‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 167 sur 291 · T. VI, p. 467 et suiv · texte numérisé non relu

T. VI, p. 467 et suiv

disant que, puisque le roi voulait à l'ancien € préférer ce moderne, qui sent plus sa dévostion réformée que la marque de vaillance requise en une chevalerie, il ne devoit la communiquer jusques à la hallebarde, à la marmite et au bouchon, voire jusques au tambour, s'expliquant devant personnes qui l'entendoyent assez 1 . »

Brantôme, fidèle écho des sentiments de la cour, a exhalé aussi son dépit en maints passages. C'est avec joie qu'il nous raconte les nombreux quolibets dont on accablait certains nouveaux chevaliers *, à qui les statuts de l'ordre défendaient de se battre en duel, et les mésaventures arrivées à quelques-uns ; je ne m'étonnerais pas qu'il fût le héros de celle où l'un d'eux, c venant de prendre l'ordre et allant en sa maison en poste, fut rencontré de quelqu'un qui luy vouloit demander une parole et le quereller. Il fut si estonné qu'il ne sceut que respondre, sinon de tirer son ordre qu'il avoit caché et dire : c Que voulez- vous faire? c Voilà qui vous garde de vous attacher à moy. Ne le c respectez-vous point? » Mais l'autre, ny portant respect ny demy, s'en mocqua et le dauba très bien... J'ay cogneu celuy qui fit le coup et celuy qui l'endura 3 . »

1. Voy. Passetemps, liv. I, fol. 29 v. Brantôme rapporte qu'il a entendu dire à plusieurs anciens, c et principalement à feu M. de Lansac, qui étoit un vieil registre des antiquités de la cour et de la France, que les insignes et l'habit de Tordre du Saint-Esprit n'étoient que quincaillerie et bifferie au prix de ceux de Tordre de Saint-Michel. » (T. V, p. 111.)

3. T. VI, p. 468. — Voyez aussi les curieuses anecdotes sur les fausses généalogies fabriquées pour fournir aux postulants les

c La familiarité n'a jamais nuy aux roys de France, > disait le chancelier de l'Hospital aux états d'Orléans, c ains sont les plus obéys entre tous les roys ; nos roys voisins sont servis à genoux et testes nues ; sont-ilz mieux obéys que les nostres * ? »

Celte familiarité, qui allait si bien au caractère de la nation, ne tarda pas à disparaître avec les guerres civiles, et surtout à l'avènement de Henri III. c Dès les premiers jours de son règne, dit L'Estoile, il se rendit plus sévère et moins communicatif que les roys ses prédécesseurs, ce que la noblesse, n'estant accoustumée à telles façons, trouva fort estrange..., ne permettait parler en mangeant 2 , ne s'approcher de lui toutes personnes. »

preuves d'antique noblesse exigées par les statuts de l'ordre. (T. V, p. 102 et suiv.)

1. Œuvres, 1824, t. Y, p. 383. Elle frappait d'étonnement les étrangers. Voici ce qu'en dit un ambassadeur vénitien : c Les Français sachant qu'ils sont nés dans une condition à servir un roi et à lui obéir, ils servent volontiers celui qui est né pour leur commander et qui, pour parvenir à une si grande dignité, n'a eu recours ni à la ruse ni à la violence, et qui, n'ayant pas à se méfier de ses sujets, ne cherche pas à les offenser, mais à les conserver pour accroître sa gloire et sa grandeur. De là vient que leur roi est si familier avec ses sujets, qu'il les tient tous pour compagnons et que jamais personne n'est exclu de sa présence; si bien que les laquais eux-mêmes, la race la plus vile, ont la hardiesse de vouloir pénétrer dans la chambre intime du roi et d'y voir tout ce qui s'y fait et écouter tout ce qui s'y dit. Celui qui a à traiter quelqu'affaire d'importance a besoin de patienter pour ne pas la traiter en présence de tant de monde et de parler le plus bas possible pour n'être pas entendu. Si cette grande familiarité rend la nation insolente et présomptueuse, elle la rend aussi plus affectionnée, plus dévouée et plus fidèle à son prince. » Relations des ambassadeurs vénitiens (Michel Suriano), 1. 1, p. 508.

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