‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 157 sur 291 · Tome X, p · texte numérisé non relu

Tome X, p

$1 Si BRANTÔME

c C'étoit, ajoute-t-il ailleurs, un vray asne mytré et caparaçonné quand il avoit sa chappe, qui eust plustost enduré la gesne que dire un seul mot de latin, osté celuy de son bréviaire, mais séditieux, mallicieux, sanguinaire à toute outrance 1 . »

En quelles mains pouvaient passer les dons de ce genre, le roi ne s'en inquiétait guère. Du Guast, ayant reçu de lui, à son retour de Pologne, où il l'avait suivi, les évèchés d'Amiens et de Grenoble, vacants par la mort du cardinal de Gréqui, vendit le premier 30,000 fr. à une garce de la cour, et le second 40,000 au fils du s r d'Àvançon*. On juge sans peine, par ce que nous raconte Brantôme de son cousin, si, dans de pareils marchés, les vendeurs pensaient jamais à exiger de leurs acquéreurs la moindre garantie de moralité, de science et de capacité, et l'on ne doit pas s'étonner

1. T. I, p. 220. — On voit que, pour la science, il rappelait certain tabellion des Contes tfEutrapel. c Je sais du latin assez, disoit Georgeaux, ce gentil notaire, mais, si j'ai affaire d'un simple mot, voire des plus faibles et laxatifs, il m'est impossible d'en fournir, d'autant qu'ils se pressent à la sortie, s'entr'empéchants. » (Contes d'Eutrapel, p. 310.)

2. L'Es toile, décembre 1574. — Ce commerce des évôchés et des bénéfices était depuis longtemps passé en coutume. Aux états généraux de 1576, sur les plaintes nombreuses qui lui étaient adressées, le roi promit de ne choisir aucun titulaire sans qu'un mois ne se fût écoulé depuis la vacance. Voici un document, dont l'original est dans le supplément de la collection Godefroy, à l'Institut, qui montre comment il tint sa promesse :

c Plaise au Roy accorder à monsieur le duc de Mercueur les bénéfices, soit éveschoz ou abbayes, que tient et possède le s 1, de Sissonne, évesque de Soissons, vaccantz ou prestz à vacquer par son extrême malladie, et commander les dépesches pour ce nécessaires en estre expédiées. »

Au-dessous, de la main de Henri m : Accordé, — Henry, — du XX e j. de juillet 1581; et, plus bas : Registre.

que Henri IV pût trouver dans son royaume quatre évêques dont il se chargeait « de faire tenir la cervelle à tous les quatre dans une culier d'argent 1 . » La manière dont se recrutait le clergé avait été depuis longtemps signalée par l'évêque de Valence, Jean de Monluc. c De quoy, s'écriait-il, se couvriront donc ceux qui ont esté promeus aux ordres sans estre examinez autrement que de les faire lire un texte d'évangile ou une préface, et de leur faire décliner leur nom, comme si cela servoit beaucoup à la conduite des âmes? Encore s'en trouve-il qui sont passez à moindre rigueur, comme l'on voit que de dix les huit ne sçauroient lire un mot 2 . »

Cette ignorance, alors si générale, eut pourtant un terme, et Brantôme, probablement après le résultat des conférences de Fontainebleau (1600), où Duplessis- Mornay échoua si malheureusement, put écrire : c Pour le temps d'aujourd'hui, nos prélats se sont ravisez, qui commencent à tirer des armes et à desgainer le latin, Dieu mercy les huguenots qui leur ont tant faict la guerre qu'ilz les ont aguerris et, de mesmes armes

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