prigent, de la paroisse de Ploézal.

L’avocat choisi par la veuve fut Yves de Kermartin. Prigent en avait un autre doué de beaucoup d’audace et de peu de science, à ce qu'il paraît. A défaut de raisons, il accabla son adversaire de toute espèce de noms injurieux. « Trêve d’opprobres et d’insultes, répondit Yves avec beaucoup de calme, tout cela n affaiblira pas ma cause et ne rendra pas la vôtre meilleure. »

Le nombre des procès que plaida Yves de Kcrrnarlin devait être bien considérable, en un temps où il n’y avait pas encore de lois écrites et connues du public. Le Droit coutumier n’était pas le même partout ; la rédaction de la Très Ancienne Coutume de Bretagne n'ayant pas encore été faite, les causes devenaient difficiles à plaider, et donnaient lieu à bien des chicanes où le plus fort l’emportait souvent. Yves, devenu official et prêtre, a continué, quand l’occasion s’est présentée, de plaider encore à Tours et devant les autres officialités, pour les pauvres et les malheureux auxquels il avait d’avance consacré sa vie. Quand il se fut démis de

sa charge d’official, il redevint encore, comme auparavant, l’avocat des pauvres, et nous ne pouvons nous expliquer autrement une foule de procès clans lesquels il est intervenu, à differentes époques de son ministère sacerdotal. « Le glorieux ami de Dieu, Monseigneur saint Yves, dit Alain Bouchard, a voulu cette fonction d’avocat exercer par pitié et par compassion jusques au temps de son trépas. »

Saint Yves chancelier chez l'Archidiacre

de Rennes.

Fatigué de ces courses cl des procès qui lui demandaient un travail continuel ; sc sentant attiré vers l’état ecclésiastique, qui lui permettrait encore de se sanctifier davantage et de faire plus de bien aux pauvres, Yves profita de l’invitation de l’archidiacre Maurice pour aller finir son cours ce théologie et d’Ecrilure-Sainle chez les religieux Franciscains de Rennes. Maurice avait entendu parler de ia haute science el du zèle charitable d’Yves de Fermait in. Il avait même pu le voir à Rennes où les besoins de scs clients l’avaient

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appelé plus d’une fois. Il désira bien se l’attacher, parce que les Rennois étaient moult litigieux, espérant ainsi simplifier les occupations nombreuses que lui donnait la gestion de sa rnense et faire rentrer plus régulièrement les revenus qui étaient les biens des pauvres. Il s’ouvrit donc de son désir à l’avocat breton qui consentit à se rendre auprès de lui. Devint-il official de l’Archidiacre ? Nous n’en savons rien d’une manière bien positive^ bien que quelques témoins le laissent supposer dans l’Enquête. On ne sait pas d’ailleurs en quoi consistaient les fonctions d’un archidiacre à cette époque. Plus tard, s’étant partagé l’administration des diocèses, ils pouvaient user de tous les moyens légaux accordés par le Droit, pour en appeler à leurs tribunaux, contraindre et incarcérer. L’office du Bréviaire du Petit Séminaire de T réguler dit simplement que l’Archidiacre de Pennes appela Yves de KermarLin pour être son chancelier ou porte-sce), ut esset suus sigillifer.

Les tribunaux ecclésiastiques remontaient à Constantin, qui avait permis à chaque évêque de juger ses clercs. Ne pouvant toujours présider son tribunal, l’Evêque se faisait remplacer par un juge, qu’on nommait official. Ce juge devait être prêtre

SAINT YVES

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et docteur, ou au moins licencié en théologie et en Droit-Canon. Le promoteur remplaçait près de ce tribunal les fonctions de ministère public, et devait aussi être clerc. Les avocats y prenaient les noms de procureurs postulants, et les greffiers la qualification de notaires apostoliques. Le tribunal ecclésiastique portait souvent le nom d 'Of/kialité.

Sa compétence devait, primitivement, comme aujourd’hui encore, se restreindre aux clercs : mais peu à peu elle s’étendit davantage, parce qu’il était admis que toutes les personnes misérables, veuves, orphelins, pauvres, appartenaient à la juridiction ecclésiastique. Enfin, l'Eglise devant décider des cas de conscience, tous les procès ressorti ssaient plus ou moins directement de ses tribunaux. Au xm° siècle, les seigneurs se plaignaient de ce qu’ils regardaient comme une usurpation ou un empiètement, et la royauté en profila pour restreindre la puissance du clergé et la juridiction des officialités. La pragmatique-sanction, dite de saint Louis, ne fut que fécho. de ces plaintes et un moyen plus ou moins pratique de diminuer le nombre des procès.

