‹ Bradycardies et Faisceaux de HisChapitre 69 sur 77 · AUTOPSIE, 10 NOVEMBRE A 8 HEURES DU MATIN · texte numérisé non relu

AUTOPSIE, 10 NOVEMBRE A 8 HEURES DU MATIN

Cadavre très bien conservé, pas de putréfaction; rien à signaler dans l'aspect extérieur.

POIDS Cu Rss LOU EE AR OBS TAaM ES.

Poumonrrauche SRE ER — Poumon drpites sta et Mc — Rate DEN A EE SEE EE NS 50 — Foie NA ee MN CT ro 50 — Rem gauche” Lines PET der 130 == Fennidroit re = a 140 =

Un peu de liquide citrin sans exsudats dans chaque plèvre, 1 lit. 1/2 environ de liquide citrin dans le péritoine.

Poumons libres d’adhérences à peu près partout. Emphysème très marqué. Plaques fibreuses blanchâtres étalées des deux sommets, À ia portion inférieure du lobe inférieur droit, infarctus du volume d’une grosse noix, dont le centre est déjà ramolli et se présente sous l'aspect d'une bouillie noirâtre et épaisse.

1 Le complément de l'observation du 4 au 8 novembre n’a pu être retrouvé.

Les ganglions inter-trachéo -bronchiques sont très anthracosiques, sans trace de tuberculose ancienne ou récente.

Larynx : Rien à signaler,

Corps thyroïde : Volume et aspect normal; pas de kyste.

Pas de péricardite récente; nombreux tractus blanc nacré au niveau des gros vaisseaux, témoignant des lésions inflammhtoires anciennes,

Aorte un peu élargie dans la portion ascendante de sa crosse, mais uniformément, Athérome modéré; ni plaques calcaires, ni ulcérations.

Cœur volumineux, présentant extérieurement l'aspect classique du cœur de Traube. L'hypertrophie porte sur les deux ventricules, mais beaucoup plus proportionnellement sur le gauche que sur le droit, Le gauche a 37 à 38 millimètres d'épaisseur dans sa portion moyenne, Les gros piliers charnus sont incurvés, la cavité ne paraît guère dilatée. Les oreillettes sont distendues, il n’y a pas de caillots anciens puriformes dans les auricules. Pas d’insuffisances à l'épreuve de l'eau, Coronaires perméables. Athérome de la région mitro-aortique sans dépôts au fond des nids de pigeon, Les Le sans exception, sont souples el ne portent aucune traces d’ inflammation ancienne ou récente, Trou de Botal complètement oblitéré, Le myocarde a partout (sauf au point dont il va être question) une coloration normale et une consistance ferme, En pratiquant des coupes multiples de l'organe, on trouve dans la paroi interventriculaire, à sa partie D une lésion caractérisée par un foyer du volume d’une belle noisette. Il est disposé un peu en forme de coin à base-lournée à la périphérie et occupe le point de convergence de la paroi interventriculaire et du sillon auriculo-ventriculaire (partie postérieure), empiétant un peu sur la paroi même de l'oreillette qauche (la presque totalité occupe la parot intérventriculaice, portion postéro-supérieure). Ce foyer apparaît comme une masse grisâtre, plus molle que le tissu voisin et d'aspect un peu aréolaire par suite de la présence de petits tractus très fins en divisant la cavité. Tout autour, il n'y a ni bandes scléreuses, ni formations capsulaires d'aucune espèce. Au contraire, les limites sont peu précises et, tout autour du foyer principal, on en trouve d'autres plus petits ayant le même aspect et dont la forme est très irrégulière, Entre certains de ces petits îlots, il semble que le myocarde soit devenu fibreux. Il ne paraît y avoir aucune relation entre ces petits îlots et les branches coronariennes, Celles-ci ont été disséquées après et cathétérisées; on n'a pu trouver traces d’oblité-

TRES SEE ons PR

pie

ration. Dans le reste du Ho on n'a pas trouvé de bandes scléreuses appréciables.

Rate grosse, sans infarctus anciens ou récents, tissu ferme.

