‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 141 sur 291 · Aux enfants de la Mat te · texte numérisé non relu

Aux enfants de la Mat te

capitaine La Chambre , et qu'ilz l'allassent servir à la guerre 4 . *

Qui peut douter que ces dix filous, honorés de la bienveillance royale, n'aient immédiatement renoncé à leur dangereux métier et, suivant les admonestations du jeune prince, n'aient donné tout contentement à leur capitaine, qui savait si bien faire valoir leurs mérites 2 ? Quant aux volés, il ne fut nullement question de les indemniser, et je ne sais pas réellement s'ils songèrent à se plaindre; mais, ce dont on peut être sûr, c'est qu'ils ne furent plaints par personne. Les vols permis par les rois étaient soufferts en silence, car il ne pouvait y avoir aucun recours contre eux, qui se considéraient encore à cette époque comme maîtres absolus de la vie (la Saint-Barthélémy lavait prouvé) , des biens et de la bourse de leurs sujets. En décembre 1 578, les mignons, ayant appris que le premier médecin du roi, J. Mazille, se mourait, c firent, dit L'Estoile, son inventaire avant sa mort; car, aïant esté advertis qu'il avoit vingt mil escus d'argent comptant, il n'avoit encore le bec fermé qu'ils firent députer par le roy M. Camus, maistre des requestes, pour fouiller sa maison en leur présence, ce qui fust faict. » Mais on n'y trouva rien, ou si peu que le roi, l'ayant appris, fit tout haut cette singulière réflexion : c Je suis bien c aise qu'on soit esclairci et moi confirmé en la bonne

2. Voyez, t. II, p. 245-247, le tour que le maréchal Strozzi joua à Brusquet. Il lui fit enlever par un serrurier « matois, qu'il avoit été curieux de trouver dans la ville de Paris... et des capitaines matois qu'il avoit empruntés qui çà, qui là, » pour deux mille écus d'argenterie. Brusquet put en rattraper une partie en abandonnant cinq cents écus aux voleurs.

« opinion que j'ai toujours eue de Maxille, lequel j'ay c aymé et tenu pour homme de bien 4 . *

c Sur la fin de l'an 1 593, dit encore L'Estoile, du Haillan estant venu saluer le roy à Sainct-Denis, Sa Majesté, avec un visage riant, lui demanda s'il poursuivoit pas tousjours à escrire son histoire de France. Auquel aiant respondu qu'oui, le roy lui dit alors tout haut :

< J'en suis bien aise; mais n'oublie pas d'y mettre

< bien au long les larcins de mes trésoriers 2 et les

< brigandages de mes gouverneurs 3 . > Cette recommandation, à laquelle il aurait été pour l'écrivain fort périlleux d'obéir, il n'est pas un prince qui n'eût pu la faire à ses historiographes, pas un qui n'eût pu, au milieu de ses courtisans et de ses serviteurs, de quelque rang qu'ils fussent, s'écrier, comme Y Avare de Plaute : Scio fur es esse hic complûtes. La probité était une vertu inconnue chez les fonctionnaires, qui savaient que, pour devenir riches, c il ne falloit, suivant Bonaventure Despériers 4 , que tourner le dos à Dieu cinq ou six bons ans* »

Cinq ou six ans c'était même beaucoup. Il n'en fallait pas tant au maréchal de Gossé, devenu surintendant des finances en 1567. Ayant eu la maladresse l'année suivante d'amener à la cour sa c très sotte femme, > il eut le mortel déplaisir de l'entendre raconter à Catherine de Médicis, en la remerciant, qu'elle les avait sauvés de la ruine, qu'ils avaient déjà payé deux

Page 1