Essais, liv. I, ch
2. T. VH, p. 379. —A côté du luxe déployé dans ces voyagea, il y avait parfois d'étranges misères. Au voyage de Lyon à Avignon, en novembre 1574, l'argent vint tellement à manquer que
Trois cents dames et demoiselles, et nécessairement un chiffre correspondant de cavaliers ! Le diable qui ne dort jamais, suivant un dicton du xvi e siècle, on juge à quels joyeux ébats il devait se livrer dans cette foule que l'oisiveté et l'ennui dévoraient et qui, comme ses princes, n'était retenue par aucun scrupule. On se figure sans peine quelles intrigues (trop souvent tragiques) devaient se nouer et se dénouer dans un pareil milieu, où toutes les passions, l'amour, la haine, l'ambition, la jalousie et les rivalités de chaque jour et de chaque heure pouvaient se donner libre carrière.
Quoiqu'il dise que la chambre de Catherine, où elle donnait des concerts c et qui n'estoit nullement fermée aux honnestes dames et honnestes gens, voire à tous et à toutes 4 , estoit tout le plaisir de la court, » son antichambre n'offrait pas moins de séduction aux chercheurs d'aventures : elle y « avoit ordinairement de fort belles et honnestes filles, avec lesquelles tous les jours on conversoit, on discouroit et divisoit 2 , tant sagement et tant modestement que l'on n'eust osé faire autrement ; car le gentilhomme qu'y failloit en estoit banny et menacé, et en crainte d'avoir pis, jusques à ce qu'elle luy pardonnoit et faisoit grâce, ainsi qu'elle y estoit propre et toute bonne de soy. *
En dépit de cette sévérité, il se jouait dans cette
« la pluspart des pages du roy, dit L'Estoile, se trouvèrent sans manteaux, estans contraints de les laisser en gage pour vivre par où ils passoient ; et, sans ung trésorier, nommé Lecomte, qui accommoda la roine mère de cinq mil frans, il ne lui fust demouré ni dame d'honneur ni damoiselle aucune pour la servir, comme estant réduitte en extrême nécessité. » (T. 1, p. 53.)