IV. — ÉPREUVE DE L'ATROPINE
On admet actuellement qu’une bradycardie qui cède à une injection sous-cutanée d’un demi à un milligramme de sulfate neutre d'atropine est d’origine nerveuse, que si, au contraire, la bradycardie persiste après l'injection, c’est qu’elle est due à une altération du myocarde,
Cette interprétation nous semble un peu hasardée et il nous paraît utile de nous reporter aux travaux de Dehio qui en 1892 futle promoteur de la méthode :
Dans un premier travail, publié par Muller * 1l expérimente l'atropine sur61 sujets dont 39 cardiaques, et ilarrive aux conclusions suivantes :
« 1° L'action cardiaque accélératrice de l’atropine est bien marquée seulement chez les jeunes sujets, elle diminue à mesure que l’on avance en âge ;
« 2° L'action cardiaque accélératrice de l'atropine manque dans beaucoup d’affections organiques du cœur, notamment dans celles qui imposent au cœur un
1 Heineke. Deutsch. Arch. f. klin. Mediz, 1908, 93, p. 59. 2 Archiv f. klin. Mediz, 1907, 89,p. 277.
3 Centr. f. klin, Mediz., 1892, p. 526.
surcroît considérable de travail mécanique, parmi ces affections 1l faut citer surtout les lésions des valvules aortiques ;
« 3° La cause de cet élat réfractaire. du cœur pour l’atropine doit être cherchée vraisemblablement dans les altérations séniles de l'appareil nerveux moteur du cœur, et dans des allérations analoques de cel appareil se manifestant prématurément el à un degré intense dans les lésions du cœur par suite du surmenage persistant de celui-ci. »
On voit par là, que pour Dehio, la non efficacité de l’atropine doit être attribuée à des lésions nerveuses intracardiaques.
Voyons maintenant quelle est, d’après Dehio, l’action de l’atropine sur la bradycardie :
« En présence d’une bradycardie 1il est souvent impossible de dire si la cause en est extra-cardiaque ou intra-cardiaque. L’atropine nous permet de trancher la question, car elle paralyse les extrémités du vague situées dans le cœur et fait cesser la bradycardie qui est due à une excitation des centres bulbaires du vague ou des rameaux cardiaques qui lui appartiennent. Dans 1 cas d’apoplexie avec 48 pulsations on put élever en une minute le pouls par une injection sous-cutanée d’atropine.
« Dans trois autres observations par contre où la bradycardie relevait de lésions du cœur lui-même, c'està-dire de son appareil moteur, l'atropine resta sans influence sur le rythme. »
Tout ce qu'on peut dire d’après les travaux de Dehio c'est que l’inefficacité de l’atropine doit être
Teil —
mise sur le compte d’une lésion de l'appareil moteur du cœur. |
Dans les cas de dissociation complète, quand le ventricule bat pour son propre compte, l’atropine accélère uniquement l'oreillette. Gibson a pu enregistrer ce fait sur un tracé ; nous offrons un tracé analogue à propos d’un de nos malades. (Voir la planche hors texte).
Il nous semble intéressant de signaler 1c1 quelques résultats obtenus par ñous par l'injection d’atropine dans les cas divers de bradycardie.
OBsERvVATION Î
Pouls lent chez un hémipléqique de soixante-sept ans, accélération par l'atropine, malgré une altération grave du myocarde.
B... J.-L., soixante-sept ans, tisseur.
Malade entré, le 19 mars 1908, dans la clinique de M. le professeur R. Lépine, pour une hémiplégie droite incomplète ayant apparu brusquement quinze jours avant son entrée à l'hôpital.
Antécédents héréditaires. — Père mort à soixante-deux ans de fluxion de poitrine.
Mère morte à soixante-quatorze ans.
A eu 9 frères ou sœurs ; trois sont morts adultes, d'accident ; les autres sont morts dans la première enfance.
Antécéden{s personnels. — I] dit avoir toujours eu une boune santé.
Il a exercé toujours le métier de tisseur.
A été réformé au conseil de révision, il n'avait pas le tour de
oitrine suffisant, ni la taille, ni le poids.
Il fit quelques excès éthyliques, buvant principalement de l’eau-de-vie.
Il ne semble pas qu'il ait eu Ja syphilis.
A trente ans, il souffrit de douleurs articulaires qui l'ont obligé à garder le lit quinze jours ou trois semaines.
Il y a quinze jours, étant à son travail, il fut pris subitement d’une faiblesse dans tout le côté droit, il s’affaissa sans perdre complètement connaissance.