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LA MUSIQUE DE PIANO ET LA MUSIQUE DE CHAMBRE

Les premières œuvres de Brahms sont écrites pour le piano. C'est tout naturel : il était pianiste et songeait à la carrière de virtuose.

Les seules sonates pour le piano que Brahms ait jamais composées portent les numéros d'œuvres i, 2 et 5. C'est une indication à retenir. 11 n'y faut voir que des essais de jeunesse. D'autres compositeurs, il est vrai, Schubert, Schumann par exemple, ont débuté par des chefsd'œuvre. Il n'en est point ainsi de Brahms qui a tâtonné avant de trouver sa voie et son style personnel.

Ces trois sonates sont fort inégales dans leurs diverses parties. Si certains morceaux révèlent déjà quelques-unes des meilleures qualités de Brahms, d'autres au contraire ne sont que d'un

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bon écolier, qui sait son métier et imite avec une application louchante mais stérile les modèles qu'il a sous les yeux.

Cependant dès ces premières œuvres on s'aperçoit que Brahms ne s'en tiendra en ce qui concerne la sonate, ni -à la conception de Mozart ou de Beethoven, ni à celle de Schubert ou de Schumann.

Dans la sonate, Brahms va introduire Tesprit du lied* et son romantisme, comme l'avaient déjà fait Schubert et Schumann, mais avec cette différence que ces deux musiciens, tout en conservant de la méthode classique quelques-uns de ses procédés, n'en pénétraient plus l'esprit, tandis que Brahms au contraire en a merveilleusement saisi le principe fécond. Ni Schubert ni Schumann n'ont su développer ni construire : ce fut un des plus remarquables talents de Brahms.

Ce talent, il ne l'acquit pas seulement au contact de Mozart et de Beethoven. J.-S. Bach fut un de ses auteurs préférés, et c'est de lui qu'il tient ce sens si affiné de la polyphonie ".

I. « Brahms me disait, raconte Dielrich, que toutes les fois qu'il voulait composer, il songeait à quelque lied populaire, et qu'alors les mélodies se présentaient d'elles-mêmes. »

1. C'est à J.-S. Bach également que Brahms emprunte ces effets spéciaux au jeu de l'orgue si fréquents dans son oeuvre

Les sonates de Brahms, au moins dans ce qu'elles ont de plus parfait et de plus personnel, vont donc présenter un double caractère : d'une part les thèmes, inspirés de la chanson populaire, seront très simples, seront naïfs, presque toujours tendrement mélancoliques, comme Test d'ordinaire le lied allemand ; d'autre part Tarchitecture des œuvres auxquelles ces thèmes donnent lieu sera extrêmement savante et subtile. De cette opposition entre la matière et la forme des sonates de Brahms, — et d'une façon plus générale, de ses plus remarquables compositions instrumentales, — résultera leur saveur particulière, leur véritable originalité.

La Sonate op, 1 en ut majeur débute par un thème dont on a remarqué l'analogie avec la première idée de FAllegro initial dans la sonate op. io6 de Beetlîoven :

àe piano. Hans de Bûlow disait : « Lorsque Bach composait *' |)Our le clavier, il pensait toujours à l'orgue, Beethoven songeait à l'orchestre, Brahms aux deux à la fois > .

Analogie purement extérieure du reste. Le motif de Brahms n'a ni Téclat, ni l'ardeur passionnée de celui de Beethoven : il sonne creux. Remarquons ici une première fois la difficulté qu'éprouve Brahms à trouver les premiers thèmes de ses mouvements vifs, les thèmes rythmiques, les thèmes masculins. Il fait eftort pour être grand, emporté, fougueux. L'effort se sent presque toujours. Il lui arrive de manquer le but, d'être pompeux et déclamatoire.

Brahms a plus de bonheur dans l'invention des seconds thèmes, des thèmes mélodiques, féminins, qui conviennent mieux à sa nature tendre. Là, il est dans son élément, tout près du lied populaire.

Et c'est pourquoi il réussira souvent les morceaux intermédiaires d'une sonate beaucoup mieux que le morceau initial et que le final. Un andante se passe facilement de thèmes rythmiques, et à la fougue endiablée des Scherzos beethovéniens, Brahms substituera fréquemment

le badinage aîaugui et encore sentimental de quelque ronde populaire, d'une valse, d'un liindîer où l'intérêt mélodique est loin de le céder à l'importance du rythme.

Nous considérons Brahms en ce moment à ses débuts. Plus tard, lorsqu'il sera devenu plus habile, il réussira bien des fois à masquer cette faiblesse de ses thèmes rythmiques dans le premier allegro et dans le final. Au besoin, il choisira comme premier thème d'une sonate un thème féminin, un thème purement mélodique, quitte à prendre comme second thème une autre phrase mélodique un peu plus mouvementée. Ce procédé n'ira pas sans quelque monotonie, et c'est une des raisons pour lesquelles certaines de ses œuvres, même parmi les plus belles, laisseront une impression de grisaille un peu morose.

Dans la première sonate pour piano, TAllegro du début n'offre pas grand intérêt. h^Andante retient davantage l'attention. Ce sont des variations très simples, sur un vieux lied populaire allemand dont l'auteur a soin d'indiquer les paroles en même temps que la musique : quatre variations, — autant qu'il y a de strophes dans le poème, — plus une coda, d'un enveloppement plein de charme.

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