L'Eglise, obligée de se subvenir à elle-même et de soula aer les malheureux, avait des biens dont

ÉTUDE SUI1 SA VIE ET SON TEMPS

on a exagéré l’importance. Les biens des chanoines s’appelaient prébendes et étaient distribués ou affectés aux principaux dignitaires du Chapitre. La portion qui restait en commun s’appelait mense capitulaire et forma le fonds sur lequel se prélevait l’argenL nécessaire pour les distributions laites aux chanoines. C’est là le revenu dont était chargé l’archidiacre Maurice, et c’est pour le faire rentrer plus régulièrement qu’il appela Yves de Kermarlin à sa cour.

L’Enquête de la canonisation ne le dit pas; mais il faut bien le savoir cl le dire une fois pour toutes, celte Enquête n’a pas la prétention de faire l'histoire de saint Yves. Les témoins qui se présentent ont pour but de faire ressortir la sainteté et la puissance, auprès Ce Dieu, du bienheureux Yves Héloury, et ne parlent qu’incidemment des faits se rapportant à l’histoire de sa vie. Souvent même ils avouent n’être pas bien surs de l’époque ni du lieu, ni du nom des personnes. Cette digression nous permettra de poursuivre sans nous arrêter désormais, le récit de la vie de saint Yves, telle que nous l’avons comprise.

L’Archidiacre fut heureux et fier d’avoir trouvé un pareil chancelier. Il avait expérimenté scs

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capacités extraordinaires, et malgré l’humilité et la discrétion de son porte-scel, il avait aussi découvert ses austérités continuelles. Quand les

jeunes gens du pays de Tréguier venaient à l’Archidiacre profitait de l’absence d’Yves, pour les mener voir sa chambre. « Voyez, leur disait-il, en leur montrant son grabat, c’est là que couche

Yves de Kerinartin, l’homme le plus savant de Rennes. Cependant il pourrait bien, s’il le voulait,

avoir une autre chambre et un bien meilleur lit. »

C’était, dit le seigneur de la Roche-Huon, un pauvre grabat formé de quelques morceaux de bois et de copeaux, avec une poignée de paille ; le tout recouvert d’un méchant lambeau de toile de chanvre !

Pendant les heures libres que lui laissaient les devoirs de sa charge, Yves se livrait à l’étude du

Droit canonique et de P Ecriture-Sainte. Les Fi ■ères-Mineurs, appelés aussi Cordeliers, venaient de fonder une maison à Rennes. Il y avait, dans ce couvent, un religieux célèbre par sa sainteté, nommé Raoul. Yves s’attacha à lui, et suivit avec

assiduité les leçons publiques qu'il donnait dans son monastère, avec l’aide de ses frères. C’est sous leur savante direction qu’il compléta son cours de Droit, dans les rapports que la législation eeclésias-

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tique pouvait avoir avec les Coutumes de chaque

province.

L’Ecriture-Sainte, qu’il n'avait pas encore étudiée, eut pour lui le plus vif attrait. Aussi s’adonnat-il à cette étude, qui devrait être regardée comme la base de la religion, avec toute l’ardeur de ses jeunes années ; et toute sa vie il continua depuis à porter sur lui le texte sacré qui, lui servait

même souvent d’oreiller pour ses heures de repos. Après le cours d’ Ecriture-Sain te, la théologie occupait tout son temps libre. On l’enseignait alors, suivant la méthode de Pierre Lombard, le savant évêque de Paris et le maître de saint Thomas d’Aquin; elle se divisait en quatre parties appelées Livres des Sentences , et se basait sur la tradition des Pères de l’Eglise, contre laquelle viendront éternellement se briser les sophismes de toutes les écoles de l’hérésie. Le premier Livre traite de Dieu ; le second, des Anges ; le troisième, de Jésus-Christ fait homme , et le quatrième, des Sacrements , y compris la mort, le jugement , le paradis et Y enfer. Yves, étudiant ce quatrième Livre sous la direction de Raoul, qui était en même temps le guide de sa conscience, fut tellement pénétré de la crainte des jugements de Dieu

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et de la nécessité de la pénitence, qu’il augmenta encore ses austérités et se livra à des macérations effrayantes, pour dompter sa chair rebelle.

C’est lui-même qui en fait l’aveu à Guy-Pierre

Morel, Frère-Mineur du Couvent de Guingamp, dans sa dernière maladie. « C’est pendant que j’étudiais le quatrième Livre des sentences, dit-il, avec beaucoup de peine et seulement pour obéir, c’est alors que ces grandes vérités tirent naître dans mon âme le mépris complet des choses de ce monde et l’amour des biens éternels. Une grande lutte s’est livrée en moi, entre la raison et la sensualité, et je l’ai soutenue pendant huit années. La neuvième année, j’ai cru avoir triomphé de la chair, eL j’ai pris un habit de pénitence pour en inspirer l'amour à ceux qui n’avaient pas eu le même bonheur, et pour me faire souvenir moi-même que je n’étais qu’un pauvre et misérable pécheur. » La dixième année Yves s’habilla plus pauvrement encore, par mortification et aussi pour venir plus facilement en aide aux malheureux. Il y avait à Rennes deux étudiants pauvres de son pays, Olivier Le Floc’h, qui devint vicaire de Tréguier, et Derien Guyomar, qui entra dans l’ordre des Frères-Prêcheurs de Guingamp.

