‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 128 sur 291 · T. V, p. 332; t. VI, p · texte numérisé non relu

T. V, p. 332; t. VI, p

Dieu, je ne sçache homme icy qui ayt si bonnes jambes qui, en montant, ne tumbe quatre ou cinq fois, et sur le haut il se puisse tenir s'il est tant soit peu repoussé ou s'y veuille tenir de pied ferme ; car ïe tout est si raboteux, à cause des pierres que la mine a soubzlevées, qu'il est impossible s'y arrester bien pour combattre. Je le puis dire, car j'y ay esté et l'ay très bien essayé. Toutesfois, puisque le roy veut faire encor redoubler l'assaut, faire le peut.

c Et, ainsi qu'on l'arrestoit, survint le plus estrange acidant qui arriva, il y a longtemps, en armée et sans aucun subject; car, tout à coup, voycy venir un 9 allarme par toutes les tranchées, que l'ennemy estoit sorty, et que l'on estoit desjà aux mains et que le tout estoit faussé ; si bien qu'il prit une si grande espouvante et effroy parmy nos gens de pied et parmy plusieurs de la noblesse que quasi la plus grand' part branlarent et ne sceurent que faire ; et fut bien encores pis, que plusieurs eurent telle frayeur qu'ilz advisarent à se sauver par les maretz, et aucuns s'y enfuyrent, qui furent amprès recogneuz par la boue qui en estoit emprainte en leurs chausses, et telz qu'on teooit bons compaignons furent taschez de mesmes. Il y en eut pourtant plusieurs qui tindrent assurée contenance. Néantmoins, tout le monde ne sçavoit que c'estoit, sinon qu'il estoit tout en allarme et en rumeur si grande que l'on ne vist jamais un tel désordre.

< Nous estions en la tante du roy de Pouloigne pour lors, comme j'ay dict, qui sortismes de là avec la plus grand' presse et foule que je vis jamais, dont je m'en dois bien souvenir; car un honneste et brave gentilhomme qui estoit près de moy, que j'avois

nourry, nommé M. du Breuil, en voulant sortir il tumba derrière un coffre pour la pesanteur de ses armes et la foule qu'y estoit, que je croy qu'il serait encor là sans moy, qui luy prestis la main et l'en sortys, dont nous en rysmes bien après ; car il estoit de bonne compaignie, et si luy effrayé de sa cheutte cuyda tuer dans la tante un gentilhomme des nostres d'une courte dague qu'il avoit, pensant que ce fust l'ennemy et que tout fust gaigné.

c Enfin, nous sortismes et courusmes au trou du fossé, M. d'Eslrozze et moy tousjours avec luy, trouvasmes que ce n'estoit rien et que l'ennemy seulement n'avoit pas comparu la teste du dessus du rampait ny sorty par aucune porte, car il avoit assez affaire ailleurs et à entendre à ses assautz, escalades et surprises 1 . »

Les corps de garde de l'armée et ceux des Rochellois se touchaient presque, si bien que des conversations s'engageaient souvent entre eux, et Brantôme nous a rapporté un de ces colloques de soldats, qui forme un plaisant tableau de la vie militaire 2 .

< Un soir, et la nuit que nous commençasmes à bâtir le fort Saint-Martin, ainsi qu'on y travailloit, se présenta un soldat gascon sur le rampart, qu'on vist un peu à la lueur de la lune, qui commança à causer en son gascon et demander s'il n'y avoit point là quelqu'un de son pays à qui il peust parler. Tous les princes et seigneurs, pensans que l'ennemy sortist pour empescher la besoigne, et qu'on y mènerait les

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