VILLA IMI'KIUALK» A PB8AR
Décor de la Salle des Amours.
BKAMANTE. 4Î
plate, un simple support sur lecjuel il se proposait de dérouler tout un monde de bas-reliefs et de statues. Il voulait en faire, comme il nous l'a dit lui-même, le miroir de toute l'Italie.
La Chapelle devait être, elle aussi, très ornée et couverte de peintures et de sculptures. Telle qu'elle nous est parvenue, tout inachevée, elle nous montre encore bien le caractère plastique de l'art de Michel-Ange par cette complication de lignes, cet encombrement qui fait que, entre les pilastres, se pressent, sans laisser aucune place vide, des portes, des niches, des fenêtres, des frontons, formes parfois inutiles, critiquables dans les détails, mais dont le but est d'accompagner la richesse des tombeaux et de faire concourir toutes h's parties de la nmraille au vaste et brillant ensemble décoratif qui devait être réalisé.
Le même esprit se retrouve dans le célèbre escalier de la bibliothèque Laurentienne. Dans son désir de faire une architecture expressive, il traite les murs comme des corps dont il ferait saillir les muscles. Et l'impression qu'on en éprouve est étrange, difficile à définir, mais extraordinairement puissante.
Dès ces premières (iiu\rr.->, on peut <lr\im'r(jue Michel- Ange sera le créateur du Barocjuc, puiscjuiin des caractères de cet art est d'avoir usé des formes architecturales, non plus comme l'auraient fait de purs architectes, en se préoccupant surtout de leur utilité conslructive, mais commedesdécorateurs visant a la réalisation de puissants
..ffrls.
Le goût de Michel-Ange pour une architecture sculptëe eut une influence importante sur le ddveloppement artistique de l'Italie. Pour se procurer tous les marbres dont il avait besoin, il passa deux années entières à aménager les carrières de Carrare que l'on n'avait jusqu'alors que fort mal utilisées. De sorte que l'on peut dire que le formidable développement de l'emploi des marbres en Italie date de ces travaux de Michel- Ange.
Cette architecture de sculpteur, Michel-Ange ne l'avait pas toute inventée. Elle était chez lui une suite de toutes les recherches de l'école florentine du xv*' siècle. Andréa Sansovino en avait donné d'admirable exemples, à Rome, dans les deux tombes du chœur du Sainte-Marie du Peuple, et plus encore dans la décoration delà Santa Casa de Lorette, dont nous avons dit plus haut toute la beauté.
Raphaël. — Nous avons tenu à citer immédiatement le nom de Michel-Ange à côté de celui de Bramante : mais ce n'est que plus tard que ce maître prendra vraiment toute son importance comme architecte. Au moment que nous étudions, dans le premier quart du siècle, ce sont les élèves de Bramante, c'est surtout Raphaël, qui donnent son véritable caractère à l'architecture italienne.
Raphaël, l'artiste de Léon X, fut en architecture l'élève et le disciple chéri de Bramante, c'est de lui qu'il tient la plupart des qualités de son style. Il s'en distingue toutefois par un sentiment plus gracieux, par la recherche de formes plus élégantes et plus ornées. On pourrait dire que
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BRAMANTE. Si
si Bramante fut le Brunelleschi du xvi'' siècle, Raphaël en fut le Michelozzo. Il aime employer la polychromie, les marbres, les stucs, la peinture, tandis que Bramante, plus purement constructeur, préfère s'en tenir à la pierre et à la maçonnerie.
L'œuvre la plus caractéristique de Raphaël est la chapelle Chigi, à Sainte-Marie du Peuple (PI. 6). Là, dans un cadre restreint, 011 la finesse des détails garde tout son prix et ne se perd pas dans les lignes d'un trop vaste ensemble, il a su réunir tout ce qui peut charmer les yeux : l'élégance des formes architecturales et de l'ornementation sculptée, le charme discret des peintures, l'éclat des mosaïques, le relief des statues, la richesse des marbres de couleur et des porphyres, qui font ressortir la blancheur des marbres blancs de Carrare dans lesquels sont ciselés avec le goût le plus pur les pilastres, les corniches et les chapiteaux. La chapelle est couverte par une coupole portée par de larges pendentifs trapézoïdaux qui rappellent ceux de Saint-Pierre et la voûte, assez basse, est elle-même sans doute un souvenir de la coupole projetée par Bramante pour cette église.
