Discours sur les femmes mariées, t. IX, p
pas que dans ces propos l'illumination de l'esprit de Dieu ait tenu beaucoup de place.
Nous ne savons point par où il pénétra en Italie 1 . S'il fallait en croire P. Marchand, il serait allé servir dans Farinée de Piémont sous le maréchal de Brissac 2 , où il aurait ainsi fait ses premières armes ; c'est là une erreur qu'il est facile de réfuter. Non seulement il n'y a pas un mot dans Brantôme qui autorise une pareille conjecture, mais l'épi ta phe qu'il avait composée pour être gravée sur sa tombe la rend inadmissible. Il y déclare « avoir fait son premier apprentissage d'armes soubz ce grand capitaine M. de Guyze, messire François de Lorraine 3 . » D'ailleurs, les communications étant libres avec la France, s'il avait voulu servir dans cette armée, il n'aurait pas eu besoin de traverser, comme il le fit, les Suisses et les Grisons. Ce qui a causé l'erreur, c'est la visite de pure courtoisie qu'au moment de rentrer en France, la paix étant conclue depuis plusieurs mois, Pierre de Bourdeille alla faire au maréchal encore à la tête de ses troupes 4 , visite dont nous parlerons plus loin.
1. S'il a traversé la Suisse, ce fut les yeux fermés, car il n'y signale qu'une seule chose : l'habitude où étaient les hommes et les femmes « d'estre pesle-mesle aux étuves. i (T. IX, p. 299.)
2. Édition de 1740, t. XV, p. 54. Le passage auquel il renvoie ne dit rien de semblable.
3. Voy. son testament, t. X de notre édition, p. 122. Ce premier apprentissage d'armes eut lieu lors de la guerre civile de 1562.
4. Voy. notre t. IV, p. 70. — Cette erreur du biographe en a fait commettre une autre à M. Monmerqué. Brantôme raconte qu'il fut guéri par le lait d'une belle femme c d'un accident d'une harquebuzade qu'il eut dans le visage, une fois, à Portefin, près de Gesnes, dont il demeura aveugle six jours sans rien veoir. » (T. VI, p. 165.) Cet accident a été transformé par le savant acadé-
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Pendant un an et demi il parcourut l'Italie, n'y cherchant et n'y voyant que ce qui pouvait intéresser un jeune gentilhomme, curieux seulement des choses de guerre et de plaisir. Les œuvres d'art qu'il rencontrait de tous côtés le laissèrent complètement indifférent, à part quelques représentations guerrières. Ainsi il s'extasie sur un tableau du combat des Horaces et des Guriaces, en la maison de ville de Lucques, « là où vous verrez une furye de combattans paincte dans le visage, qu'il n'y reste rien (à désirer) que la parolle, et en tous six, toutes diverses sortes de postures et de gardes, si bien qu'il n'y reste aussi que le seul mouvement 1 . » Ailleurs il nous dit avoir vu, à Florence, dans l'église Saint-Jean 2 , un épisode du siège de Sienne, « avecques force autres beaux faicts de la guerre de Toscane et Sienne. Les peintures en sont très belles, que le grand duc Gosme fit mettre là en perpétuelle mémoire du marquis (de Marignan). »
Enfin, il se garde bien d'oublier, car il lui rappelait trop son pays, un ex-voto qu'il vit à Notre-Dame de Lorette, mis là par un pauvre diable qui s'était fait
micien en coup d'arquebusade reçu dans la guerre de Piémont par Brantôme, « qui ne craignoit point de s'exposer. »
1. Il ajoute assez naïvement : c Je croy que les tireurs d'armes nouveaux d'Italie en ont tiré des patrons en plusieurs de leurs jeux d'armes qu'ils nous ont appris. » (T. VI, p. 406.)
2. T. I, p. 297. — La mémoire de Brantôme Ta trompé. Ce n'est pas à Saint-Jean que Gôme fit faire ces peintures, mais dans son palais où Montaigne les vit une vingtaine d'années plus tard. (Voy. son Voyage, 1774, in-4°, p. m (cent onze.) Elles sont de Yasari qui en donne lui-môme la description dans ses Ragionamenti sopra le inventioni da lui dipinte in Firenze nel palazzo di loroAltezze serenissime (Firenze, MGLXXXVIII, in-4°), giornata terza, ragionamento primo, p. 182-183.
représenter menacé de mort « par un soldat advanturier, habillé à la pendarde, et le tableau portoit ce petit escriteau tel : Vota d'uno qu'escapo de la mon d'un Gascon 1 . »
Il paraît pourtant avoir été frappé d'étonnement à la vue « de ces orgueilleuses antiquitez de Rome, des ruines de ces beaux pallais, de ces superbes colissées et grands termes qui montrent bien encore quels ils ont esté, donnent encore admiration et terreur à tout le monde, et la ruine en demeure admirable et espouvantable*. » Mais savez- vous à quel propos le souvenir lui en revient en tête? Uniquement pour faire la comparaison de ces ruines « avec la beauté des belles femmes qui ne se diminue par vieillesse de la ceinture jusqu'en bas. »
En dehors de ces merveilles qui, depuis tant d'années, sont la joie des touristes et la préoccupation des savants, mais qu'alors la noblesse n'appréciait guère 3 , il y avait, surtout à Rome, à Venise et à Florence, un autre objet de curiosité bien plus attrayant pour elle et que l'Italie seule pouvait offrir aux étrangers. Je veux parler de cette classe de femmes que, dans la Grèce antique, Diogène appelait les reines des rois*, de ces courtisanes si fameuses par leur richesse, leur