Le 2 janvier
du Sainct -Esprit, et qu'il disnoit, je lui en fis ma plaincte, plustost en collère qu'en pitié, ainsi qu'il le cogneut. Il m'en fit des excuses, bien qu'il fiist mon roy 1 . Entr autres ses raisons, me dist que bonnement il ne pouvoit reffuser une résignation qu'on luy présentoir autrement qu'il seroit injuste. Je ne luy respondis autre chose, sinon : c Et bien, sire, vous ne c m'avez donné ce coup grand subject de vous faire c jamais service comme j'ay faict. » Je partis, et m'en vays fort despit. J'en rencontray aucuns de mes compaignons, ausquelz je conte tout; et dis et jure, renie et proteste que, quand j'aurois cent mille vies, je n'en employerois jamais une pour roys de France, et que jamais, au grand jamais, je ne leur fairois service. Sur ce, je maugrée le ciel, je mauditz ma fortune, je déteste la grâce du roy, je mesprise, en haussant le bec, aucuns maraux qui estoient pleins de fortune et biensfaietz du roy, qui ne les méritoient nullement comme moy.
c J'avois par cas à la saincture pendue la clef dorée de la chambre du roy ; je l'en destache, je la prendz et la jette du gué 2 des Augustins, où j'estois, dans la rivière en bas. Je n'entre plus dans la chambre du roy; je l'abhorre et jure encor de n'y entrer jamais; mais je pratique pourtant tousjours la court, allant à la chambre de la reyne, qui me faisoit cest honneur de m'aymer, de ses filles, des dames, des princesses et des princes et seigneurs mes bons amis.
« Je parle tout haut de mon mescontentement pour-
1. Les mots suivants ont été biffés sur le ms. 6694 (fol. 374) : t et qu'il pouvoit fayre ce qu'il luy plaisoyt. »