Voy. t. X, p. 8 et suiv
5. T. VIII, p. 43. — Gela fait penser à cette judicieuse réflexion de Marot : « Tel lit en maint passage les noms d'Appollo, Daphné, Pyramus et Tisbée, qui a Phistoire aussy loing de l'esprit que les noms près de la bouche. » (Œuvres, 1823, in-18, t. IV, p. 108.)
il fut loin toutefois de rapporter de ses années d'étude la haine des livres, « comme faisoit quasi toute la noblesse » au dire de Montaigne 1 , haine qui persista assez longtemps pour qu'à la fin du xvu 6 siècle La Bruyère pût encore écrire : « Chez nous le soldat est brave et l'homme de robe est savant. Nous n'allons pas plus loin. Chez les Romains, l'homme de robe était brave et le soldat était savant 2 . »
Cette « ignorance des bonnes lettres, » la noblesse la paya fort cher, ainsi que Fa remarqué un savant magistrat, l'auteur si original des Contes d'Eutrapel, Noël du Fail. Elle fit « tomber de ses mains l'administration de la justice et la transféra, peu excepté, aux gens du tiers état 3 . » Pour la même cause, les ambassades et les missions diplomatiques lui échappèrent à leur tour, ce qui par moments a fort excité la bile de Brantôme.
Avec sa vive intelligence, son esprit curieux et observateur, son ardeur d'apprendre 4 , Brantôme s'aperçut de bonne heure que les livres étaient « la meilleure « munition à cet humain voyage 5 . » Il en a lu une
1. Essais, liv. I, ch. xxv (t. I, p. 214). Au môme chapitre il déplore les tristes résultats de l'éducation donnée dans les collèges, c Nous veoyons qu'il n'est rien si gentil que les petits enfants en France ; mais ordinairement ils trompent l'espérance qu'on en a conceue; et hommes faicts, on n'y veoid aulcune excellence : j'ay ouy tenir à gents d'entendement que ces collèges où on les envoyé, dequoy ils ont foison, les abrutissent ainsin. » (Jbid., p. 197.)