Journal de L'Estoile, éd. de 1876, t. III, p. 99 et
3. Je crois qu'il en était de même d'André de Bourdeille, qui se plaint dans une de ses lettres que le duc d'Alençon lui avait donné une petite abbaye de 1,500 ou 1,600 livres de rente, puis la lui avait enlevée pour la donner à un joueur de luth, sur ce que sa sœur Madeleine avait dit au prince qu'il n'en voulait point, a ce qu'il n'a voit jamais pensé. » Lettre 83 au duc d'Alençon, édit. du Panthéon, t. II, p. 476.
Nous avons dit plus haut qu'à partir de janvier 1 575 le nom de Brantôme n'est plus prononcé dans la correspondance officielle d'André de Bourdeille, qui malheureusement s'arrête au 1 mai de cette année. Luimême ne fait nulle part allusion à la part qu'il a prise à ces négociations et à d'autres. Peut-être y avait-il eu quelque froissement d'amour-propre entre lui et son frère, auquel il était évidemment subordonné. Mais, malgré son silence, il est probable qu'au milieu des troubles sans cesse renaissants du Midi on eut encore plus d'une fois recours à l'influence que lui donnaient son renom de vaillance, sa famille, et les amitiés qu'il avait parmi les chefs protestants. S'il n'en a pas dit un mot, il y a un document qui parle pour lui. C'est une quittance, signée de sa main, de 600 écus soleil, paiement d'une mission que le roi lui avait confiée pour aller trouver le roi de Navarre, en novembre 1 581 4 . Quel était le sujet de cette mission, nous n'en savons rien ; il n'en est question ni dans Brantôme ni dans la correspondance du roi de Navarre.
Avec la campagne en Périgord de 1 574 se termine la carrière militaire de Brantôme. Retenu près du roi par sa charge de gentilhomme de la chambre, il ne fit plus que suivre dans ses voyages la cour, où les intrigues amoureuses, les rivalités, les duels, les assassinats semblent seuls l'intéresser. Voici tout ce
1. f Quittance de P. de Bourdeille de 600 écus sol, à moy ordonnez par le roy, pour le voiage que je vais présentement faire pour Sa Majesté en Guyenne, vers le roy de Navarre, son frère. Fait à Paris, le 26 e jour de novembre M Vc quatre-vingtz et ung. » (Bibl. nat., Mss., Fonds Glairambault, Pièces orig., vol. 462, fol. 138.)
qu'il trouve à nous dire sur les états de Blois en 1 575, qui eurent pourtant une si grande importance : c Je vis nostre grande reyne (Marguerite de Valois), le jour que le roy son frère fist son harangue, vestue d'une robe d'orangé et noir, mais le champ estoit noir avec forces clinquant, et son grand voyle de majesté, qu'estant assize en son rang elle se monstra si belle et si admirable que j'ouys dire à plus de trois cents personnes de l'assemblée qu'ils s'estoient plus advisez et ravis à la contemplation d'une si divine beauté qu'à l'ouye des beaux et graves propos du roy son frère, encor qu'il eût dict et harangué des mieux 1 . »
En 1 578, séparé de sa femme depuis qu'il s'était enfui de la cour, le roi de Navarre la redemanda si "instamment, et elle-même désirait si vivement rejoindre son mari que le roi lui en accorda la permission. Elle partit en août, accompagnée de sa mère, qui, c dès la cour, a voit commandé à Brantôme d'être du voyage *. » Cet ordre dut le combler de joie, car il ressentait pour elle une passion qui éclate, avec un enthousiasme souvent ridicule 3 , dans tous les passages où il parle d'elle et qui paraît n'avoir jamais été payée que par des sentiments d'amitié, de très grande amitié. C'est à
1. T. VUE, p. 35. — De son séjour à Blois, il n'a retenu que le souvenir d'une visite assez plaisante faite avec Strozsi au maréchal de Gossé. (T. IV, p. 91.) C'est la seule scène de c beuverie» qu'il nous ait racontée.