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l'influence néfaste de la cour ne l'avait pas trompé. Autorisée par les exemples d'un libertinage sans frein 1 , que donnèrent plus tard les princes, les princesses, les grands seigneurs, le haut clergé, la corruption gagna peu à peu toute la France, et la noblesse des campagnes, qui se laissa séduire à son tour, y perdit son orgueilleuse liberté, c Ça esté de tout temps, » disait le célèbre agronome Olivier de Serres, c l'humeur de la noblesse française d'habiter aux champs, n'allans aux villes que pour faire service au roy et pourvoir à leurs affaires pressées, ayant en tant de recommandation la liberté qu'il n'y a gentilhomme qui ne se conforme à l'avis de César, qui estoit d'aimer mieux estre le premier au village que le second à Rome 2 . » — Écoutez à son tour Montaigne : « Veoyez, nous dit-il, aux provinces esloingnées de la court, nommons Bretaigne, par exemple, le train, les subjects, les officiers, les occupations, le service et cérémonie d'un seigneur retiré et casanier, nourry entre ses valets, et veoyez aussi le vol de son imagination; il n'est rien plus royal : il oyt parler de son maistre une fois l'an, comme du roy de Perse, et ne le recognoist que par quelque vieux cousinage que son secrétaire tient en registre. A la vérité, nos loix sont libres assez, et le poids de la souveraineté ne touche un gentilhomme
1. Un trait entre mille : Au mois de mai 1577, la reine mère donna au château de Ghenonceau un banquet qui lui revint à près de cent mille francs, c où, dit L'Estoile, les dames les plus belles et honnestes de la cour, estant à moictié nues et aïant leurs cheveux espars comme espousées, furent employées à faire le service. »
2. Le Théâtre d'agriculture, conclusion, édition de Rouen, 1635, p. 905.
françois à peine deux fois en sa vie. La subjectioo essentielle et effectuelle ne regarde, d'entre nous, que ceux qui s'y convient et qui aiment à s'honorer et enrichir par tel service ; car, qui se veut tapir en son foyer et sçait conduire sa maison sans querelle et sans procez, il est aussi libre que le duc de Venise, » et il finit par cette sentence de Sénèque : Paucos sertritus, plures servitutem tenent 4 .
Les gentilshommes de province, attirés par l'appât des plaisirs que la cour offrait à tout venant, par l'espoir de prendre part eux aussi aux grâces, aux faveurs, aux honneurs qu'ils voyaient distribuer à d'indignes favoris, désertèrent leurs châteaux et leur vie modeste, et ce changement d'habitude porta à leur indépendance un coup dont elle ne se releva jamais. Peu à peu on vit avec elle disparaître, pour ne plus les revoir, ces fiers caractères si communs au xyi° siècle, et qui rendent si attachante l'histoire de cette époque.
Brantôme, qui ne se souciait que du temps présent, n'a pas assez d'éloges pour célébrer cette cour de Catherine de Médicis avant ou après son veuvage, c Le monde, depuis qu'il est faict, n'avoit jamais rien vu de pareil. » Le nombre de femmes qu'elle traînait à sa suite dans ses voyages se montait d'ordinaire à plus de trois cents dames ou damoiselles, et les maréchaux et fourriers du roi affirmaient qu'elles tenaient toujours la moitié des logis, c ainsi que j'ay veu l'espace de trente-trois ans que j'ay pratiqué toujours la court*. »