. Foie volumineux, sans adhérences anormales aux organes voisins. Bord antérieur un pêu mousse. À la coupe, il s’agit d'un foie cardiaque typique sans sclérose appréciable,

OEsophage, estomac, duodénum : Rien à signaler, aucune trace d’ulcérations.

Reins petits, égaux, sans déformation extérieure. La capsule se détache assez filement, néanmoins, la substance rénale mise à nu est ün peu BPhnnlèuse. Le rein gauche présente plusieurs infarctus anciens. Dans les deux reins, la substance corticale est nettement diminuée de hauteur et présente de petits kystes.

Organes génitaux : Rien à signaler.

Encéphale : OEdème pie-mérien très net avec accumulation anormale de liquide dans les cavités ventriculaires. Les vaisseaux de la base sont un peu athéromateux. Rien aux sinus, rien aux méninges. Un examen aussi soigneux que possible n’a permis de reconnaître aucune trace de lésténs hémorragiques ni aucun foyer de ramollissements anciens ou récents. Le bulbe notamment et la protubérance paraissaient absolument normaux.

EXAMEN HISTOLOGIQUE, — T'echnique : Les morceaux (cœur, rein, foie), ont été fixés par le liquide de Muller pendant plusieurs moIs.

| Lavage des morceaux à l’eau courante, vingt-quatre heures,

Inclusion soit dans la paraffine, soit dans la gomme (pour le cœur seulement).

Colorations : Carmin aluné, montage dans le baume glycérine hématoxylique éosinée, montage dans la glycérine ou le baume.

Cœur. — À l'autopsie, on constata dans l'épaisseur des parois du HAT TENT gauche près de la cloison interventriculaire une lésion étendue de plusieurs centimètres, et consistant en une sclérose molle disséquant les faisceaux musculaires. — Cette lésion est plus rapprochée de l'endocarde que du péricarde.

Vue à un faible grossissement, les coupes confirment aisément 1 impression Produits par l'examen à l° œil nu, Il s’agit d'un foyer de sclérose cardiaque.

À, -- Le tissu de sclérose est un tissu conjonctif délicat, constitué par des cellules ordinaires du tissu conjonctif, à prolongements protoplasmiques multiples et anastomosés, et par

une substance fondamentale qui n'est pas encore nettement fibrillaire.

Sur les coupes provenant de la pièce incluse dans la paraffine, la substance fondamentale est cuite, parfaitement amorphe et transparente; les cellules conjonctives apparaissent nettement anastomosées en un réseau régulier dont les mailles sont‘inco: lores et les travées colorées en rose par l’éosine. Il en résulte une apparence grossière de tissu muqueux.

En réalité, ilne s'agit pas là de tissu muqueux vrai, mais d'une variélé jeune de tissu conjonctif lâche, comme on le voit bien sur les coupes des pièces passées à la gomme, où le tissu con- Jonctif est beaucoup moins altéré.

Ce tissu conjonctif est très pauvre en fibres élastiques. Il est extrêmement vasculaire, parcouru en tous sens par des capillaires de toute taille et très nombreux, bourrés de globules rouges. (es capillaires sont certainement plus abondants dans le foyer de sclérose que dans le tissu musculaire ambiant. En certains endroits cette congestion va jusqu’à l’hémorragie : on trouve en effet dans le tissu conjonctif et même dans les interstices des fibres musculaires de grandes quantités de globules extravasés.

De même que les globules contenus dans les vaisseaux, ceux qui sont extravasés sont fort bien conservés et ont conservé leur affinité pour l’éosine. Ce détail a son importance, car il montre que cette hémorragie est un phénomène qui a précédé de peu la mort.

La vascularisation anormalement riche appartient à toute l'étendue du foyer scléreux; elle fait défaut dans le tissu musculaire examiné à une certaine distance du foyer.

Nulle part on ne rencontre de pigment hématique, trace d'hémorragie ancienne.

Dans l'étendue du foyer de sclérose, on trouve quelques amas de leucocytes peu nombreux autour de capillaires ; on n'yrencontre aucune trace de phénomènes inflammatoires récents.

