Le 11 août, suivant L'Estoile; le 24, suivant de Thou
2. Et non par L'Ouchaly, comme le dit Brantôme. Voy. de Thou, liv. LVHI.
3. Brantôme, t. VII, p. 16. Voy., p. 17, ce que le duc leur raconte sur Antoine de Lève.
gnement que Ton possède sur l'artiste, c II me souvient, dit-il, qu'elle estant un jour allée voir un peintre qui s'appelloit Corneille 1 , qui avoit peint en une grand'chambre tous les grands seigneurs, princes, cavalliers et grandes reynes, princesses, dames, filles de la court de France. Estant donc en iadicte chambre de ces paintures, nous y vismes cette reyne parestre painte très bien en sa beauté et en sa perfection, habillée à la francèze d'un chapperon avec ses grosses perles, et une robe à grandes manches de toille d'argent fourrées de loups cerviers ; le tout si bien représenté au vif avec son beau visage qu'il n'y falloit rien plus que la parolle, aiant ses trois belles filles auprès d'elle. A quoy elle prist fort grand plaisir à telle veue, et toute la compagnie qui y estoit, s'amusant fort à la contempler et admirer et louer sa beauté par dessus toutes : elle-mesmes s'y ravist en la contemplation, si bien qu'elle n'en peust retirer ses yeux de dessus, jusques à ce que M. de Nemours luy vint dire : t Madame, je vous trouve là fort bien pourtraicte, et « n'y a rien à dire, et me semble que vos filles vous c portent grand honneur; car elles ne vont point c devant vous et ne vous surpassent point. » Elle luy respondict : c Mon cousin, je croy qu'il vous ressou- « vient bien du temps, de l'aage et de l'habillement c de ceste painture; vous pouvez bien juger mieux
1. Claude Corneille, « dont Brantôme et Félibien parlent avec tant d'éloges, » dit Pauteur du Peintre-graveur (t. VI, p. 8). Les éloges de Félibien se bornent à citer, en quelques lignes et assez incomplètement, Brantôme, « qui, dit-il, estime beaucoup un tableau où il avoit peint Catherine de Médicis avec ses deux filles. » (Entretiens sur les vies des peintres, édit. de 1725, t. III, p. 118.) Cf. Nouvelles Archives de l'Art français, année 1877, p. 141.
« que pas un de ceste compagnie, vous qui m'avez « veue ainsy, si j'estois estimée telle que vous dictes, « et que suis estée comme me voylà. » Il n'y eust pas un en la compagnée qui ne louast et estimast infiniment ceste beauté, et ne dist que la mère estoit digne des filles et les filles dignes de la mère, et telle beauté luy a duré, et mariée et vefve, jusques quasi à sa mort 4 . >
Rien n'est moins précis que la description de Brantôme, qui seul a parlé de l'œuvre de Corneille. L'expression « ces peintures » est si vague qu'elle ne permet pas de décider s'il s'agit d'une toile unique ou d'une série de toiles représentant l'une la mère et ses trois filles, et les autres les principaux personnages de la cour, qui, pas plus que la reine, n'avaient certainement posé devant l'artiste. Le costume de Catherine parait être un costume de veuve, et, comme des « grandes reines » qui figurent auprès d'elle, l'une, Elisabeth, fut mariée en 15S9, l'autre, Marguerite, en 1 572, on voit à quel point était fantaisiste cette suite de portraits, dont la destinée est restée inconnue.
Ce fut encore pendant son séjour à Lyon qu'il arriva à Brantôme de sauver du supplice qu'il avait bien mérité un misérable assassin, un capitaine nommé Fréville, « vray enfant de la matte, s'il en fut oncques. » L'histoire est trop caractéristique de l'époque pour ne pas figurer ici :
« Ce capitaine, dit- il, un grand jeune homme de l'aage de vingt-cinq ans, de belle et haute taille et bonne façon, m'avoit suivy au siège de la Rochelle