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menant tousjours six ou sept gentilzhommes et soldats bien signaliez, armez et montez de mesmes, et bien en point sur bons courtaux * . Un jour, et du commancement, entrant dans l'armée du roy à la Rochelle, il trouva un capitaine nouveau, qui venoit d'estre nouvellement emmollé ; et ne cognoissant point ledict gentilhomme, qui d'ailleurs estoit assez cognu et amy de tous les vieux et signaliez capitaines, le capitaine donc nouvellet demanda au gentilhomme, qui paroissoit par-dessus tous les autres, et estoit brave et marchoit le premier, parce qu'il le voyoit ainsi porter Tharquebuz, il luy demanda donc : < À qui estes- « vous, soldat? » L'autre luy respondit : c Mon capi- « taine, nous sommes à nous-mesmes et ne cherchons < que party à la solde, si vous nous la voulez donner c bien bonne. » L'autre, à voir encor sa mine et de ses compaignons, pensa que c'estoit quelque chose de bon et qu'ilz n'estoient pas gens de petites payes, leur respondit : < Possible, pourriez-vous tant demanc der qu'il ne seroit raisonnable de vous donner? » — c Or bien, mon capitaine, respondit l'autre, je « vois bien que vous ne nous voudriez donner ce que « nous voudrions ; nous vous baisons les mains. Nous « en allons trouver M. d'Estrozze ou M. de Gossains; « d'ailleurs, nous sommes à vostre service. »
« Le capitaine demanda après à quelqu'un de ses lacquays, qui estoit demeuré derrière, quelz gens
1. Il dit ailleurs (t. V, p. 172) : « Il me souvient que, lorsqu'il (M. de Matignon) fust nostre mareschal de camp en ceste petite armée de M. de Nevers contre Monsieur, il n'avoit que dix chevaux de son traint... et, par Dieu ! moy, qui n'estois qu'un petit compagnon, j'en avois bien autant. »
estaient ceux-là. Il luy dist le nom du gentilhomme. Qui (ut estonné? ce fut luy, disant : c Telz soldatz c sont de trop hautes payes pour moy ; » et despuis le gentilhomme luy fit ressouvenir du tout. À quoy le capitaine luy porta grand honneur et tout respect despuis, car il le vist au logis du couronnel, M. d'Estrozze, qui aymoit le gentilhomme autant que soymesmes, car il le valoit 1 . >
De toutes ses campagnes, c'est ce long et meurtrier siège de la Rochelle dont il a parlé le plus volontiers. Il aime à rappeler la familiarité où il vivait avec les princes 2 et les plus grands personnages de l'armée, surtout avec le duc de Guise, qui savait apprécier sa vaillance et son esprit et lui montrait une amitié dont il était très fier. Dans son Testament , il mentionne deux souvenirs qu'il en avait rapportés et qu'il avait soigneusement conservés : c'est d'abord une épée argentée que le duc de Guise lui donna, « me defférant cest honneur de dire qu'elle m'estoit bien deue pour la sçavoir bien faire valoir et telles armes, ainsy qu'il avoit veu; » puis une rondelle couverte de velours noir à preuve (à l'épreuve) qu'il reçut du prince de Gondé, qui le pria de la garder pour l'amour de lui 3 .