Comme nous l'avons dit, le tissu connectif néoformé dissèque : les faisceaux musculaires. C’est dire que l’on trouve au milieu de ce tissu conjonctif des îlots de fibres musculaires plus ou : moins intactes. Quelle est la topographie de ces îlots musculaires? A quelle loi générale obéit le tissu conjonctif qui se substitue aux éléments parenchymateux? On peut à ce sujet émettre les deux propositions suivantes, aisément vérifiahles sur nos préparations :

ere

a) La grande majorité des tlots musculaires à pour centre une artère de calibre variable;

b) On ne trouve pas dans le foyer scléreux d’artériole qui ne soit environnée d'une couronne de fibres musculaires, les fibres les plus altérées étant aussi les plus éloignées du vaisseau.

IL existe, il est vrai, dans les parties conjonctives de notre foyer un nombre considérable de vaisseaux non entourés de fibres musculaires. Mais tous ces vaisseaux sont des capillaires ou des veinules à paroi extrêmement mince et non musclée.

Chose remarquable les artères du myocarde ne sont pas très lésées. Un certain nombre d’entre elles cependant sont manifestement atteintes de sclérose avec épaississement de leur paroi et diminution de leur calibre. Du reste les artères lésées ne le sont pas au même degré. On voit sur nos coupes des artères relativement plus atteintes que d’autres, et qui néanmoins sont loin de toute sclérose, tandis que d’autres, absolument saines sont entourées d’un collier de fibres musculaires, et plus en dehors d'un vaste territoire conjonctif.

Cette description montre bien que si nos préparations sont des types de ce que l’on a appelé « sclérose dystrophique » du cœur, il est néanmoins difficile d'expliquer la sclérose par la dystro+ phie artérielle.

Si nous admettions cette pathogénie, il faudrait aussi attribuer un rôle trophique au sang du ventricule gauche par rapport aux fibres musculaires sous-endocardiques. En effet en maint endroit une seule rangée de fibres musculaires sépare la cavité ventriculaire du foyer scléreux.

B. — Les fibres musculaires cardiaques, enserrées par le tissu conjonctif, sont le siège d’altérations régressives très marquées dans les îlots musculaires disséminés au sein du foyer scléreux.

Dans le tissu conjonctif de ce foyer, on rencontre en grande quantité des cellules allongées en fibres, effilées à leurs deux extrémités, plus longues que les cellules connectives, et moins rameuses qu'elles, contenant un noyau fortement coloré et un protoplasma colorable en rouge par l’éosine. On dirait des fibres musculaires lisses : ces fibres sont d'anciennes cellules musculaires striées revenues à un état moins différencié, C'est l’aboutissant extrème du processus régressif.

Mais avant d'en arriver là, les cellules cardiaques passent par un très grand nombre d'étapes successives visibles sur la même préparation.

Le processus paraît débuter par une augmentation du fuseau protoplasmique périnucléaire. Le protoplasma nutritif s'accroit,

s'insiuue entre les cylindres primitifs contractiles : ces derniers, qui sur une fibre normale coupée en travers sont presque au contact les uns des autres, sont dissociés, écartés.

Ce phénomène se tradüit, sur les fibres vués longitudinalement, par une exagération de la striation longitudinale. La striation transversale, au contraire, est très atténuée par le fait de la. régression des cylindres contractiles.

Dans les points éloignés du foyer scléreux, les seules 1és{ôn observées sur la fibre musculaire sont une gracilité de la fibre et une diminution de la netteté de la striation transversale.

Rein. — Il n’a été examiné qu'un morceau.

Les coupes sont perpendiculaires à la surface de l'organe.

Les lésions qu'on rencontre, loin d’être diffuses ou semblables sur les divers points d'une même préparation, sont, au contraire, des lésions en foyer, comme dans le cœur.

Sur le morceau examiné, le point le plus malade est situé au voisinage d’une pyramide de Malpighi, dans une colonne de Bertin. Il ne se distinguait en rien à l'œil nu. Décrivons-le tout d’abord :

Eu cet endroit, les tubes épithéliaux, profondément modifiés, sont séparés les uns des autres, comme dissociés, par du tissu conjonctif qui n’est pas encore fibreux, bien que les faisceaux aient une tendance à former des anneaux péritubulaires. Ces bandes de tissu conjonctif ne sont pas larges : les tubes sont simplement isolés davantage les uns des autres.