Le môme goût du décor et des aspects colorés se retrouve dans deux autres œuvres de Raphaël, dans les Loges du Vatican et à la viUa Madame. Ce sont deux immortels chefs-d'œuvre de l'art décoratif. C'est lii que Raphaël a porté à son plus haut degré de perfection cette fine ornenicntation formée do légères peintures et do stucs à faibles reliefs qui avait déjà été esquissée par quehjuos artistes du XV* siècle, notamment par Pinturicchio. L'origine de ce
style est dans la découverte, à Rome, des Thermes de Titus, qui fut pour les artistes de la Renaissance une véritable révélation de co que l'antiquité romaine avait produit de plus fin dans l'art du décor. Après rarchitecture et la sculpture dont les ruines couvraient le sol de Rome, voici qu'apparaissaient brusquement aux regards la peinture antique et cette ornementation charmante que les Romains employaient à l'intérieur de leurs édifices. On comprend sans peine le succès de cet art et la rapidité avec laquelle il se répandit dans toutes les constructions de plaisance du xvi^ siècle (1).
Dans les Loges (PI. 6), le décor seul appartient à Raphaël, la construction étant faite sur les plans de Bramante; la villa Madame (PI. 7) est tout entière l'œuvre de Raphaël, et elle est intéressante à étudier au point de vue purement architectural.
C'est une des premières et l'une des plus parfaites de ces villas si nombreuses qui se construisent au xvi® siècle, comme lieux de fêtes et de plaisirs. Le plus souvent elles étaient tout à fait à proximité des villes, de sorte que l'on n'y habitait pas et que l'on ne s'y rendait que pour des réunions momentanées. Les logements n'existaient pas, ou étaient tout à fait secondaires : tout était consacré aux salons d'apparat, aux vestibules, aux galeries, aux portiques, aux jardins. La villa Madame est en somme constituée
(1) Le décor des Loges de Raphaël est aujourd'hui en si mauvais état que nous avons préféré reproduire dans notre gravure une des parties faites postérieurement dans le même style.
tout entière par une grande salle s'ouvrant d'un côte sur des jardins en terrasses, ornes d'arcades, de balustres et de statues, et de l'autre sur une cour entourée de portiques. L'influence de Bramante est visible dans l'architecture de cette salle, qui est couverte en son centre par une coupole basse rappellant celle qu'il avait employée au chœur de Sainte-Marie du Peuple, et dont les grandes absides demicirculaires ornées de niches sont aussi un souvenir d'une de ses formes préférées.
Une œuvre de Raphaël, qui n'existe plus, le palais de TAquila, occupe une place notable dans l'évolution de l'architecture : après les grandioses façades florentines et romaines du xv© siècle, c'est un art nouveau qui rend les murs moins sévères et donne aux façades un charme que jusqu'alors on ne trouvait guère que dans les intérieurs, et c'est la grande importance du décor s'associant aux lignes architecturales.
A côté de ce palais, oii le décor tient la première place, deux autres types apparaissent : l'un, où dominent les formes constructives, avec, au-dessus d'un soubassement rustiqiH', des colonnes accouphM\s séparant les fenêtres (palais (^alfarelh* à Koiiiej ; l'autre, |)lus simple, qui tire tousses effets de la disposition des fenêtres etdu judicieux rapportdcs pleins et des vides (palais Pandolfini h Florence).
Dans CCS palais de Raphaël commencent à ap{)araître les fenêtres surmontées de frontons portés par des pilastres ou di'H colonnes, suivant la forme dite « à tabernacle ». ('/était alors unr nouveauté, et, bien (jue la première fenêtre ù
fronton eût apparu à Florence depuis près d'un siècle, ce type ne s'était pas développé encore dans Tarchitecture civile et n'avait pas été appliqué aux palais. Les fenêtres des palais florentins du xv® siècle sont presque toujours en plein cintre et géminées; à Rome, celles du palais de la Chancellerie et de la Farnésine sont carrées et surmontées d'un simple bandeau. Le nouveau type de fenêtres surprit et rencontra bien des résistances. Vasari, dans sa vie de Baccio d'Agnolo, nous parle des moqueries des Florentins pour de telles formes qui, disentils, font ressembler à des temples les façades des palais.
