VI. — Saint Yves prêtre et official à Tréguier
D’après Dom Lobineau, Alain de Bruc, évêque de Tréguier, aurait réclamé son diocésain en lui refusant des Lettres dimissoriales pour entrer dans les ordres à Rennes. Ce fut donc avec une joie facile à comprendre qu’il vit Yves de Kermartin rentrer dans son pays natal. Sa réputation de savant avocat ne s’élait pas perdue au pays trécor-
rois, et le bruit du succès qu’il avait obtenu à ennes et de la sainteté qu’il vavait pratiquée,
ÉTUDE SUIS SA. VIE ET SON TEMPS
ne le rendait que plus cher à ses compatriotes. Les pauvres en particulier soupiraient après son retour. Instruit autant qu’il était possible de hêtre à cette époque, exercé à toutes les pratiques de la plus tendre piété, Yves était mùr pour le sacerdoce. Bien volontiers, les habitants de Tréguier eussent proclamé qu'il fallait l’ordonner, afin de couronner cette vie tout ecclésiastique parle degré qui en est comme la perfection.
Mais, comme tous les sain! s, Yves redoutait de franchir le dernier pas de la hiérarchie sacrée. Par obéissance pour son Evoque, il consentit à recevoir les ordres dans la cathédrale de Tréguier, puis le sacerdoce , des mains d’Alain de Bruc, qui eut toujours pour lui la plus grande estime et une vénération profonde. Ce jour fut pour le saint prêtre une occasion de se rappeler tous les souvenirs de sa pieuse enfance, de sa première jeunesse, et des grâces signalées qu’il avait reçues par l’entremise de la Sainte Vierge, dans l’église de saint Tugdual. Jour solennel de son sacerdoce ! tjuel est le prêtre qui ne sent pas dans son âme nn saint frémissement et les plus suaves pensées, toutes les fois qu’il en évoque le souvenir !
Tout porte à croire que les parents du nouveau
SAINT YVES
prêtre ne vivaient plus. Ils avaient été enterrés dans un vaste caveau qu’on a découvert dernièrement dans le cimetière, non loin de la chapelle de Minihy, et où le bienheureux désirait tant d'être déposé lui-même. Si leur i ils n’assista pas à leurs derniers soupirs, la mère reçut la consolation, dans ce moment suprême, de savoir, par un songe mystérieux, que l’enfant qu’elle avait tant aimé vivait de manière à devenir un saint. Leur autre fils, qui n’est connu que par les tendres soins que sa femme eut pour son beau-frère, avait sans doute suivi la carrière des armes, cl accompagne les seigneurs de son pays dans quelque expédition loi rit aine, où il aura perdu la vie. La Bretagne étaiten paix sous le règne de Jean Le Roux qui avait succédé à Pierre de Dreux ; mais les chevaliers, toujours armés, cherchaient des aventures en pays étrangers, pour ne pas perdre l’habitude de guerroyer. Les sœurs du saint habitaient avec leurs
maris, et les historiens ne s’en occupent pas davantage. La vie du Bienheureux est le seul point qui fixe leur attention désormais !
L’Eglise voulait que chaque Evêque en ordonnant un prêtre et même un clerc, lui assignât un revenu suffisant pour qu’il put vivre sans être à chai ’gc à
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