Car il le méritait
2. « S'il plaist à nostre roy d'aujourd'huy se ressouvenir, estant roy de Navarre, audict siège de la Rochelle, la première harquebuz à mesche dont il tira jamais, je la luy donnay. Je m'en peuz vanter comme chose très vraye, qu'estoit une harquebuz de Milan, fort légère et douce et dorée d'or moulu que M. d'Est rozze m'a voit donnée pour nostre embarquement de Brouage, et l'en vis tirer souvant et de fort bonne grâce. » (T. VI, p. 81.)
Un jour, étant à la tranchée avec le duc de Guise, et c luy m'ayant fait cet honneur de m'avoir fait assoir en terre et contre luy et auprès de luy, car il me faisoit cet honneur de m'aymer et de causer avecques moy et d'ouyr mes parolles, » ils eurent une conversation très curieuse sur la nécessité de se faire un peu blesser, c puisque la gloire de nostre court et des dames consiste aux coups receuz et non aux coups donnez. > Si cela ne leur était point encore arrivé, c ce n'est point nostre faute, dit le duc, ny de M. d'Estrozze, ny de vous, car il n'y a hasard que nous ne recherchions, il n'y a factions que nous ne recuillons autant ou plus qu'il n'y en a icy *. » — c Je vous assure, > dit Brantôme, qui, entraîné par ses souvenirs, se laisse à parler de sa vaillance, comme il ne l'a guère fait ailleurs, c je vous assure qu'à son exemple, moy, son inférieur en tout, j'estois bien touché de mesme ambition, et si ay faict en tout ce siège tout ce que Martin fit à danser ; je l'ay continué despuis le commancement jusques à la fin sans en bouger, qui fut sept mois, sans solde ny paye aucune, sinon à mes despans et mon plaisir, n'habandonnant jamais M. d'Estrozze, le, couronne], ny jour ny nuict, dormant chez luy, et en sa chambre et en la tranchée,
1. T. V, p. 330, 331. — Un peu plus loin, il ajoute : « La for* tune est bonne en cela pour ceux qui sont grandz et de grand* qualité. La moindre blessure ou rafflade qu'ilz reçoivent, les voylà haut eslevez en leur gloire pour jamais. Nous autres, petitz cornpaignons, nous nous en contentons de peu, et tout ce que nous faisons ce ne sont que petitz eschantillons au prix de grandes pièces des grandz, qui sçavent mieux faire sonner la trompette de leur renommée que nous, qui ne pouvons passer partout comme eux à publier nos playes et valeurs. » (Ibid., p. 336.)
beuvant et mangeant avec luy, le secondant tousjours coste à coste de luy et en quelque faction qu'il y ait esté 1 . Je le dis avec vérité sans me vanter ; ceux qu'y estoient le pourraient dire aussi en vérité. Au diable le coup et l'harquebusade qui me soit venu voir, sinon, le jour que nous fismes la première ouverture du fossé, au mois d'apvril, et que nous y entrasmes dedans, fus blessé d'un esclat de pierre qui me donna dans la main gauche, qui m'y apporta une telle douleur sourde que je m'en sentis quinze jours, sans en faire pourtant aucun semblant ny porter bras en escharpe, car je me mocquoys fort de ceux-là qui le faisoient mal à propos. J'ay bien eu trois grandes harquebuzades dans mes armes : voylà comme j'en eschappay à bon marché 2 . >
Citons encore ce passage plein d'une noble fierté : Au temps passé, dit-il, le marquis de Listenoy fut loué extrêmement pour être allé à une escarmouche en simple soldat et arquebusier. < Mais qu'eust-on dict de nous autres, une infinité que nous sommes veuz, qui, allans à Malte, portions le simple harquebuz et le fourniment, et là et ailleurs, en plusieurs et infinis endroictz, faisions actes et factions de simples solda tz, nous faisans remarquer et acquérans gloire à tirer l'harquebuzade aux escarmouches et autres combatz, à beaux piedz, sans pardonner à nos vies ny les espargner non plus que le moindre soldat des bandes?
1. t Je ne Pabandonnay jamais, dit-il ailleurs, fust à la guerre, fust à la cour, tant il m'aymoit et je l'aymois, et me disoit-on son compaignon et fidelle confident... Il m'aymoit uniquement, et croy plus qu'homme de France. » (T. VI, p. 61.)
2. T. V, p. 332. — Voy., sur divers dangers qu'il courut, ibid., p. 333, 334.
Et, s'il falloit endurer la peine, la fatigue de la guerre» fust du froid, du chaud, de la fain, de la soif, des p la y es, des coups et blessures et autres peines, nous les endurions fort à l'aise, tout ainsy que l'on void un noble cheval d'Espaigne pâtir mieux et faire mieux sa courvée qu'un gros roussin d'Àllemaigne ; car c'est le cœur qui supporte tout. Ma foy, j'ay veu des courtizans les endurer aussi bien ou mieux supporter que les plus robustes ruralz soldadous de l'armée, et tout pour ce beau poinct d'honneur et d'amour. Aussi, quand il marche devant l'homme, rien ne luy est jamais impossible ' .
< Nous estans un jour au siège de la Rochelle, le pauvre feu de M. de Guise, qui me faisoit l'honneur de m'aymer, s'en vint me monstrer des tablettes qu'il venbit de prendre à Monsieur, frère du roy, nostre général, dans la poche de ses chausses, et me dit : « Monsieur me vient de faire un desplaisir et la guerre < pour l'amour d'une dame ; mais je veux avoir ma « revanche ; voyez ce que j'y ay mis dedans et lisez. » Il lui donna les tablettes où était écrit de sa main un quatrain que je me dispenserai de reproduire ici, et où il faisait parler la dame en question, qui se moquait en termes non couverts d'une défaillance amoureuse du prince. < Je luy en fais la guerre, dit-il à Brantôme, et je luy vais remettre ses tablettes dans la poche qu'il visitera selon sa coutume et y lira ce qu'il y faut, et amprès me voilà vangé. » — Ce qu'il fit, et ne fut amprès sans en rire tous deux à bon escient, et se faire la guerre plaisamment; car, pour