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mains, Ton avoit commandé expressément que nul parlast ny respondist. Toutesfois ce compaignon, pour parler et demander incessamment, importuna tant, que moy, estant près de M. de Guyze, je luy dis qu'il fist parler Le Bernet, gentil soldat parmy nos bandes et qui n'estoit encor capitaine, et qui sçavoit bien parler et rendrait bien le change à l'autre, et que ce serait autant de plaisir. Ilz commançarent donc s entresaluer et s'entreparler à qui mieux mieux ; car celuy de la ville parloit très bien et tousjours son gascon ; lequel, de prime abord, après quelques menus propos, luy alla demander ce que nous basassions là, si ce n'estoit point la tour de Babel? Du despuis en amprès, nous prismes, au moins aucuns, mauvais auguré sur
ce mot de nostre siège, et qu'il irait en confusion,
et allégasmes souvant le dire prophétiq de ce soldat
En après, il demanda quelz seigneurs et princes il y avoit là, et si M. de Montluc y estoit; l'autre luy respondit qu'ouy . — Soudain il réplicqua : « Et lou naz de « Rabastain, comment va 4 ? » — L'autre luy respondit que bien, et qu'il estoit encor assez gaillard pour faire la guerre à tous les huguenotz, comm' il avoit faict. — c Ah! dit l'autre (tousjours en son gascon), nous ne le c craignons guières plus en son touré de naz ; » car le bonhomme en portoit tousjours un, comm' une damoyselle, quand il estoit aux champs, de peur du froid et du vent, qu'il ne l'endommageast davantage. J'estois près de luy quand l'autre parla ainsi, et il dist à M. de Guyze que ce coup luy avoit bien porté du dommage,
1. Monluc avait été blessé d'une arquebusade au nez en montant à l'assaut de Rabasteins (Tarn) en 4570.
et lui fit le conte de sa blessure de ce siège de Rabastain, et que sans ce coup il estrilleroit les huguenotz aussi bien que jamais. Puis, l'autre continuant ses propos, il va louer fort M. de Guyze, qui, après avoir tué son ennemy M. l'admirai, s'estoit contenté et puis s'estoit monstre fort humain envers aucuns huguenotz à
la Sainct-Barthélemy, et en a voit sauvé plusieurs
Le parlement de ces deux soldatz dura longtemps et donna grand plaisir à toute l'assistance qui estoit là ; et tousjours s'entr'envoyoient quelques harquebuzades en se disant l'un à l'autre qu'il n'en falloit point avoir de peur, car il n'y avoit point de balles, et que c'estoit salve de plaisir ; mais il y en avoit de bonnes et qui siffloient fort bien à l'entour de nos oreilles * . >
Les femmes de la Rochelle secondèrent dignement l'héroïsme des hommes, et Brantôme nous raconte le spectacle curieux que, lors d'une trêve, elles offrirent aux assiégeants : < À peine eut-elle été proclamée, dit-il, parurent aussitost comme nous, hors des tranchées, force gens de la ville sur les rampars et sur les murailles ; et sur tous parurent une centaine de dames et bourgeoises des plus grandes, plus riches et des plus belles, toutes vestues de blanc, tant de la teste que du corps, toutes de toille de Hollande fine, qu'il fit très beau voir. Et ainsi s'estoyent-elles vestues à cause des fortifications des rampars où elles travailloyent, fût ou à porter la hotte ou à remuer la terre, où d'autres habillemens se fussent ensalaudis, et ces blancs en estoyent quittes pour les mettre à la lessive ; et aussi qu'avec cet habit blanc se fissent mieux remar-