‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 175 sur 291 · XVI. La cour de Catherine de Médicis · texte numérisé non relu

XVI. La cour de Catherine de Médicis

Brantôme raconte qu'un jour, étant à Fontainebleau, et c entretenant un grand prince de par le monde » (que malheureusement il ne nomme pas) des grandes vertus de François I er , ce prince, tout en lui en disant force bien, le blâma fort de deux choses c qui avoient rapporté plusieurs maux en la court et en la France, non seulement pour son règne, mais pour celui des autres roys ses successeurs : Tune, pour avoir introduict en sa court les grandes assemblées, abords et résidences ordinaires des dames, et l'autre, pour de mesmes y avoir appelle, installé et arresté une si grande affluance de gens d'Église... » Brantôme le défend sur ces deux points, mais c'est le premier qui lui tient le plus au cœur ; son apologie est fort curieuse et nous donne une idée très exacte du sens moral qui régnait à la cour. Avant François I er , dit-il, Anne de Bretagne seule avait commencé « à faire sa court des dames plus grande, et sans elle le roy son mary ne s'en fût guères soucié. Mais le roy François, venant à son règne, considérant que toute la décoration d'une court estoit des dames, l'en voulut peupler plus que

de la coustume ancienne Certainement, si le roi

avoit introduit et planté une convocation et habitation de courtisanes, comme Héliogabale à Rome près de son siège impérial, il seroit à blasmer, mais ce n'estoient que dames de maison, des damoiselles de réputation, qui paressoient en sa court comme déesses au ciel. Que si elles favorisoient quelquesfois (je dis aucunes) leurs amans et serviteurs, quel blasme en

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pouvoit avoir le roy, puisque, sans user de force et de

violence, il laissoit à chacune garder sa garnison, dans laquelle, si aucun entrait, il n'en pouvoit mais 1 ? »

Il ajoute une comparaison qui n'est guère flatteuse pour ces dames de maison et ces demoiselles de réputation, c N'estoit-il pas plus louable au roy de recevoir une si honneste troupe de dames et damoyselles en sa court ou bien d'ensuivre les erres des anciens roys du temps passé qui admettoient dans leurs suites » les ignobles et dangereuses créatures soumises à l'autorité absolue du roi des Ribauds, c tandis que nos dames, qui estoient très nettes et saines, au moins aucunes, ne gastoient ny rendoient les gentilshommes impotens, . . . dont puis après le roy n'en estoit d'eux mieux servy? Mais, disait le prince, s'il n'y eust eu que ces dames de court qui se fussent desbauchées, ce fust esté tout un ; mais elles donnoient tel exemple aux autres de la France que, se façonnans sur leurs habits, leurs grâces, leurs façons, leurs danses, leurs vies, elles se vouloient aussi façonner, aymer et paillarder ; voulans elles dire aussi par là : A la cour on s'habille ainsy, on danse ainsy , on y paillarde aussi ; nous en pouvons faire ainsy. » Ces judicieuses réflexions sur les conséquences fatales de la révolution apportée dans les moeurs de la nation ne manquent pas de provoquer les railleries de Brantôme, c II semblerait, dit-il, que, paravant le règne du roy, il n'y eust eu des putains par toute la France, aussi bien des grandes, moyennes, petites que communes, et aussi bien en leurs pays et maisons qu'ailleurs *. » La clairvoyance du grand prince- sur

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