I. « O monde, il faut que je te quiUe
chanter le violoncelle dans Faigu : il en résulterait une impression très i'atigante. Mais, d'autre part, dès que le violoncelle joue dans le médium ou dans le grave, il ne sonne plus, à côté du piano, que d'une façon très sourde ; il manque de mordant; parfois même sa sonorité est complètement absorbée par celle de l'autre instrument. Le meilleur moyen de tourner la difficulté consisterait peut-être à écrire des œuvres de demi-teinte, dans lesquelles le piano serait traité avec la plus extrême discrétion. Malheureusement Brahms a eu le tort de composer ses deux sonates pour violoncelle dans un tout autre esprit : ce sont des œuvres fougueuses, passionnées, dans lesquelles le piano écrase trop souvent le timbre voilé du violoncelle, et elles réclament du violoncelle lui-même une intensité, une vigueur d'expression dont, dans certains registres, il est tout à fait incapable.
La première Sonate pour violoncelle, op. 38- (186G) débute par un Allegro non troppo en ml mineur dont les idées sont assez banales. Suit un menuet sans grand relief. Pour terminer, une fugue ! Brahms retombe dans Terreur déjà commise par Beethoven. C'est folie d'associer le violoncelle au piano dans la complication
€o BRAHMS
polyphonique des parties d'une fugue. L'attaque si nette, si claquante du piano rendra nécessairement indistinct et quelquefois rigoureuse- n ment impossible à percevoir le jeu par nature lourd et gris du violoncelle.
La seconde Sonate pour violoncelle^ op. 99 (1887) témoigne d'un art plus achevé que la première. Mais c'est là du Brahms gauche et tourmenté, à Fenvol pénible, qui tout de même n'atteint ni à la grandeur, ni à la puissance vers lesquelles il tend. De la rhétorique, de l'enflure, du pathos, et peu de vraie passion.
Les deux premières Sonates pour violon font avec les sonates pour violoncelle un contraste frappant. Cette fois, c'est de la musique intime, tendre, confidentielle, sans éclat et sans force, mais d'une fraîcheur délicieuse. C'est du Brahms simple, naturel et tout à fait originale Dans toute l'œuvre instrumentale de Brahms, rien ne vaut ces deux sonates : ce sont deux chefsd'œuvre incomparables.
La première Sonate pour violon^ op. 18 (1880)
1. Bien que l'auteur se soit souvenu ici delà dixième sonate piano et violon de Beethoven, op. 96, qu'il aimaittant à jouer.
a. C est en réalité la quatrième. La première, qui date de j85o environ, s'est perdue. La deuxième et la troisième furent
en sol majeur est tout entière construite sur le thème d'un lied pour ténor, le Regenlied^ la « Chanson de la pluie » dont Faccompagnement imite le bruit des petites gouttes d'eau qui tapotent les vitres ou les toits :
motif rythmique.
coufbe carocteristique.
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Nous retrouvons ici, exceptionnellement, la tendanœ au « cyclisme » que nous avons déjà indiquée dans les premières œuvres de Brahms, la tendance qu'il semble avoir abandonnée par la suite.
Le thème du Regenlied ne sera exposé que dans le final. Mais, par développement de son motif rythmique initial, il engendre déjà la première idée du premier morceau :
détruites par le compositeur lui-mêoie; qui n'en était pas satisfait.
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