Ecole de Bramante et de Raphaël. — Autour de Bramante et de Raphaël d'autres architectes, à ce moment, ont illustré l'école romaine. Peruzzi est le plus grand. Par la nature de son génie il se rapproche de Raphaël, et l'une de ses œuvres, la Farnésine, a pu être attribuée par d'excellents historiens à Raphaël lui-même. Fort bien conservée encore, la Farnésine, faite pour le grand banquier AgostinoChigi, est le type le plus significatif de la demeure élégante d'un grand seigneur au début du xvi^ siècle. Sur sa façade principale elle s'ouvre par un portique à jour donnant sur la longue galerie qu'immortahse l'Histoire de Psyché de Raphaël. Au sommet de la villa, une large frise est décorée de figures sculptées ; des pilastres à léger relief sont disposés à chaque étage pour séparer les fenêtres. Les moyens employés sont très simples, et cependant le résultat est délicieux.
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Ce n'est pas un des moindres attraits de l'architecture italienne que cette simplicité de moyens. Si on la compare à notre architecture française de la Renaissance, avec son étonnante complication, avec ses tourelles et ses clochetons, ses escaliers saillants et ses avant-corps, on peut être conduit à la trouver un peu pauvre, mais on ne peut néanmoins s'empêcher d'admirer les effets qu'elle obtient uniquement par des jeux de lignes, et par de subtiles recherches de proportion et d'harmonie.
Le palais Massimo est non moins digne d'éloges. Peruzzi avait à lutter contre de grandes difficultés provenant de la position et de l'irrégularité du terrain. Par sa façade infléchie en courbe, avec son beau péristyle k colonnes, par l'habile disposition des cours otdes porti(jues, par l'ornementation des murs au moyen de has-rcliefs et de décors polychromes, il a réalisé une des œuvres les plus précieuses de cet âge. Le classicisme romain n'a encore rien détruit de l'originaUté inventive de la Renaissance.
Antonio da San Gallo le Jeune^ qui dans la suile du siècle va tenir une place de premier rang, doit être cité ici, au moment où il débute à l'école de Bramante. Sa petite église de Notre-Dame de Lorette à Rome (15()t»). qui se compose d'une coupole octogonale s'élevant surun plan carré, est du plus grand intérêt par la finesse de son décor intérieur et la richesse discrète de ses dorures. Elle est aux églises ce que la Farnésine et le palais Massimo sont aux palais.
Cota da (laprnrola fait au môme moment (1508) la
Consolazione de Todi, petite e'glise composée d'une coupole s'ëlevant sur une croix grecque, et qui est si charmante par la finesse de ses lignes architecturales qu'elle a pu être attribuée à Bramante lui-même (PI. '^)' /My-^/ I
Un peu plus tard, et sur un plan analogue, en 1518, Antonio da San Gallo le Vieux construit à Montepulciano la Madone de San Biagio, très intéressante par les clochers accompagnant la façade et surtout par l'architecture intérieure, où les ordres grecs prédominent d'une façon exclusive. Là San Gallo a réalisé, par un admirable emploi du dorique, une impression de force robuste inconnue à l'école de Bramante et de Raphaël, et que seuls Michel-Ange et Antonio da San Gallo le Jeune sauront retrouver (PI. 8).
L'art de l'école romaine étend très rapidement son influence sur toute l'Italie, et nous trouvons notamment à Pesaro, à Gênes, à Manloue, les chefs-d'œuvre de quelquesuns des meilleurs élèves de Raphaël, Girolamo Genga, Pierino del Vaga, Jules Romain.
Girolamo Genga, appelé par le duc d'Urbino, François- Marie délia Rovere, neveu de Jules II, construit près de Pesaro la villa de Monte Impériale ; c'est une construction toute spéciale, solennelle comme le palais d'une ville, et charmante comme une maison de campagne. Placés au milieu de vastes jardins, dans un terrain accidenté, les bâtiments s'étagent parmi les verdures et les eaux, et la décoration intérieure, à laquelle travaillèrent de nombreux artistes (PI. 9), rivahse avec tout ce qu'il y a de plus beau à
Pl. 12.
Clirht^ Alinari.