Les tubes sont tapissés par un épithélium bas, formé de cellules cubiques, à protoplasma très granuleux, ayant à peu près les réactions colorantes vis-à-vis de l’éosine des cellules saines des {wbuli contorti; leur noyau est rond et fortement coloré. Souvent, la lumière des tubes est bouchée par une substance amorphe rose.

A côté de l'aspect que nous venons de décrire, on en trouve beaucoup d’autres. Tantôt l'épithélium se rapproche de l'épithélium type des fubulr, tantôt, au contraire, il s’en éloigne.

Beaucoup de tubes sont déformés, sans lumière visible ; d'autres ne sont reconnaissables qu'à des cellules épithéliales disposées sans ordonnance tubulaire : ces derniers ont été disloqués par le tissu conjonctif. Néanmoins, Îles formes de tubes à épithélium cubique bas prédominent et, au premier abord, nous avons cru que cet endroit était une section d’une pyramide. À un examen plus attentif, on voit facilement qu'il s’agit de tubes contournés malades, et ce qui confirme cette opinion c’est la présence de nombreux glomérules. L'endroit en question est

Fe

donc bien un point de substance corticale où l'épithélium glandulaire est revenu à l'état indifférent.

Les glomérules ne sont pas intacts. Leur volume est bien diminué ; les anses capillaires ne contiennent pas de globules, ont un aspect homogène, scléreux. Dans la cavité capsulaire, on voit de nombreuses cellules ; la capsule est épaissie, fibreuse. Quelques glomérules sont entièrement transformés, d’autres sont moins atteints.

Tous les points de la substance corticale ne sont pas dans le même état.

En de nombreux endroits, il n'y a pas trace de sclérose. Les glomérules sont sains. Les tubes contournés ont un épithélium presque normal, sauf un certain degré d'abrasement de leur pôle libre et la disparition de la structure du protoplasma : et encore il est impossible d'affirmer que ces dernières lésions sont bien d'ordre pathologique.

D'autres endroits présentent des bandes étroites de sclérose, d’autres montrent un certain degré de nécrose dans les épithéliums, dont les noyaux ne sont pas tous colorés,

Indépendamment de ces lésions, on trouve dans le rein une congestion intense et diffuse. En plusieurs points, comme dans le cœur, cette congestion va jusqu’à l'hémorragie : les corpuscules de Malpighi, les interstices des tubes contournés sont infiltrés de globules rouges qui paraissent moins bien conservés que ceux du cœur.

Les artères du rein sont certainement plus atteintes que celles du cœur. Si quelques-unes sont saines, beaucoup présentent un épaississement notable de l’endartère.

Quant à la topographie des lésions par rapport aux artères, uous ne pouvons émettre aucune opinion,

Foie. — Pas trace de cirrhose.

Les veines sus-hépathiques sont dilatées ; autour d'elles rayonnent des capillaires intralobulaires congestionnés au maximum. Le tout donne l'apparence d’une congestion farsine intense.

Les cellules hépatiques sont malades : beaucoup n'ont pas de noyau colorable ; un grand nombre sont graisseuses.

Nous avons observé des globules rouges dans un canal biliaire de gros volume.

Les artères et les veines portes ne nous ont pas paru lésées,

En rÉsuMÉ : foyer jeune de sclérose cardiaque, lésions régressives de la fibre musculaire. Artérite cardiaque. Pathogénie incertaine de ces lésions, Aucun motif pour les rattacher à de l’inflammation.

A De il

Foyers de sclérose rénale, lésions régressivés des épithéliums. Artérite rénale, Mèmes réflexions que pour le cœur.

Le cœur et le rein sont frappés parallèlement ; leurs lésions sont superposables.

Foie cardiaque.

Cette observation est un cas typique de faux pouls lent par systoles alternantes, dans un cas de myocardite (stade muqueux) localisée à la pointe du ventricule gauche et à la cloison interventriculaire, probablement infarctus. Il ne peut être question ici de dissociation, mais on peut très bien admettre que l’avortement [une fois sur deux) des systoles ventriculaires était dû à des troubles de la propagation intra-cardiaque de l’excitation contractile : troubles dus à l’altération des éléments neuro-musculaires de transmission par infarctus de la cloison.

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