T. IV, p. 116; t. V, p
tard en 1 556, car il vit Marie Stuart c à l'aage de treize ou quatorze ans, déclamer devant le roy Henry, la reyne et toute la court, publiquement, en la salle du Louvre, une oraison en latin qu'elle avoit faicte 1 . »
Bientôt après, la mort de sa mère survenue probablement vers le milieu de 1 557 (son testament est du 36 mai de cette année) le laissa complètement maître de sa personne et il n'eut pas besoin, comme son père, de s'enfuir de la maison paternelle pour courir le monde et les aventures'. « Je peux bien assurer, dit-il, que ceux de ma race n'ont jamais esté cazaniers, et qu'ilz n'ayent bien employé leurs jours en voyages et guerres, qu'aucuns que soient en France. Les vieux titres de nostre maison en font assez foy. Mes ayeulz, bisayeulz, grands-pères, pères et frères ne s'y sont nullement espargnez ; et quand à pour moy, dès lors que je commançay à sortir de subjection de père 2 et mère et de l'escolle, sans les voyages que j'ay faictz aux guerres et aux courts dans la France, j'en ay faict sept hors de la France, lorsque la paix y estoit, pour chercher advanture, fust pour guerre, fust pour voir le monde, fust en Italie, en Escosse, Angleterre, Espaigne, Portugal, dont j'en rapportay YHaMto di Christo, duquel le roy de Portugal m'honnora (qui est l'ordre de là), estant tourné du voyage du Pignon de Belys en Barbarie, puis en Italie encor, à Malte pour le siège, à la Goulette d'Affrique, en Grèce et autres
1. T. VII, p. 406. — Marie Stuart étant née le 8 décembre 1542, ses treize ou quatorze ans nous mènent en 1555 ou en 1556.
2. La « subjection » paternelle n'avait pas dû lui peser beaucoup, car, comme il nous l'a dit, il avait sept ans quand il perdit son père.
lieux estranges, que j'ay cent fois plus aymé pour séjour que oeluy de ma patrie, estant du naturel des tabourineurs qui ayment mieux la maison d'autruy que la leur 1 . » C'est en invoquant le souvenir de ces courses lointaines qu'il vantait orgueilleusement dans son testament le cas que l'on faisait de lui à cause de son nom, « tant bien cogneu et estimé parmy la France et ses grands et autres pays estrangers pour avoir tant battu de terres et de mers 2 . >
Pour courir le monde il fallait de l'argent et il n'en avait guère. Ce fut une générosité du roi qui le mit à même de commencer à réaliser ses projets. Il obtint de Henri II l'autorisation de faire dans la forêt royale de Saint-Yrieix une coupe de bois qui lui rapporta cinq cents écus. « J'en fis, dit-il, mon premier voyage d'Italie, sans autre argent, dont bien me servit de le bien mesn^ger 3 . » Il s'était du reste, d'un autre côté, préparé à ce voyage en apprenant, non seulement l'italien, mais l'espagnol qui devait lui être fort utile dans un pays où dominaient les vainqueurs de Pavie*, et la con-
3. Voy. son testament, t. X, p. 131. — Les rois étaient fort prodigues de ce genre de gratifications qui ruinaient leur domaine, mais semblaient ne rien coûter, car elles les dispensaient de puiser dans le trésor royal toujours fort pauvre. Voici du reste comment leur résultat économique est apprécié par un ambassadeur vénitien : « E cosa mirabile che con tanti boschi cbe sono in Francia (che sono più délia sesta parte del paese) nondimeno le legne sono più care il doppio cbe in Yenezia. Il cbe procède quasi tutte le selve sono del Re, e lui vende e lascia fare li tagli corne li piace. » (Relations des ambassadeurs vénitiens, Marino Gavalli, 1. 1, p. 254.)
4. « Un bomme en pais estrange, s'il n'entend la langue du païs
viction où il était de savoir parler « le friand castillan » fut un des orgueils et une des joies de sa vie 1 .
Son autobiographie perdue nous aurait peut-être donné de ses voyages des récits un peu détaillés que ne comportait pas le cadre de ses autres écrits. S'il nous en a parlé, c'est toujours incidemment, et les rares souvenirs qu'il évoque, il les a tellement éparpillés que c'est uniquement en glanant de ci et de là tantôt une page, tantôt une phrase ou même une ligne que nous pouvons arriver à dire quelques mots des itinéraires qu'il a suivis; ainsi, pour ce premier voyage, nous n'avons pu rencontrer que les trois dates suivantes :
c (1 558.) Moy passant par Gayette, l'an 1 558 (t. VI, p. 305). — (Après avril 1559.) Moy estant en Italie que la paix fut faicte entre le roy Henry et Philippes (t. I, p. 382). — (Août-décembre 1559.) Moy estant à Rome durant le sede vacante du pape Paulo IV (t. VI, p. 284). » Pas une d'elles, comme l'on voit, n'indique l'époque de son départ.
Suivant la notice de Prosper Marchand citée plus haut 2 , il aurait quitté la France en 1 557, mais c'est une erreur qu'il faut attribuer à une faute d'impression, car, quelques lignes plus loin, on lit qu'en 1 558, le 28 avril, il assistait à Poitiers au premier mariage de sa cousine germaine Claude-Catherine de Clermont avec Jean,
où il est, n'est tenu que pour un porteur de moumon et pour une pièce de chair sans sel. » (T. I, p. 33, note 2.)
i . "Voy., t. VII, p. 2, note, nos observations à ce sujet. — La guerre et les relations politiques avaient fort répandu parmi nous la connaissance de l'espagnol . « Coustumièrement, dit-il, la plus part des François aujourd'hui, au moins ceux qui ont un peu veu, sçavent parler ou entendent ce langage. » (T. IX, p. 251.)