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De trois jours en trois jours il leur donnait deux deniers, somme suffisante pour leur entretien. Aux grandes solennités de Noël, Pâques, la Pentecôte et la Toussaint r quand l’archidiacre était absent, comme le fait remarquer Olivier Le Floc’h, il les invitait de plus à dîner. On préparait un festin, comme c’est F usage à pareils jours, et quand les tables étaient dressées et les plats servis, Yves faisait mettre tout le repas dans un grand panier, puis envoyait Le Floch chercher ses gens, c’est-àdire les pauvres, qui s’empressaient d’accourir. Les portes s’ouvraient au large, et le bienheureux les servait de ses propres mains et leur donnait à boire et à manger. 11 se mettait à table ensuite avec ses deux compatriotes, et partageait entre eux et les domestiques les mets les mieux préparés, se contentant lui-même d’un pain grossier, de quelques légumes et d’un peu d'eau puisée à la fontaine Gormaye.

On ne sait pas combien de temps Yves resta .chez l’Archidiacre. Quelques-uns croient qu’il profita de son séjour à Rennes pour recevoir les ordres mineurs et les grands ordres jusqu’au diaconat. Lien ne le prouve cependant, et l’on peut supposer qu’il voulût rentrer dans son pays, avant

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de gravir les degrés irrévocables des ordres sacrés. Il avait fini ses études théologiques et pénétré le sens intime des Saintes Ecritures, tout en remplissant avec une grande fidélité les devoirs de sa charge auprès de l’archidiacre. Le Bréviaire du Petit Séminaire de T réguler laisse entendre que ce dignitaire ecclésiastique, tant soit peu avare, non pour lui sans doute, mais pour les intérêts qui lui étaient confiés, trouvait son chancelier trop prodigue, et qu’il le remercia de ses services. Cela tient peut-être aux grandes réunions de pauvres qui se faisaient pendant son absence, et dont quelques malveillants avaient pu exagérer l’importance.

Quoiqu'il en soit, Maurice l’aimait beaucoup et admirait sa science et sa grande vertu. Aussi, quand le jour du départ fut venu, Fcni brassa-t-il en pleurant. On ne se sépare pas d'un saint, sans éprouver intérieurement quelque chose qui ressemble tant soit peu au remords. Pour en atténuer l'amertume, l'archidiacre crut faire beaucoup en lui donnant le meilleur de ses chevaux pour s’en retourner dans son pays. Yves montra, dans celle circonstance encore, combien l’amour des pauvres lui était préférable. Il vendit le cheval pour leur

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en donner le prix, et s’cn retourna à pied à son manoir de Kermartin, qu'il était d’ailleurs bien pressé de revoir.

S'il faut en croire Maurice Geoffroy et ceux qui Font copié, notre pieux compatriote fut, comme les bons bretons, pris d'un ennui profond, loin de son pays ! Ce n'était pas cependant sa première absence, et il en était bien plus loin à Paris et à Orléans ; mais il arrive un moment où le besoin de revoir son village, ses parents, est comme irrésistible. D’ailleurs les Rennois, assez difficiles à gouverner, semblaient n’apprécier que bien peu tout le bien que faisait Yves parmi eux. C’étaient, dit Alain Bouchard, des gens litigieux } brigueux, pleins de subtiles tromperies , habitués à toutes déceptions et nouvelles cautelles de plaidoyeries.

Il est possible que, pour essayer de tromper la

science de FOificia), ce soient les habitants de

Rennes qui aient porté à son tribunal celte cause

singulière et plaisante à la lois. l T n riche seigneur

aurait intenté un procès à un pauvre malheureux

qui, passant près de sa cuisine, avait respiré F odeur

des mets succulents préparés pour son souper.

Yves ne fut guère embarrassé, et pour payer le

seigneur de la même monnaie, il lit sonner à son

oreille un écu d’or qu’il demandait pour dommages-intérêts, en lui disant que le son suffisait bien pour payer rôdeur. Cette histoire, rapportée par M. Kerdanet, a été répétée plus tard par quelques auteurs du xvi e siècle, et a trouvé sa place dans ies ouvrages destinés à l'amusement de la jeunesse. Yves, qui était la droiture même, ne dut pas regretter beaucoup de quitter cette ville où les caractères étaient si peu en harmonie avec le sien. A Tréguier, on l'attendait avec impatience, et il y fut reçu, dit Albert de Morlaix, au grand contentement de tout le monde.

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