T. VII, p
ballet fini, elles vindrent à présenter au roy, à la reyne, au roy de Polongne, à Monsieur, son frère, et au roy et reyne de Navarre, et autres grands et de France et de Polongne, chacune à chacun une placque toute d'or, grande comme de la paulme de la main, bien esmaillé et gentiment en œuvre, où estoient gravez les fruicts et les singularités de chasque province, enquoy elle estoit plus fertille, comme : en la Provence des citrons et oranges, en la Ghampaigne des bledz, en la Bourgongne des vins, en la Guyenne des gens de guerre (grand honneur certes celuy-là pour l^i Guyenne), et ainsy consécutivement de toutes autres provinces 1 . * Peut-être quelqu'une de ces précieuses plaques d'or, que les Polonais ont emportées avec eux , existe-t-elle encore en France ou à l'étranger ; son heureux possesseur ignore bien certainement son origine.
Charles IX voulut se donner, mais pour lui seul, une petite fête dont il ne faisait pas les frais, fête d'un caractère tout particulier, et qui nous donne une idée fort exacte de la manière dont, au XVI e siècle, on comprenait ce que nous appelons aujourd'hui la probité. Laissons parler Brantôme, le seul qui nous l'ait racontée, et bien entendu sans le moindre étonnement.
Le roi commanda une fois au capitaine La Chambre de lui amener « un jour de festin et de bal solennel dix ou douze enfans de la Matte, des plus fins et meilleurs couppeurs de bourse et tireurs de laine, et qu'hardiment ils vinssent, sur sa foy et en toute seuretté, et
1. T. VIT, p. 370. Voy. sur cette fête Aubigné, Hist. univ., année 1573, liv. 7, en. i, et la première journée de la Bergerie, de Remy Belleau, édit. Gouverneur, t. II, p. 76 et suiv.
qu'ils jouassent hardiment et excortemment leur jeu, car il leur permettait tout, et amprès qu'ilz luy rapportassent tout au butin, comme ilz en font de serment 1 , car il le vouloit tout voir, et puis leur redonnerait. Le capitaine La Chambre n'y faillit pas, car il vous en emmena dix, triez sur le vollet, desliez et fins à dorer, qui les présenta au roi ; ausquelz il trouva très belle façon, et bien habillez et braves comme le bastard de Luppé ; et, se voulant mettre à table et puis au bal, il leur recommanda de jouer bien leur jeu, et qu'ils luy fissent signe quand ilz muguetteroient leur homme ou leur dame, car il avoit recommandé et hommes et dames sans espargner aucunes personnes. Le roy à son disner ne parla guières ceste fois aux uns et aux autres, sinon par bouttades, s'amusant à voir le jeu des autres, qui ryoit quand il voyoit les autres faire signe qu'ilz avoient joué leur farce, ou qu'il les voyoit desniaiser leur homme et femme. Hz en firent de mesmes à la presse du bal ; et enfin après disner et bal, il voulut tout voir au bureau du butin, et trouva qu'ilz avoient bien gaigné trois mille escus, ou en bources et argent, ou en pierreries, perles et joyaux, jusques à aucuns qui perdirent leurs cappes, dont le roy cuyda crever de rire, outre tous les larrecins, voyant les gallants desvalisez de leurs cappes et s'en aller en pourpoint comme lacquais. Il leur rendit à tous 2 le butin, avec commandement et deffence qu'il leur fit exprès de ne plus faire ceste vie, qu'il les fairoit pendre s'ilz s'en mesloient jamais plus, et qu'il s'en prendrait au