‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 178 sur 291 · Devisait · texte numérisé non relu

Devisait

antichambre de bons tours, où éclataient souvent de vives querelles entre demoiselles et cavaliers 4 , dont les pauvres femmes étaient toujours les victimes ; voici Tune des plus plaisantes que nous raconte Brantôme avec sa verve accoutumée. Un gentilhomme, nommé Gersay, croyait avoir à se venger d'une des filles de la reine; « un jour qu'elle estoit à l'après-dlnée en la chambre de la reine, avec ses compagnes et gentilshommes, comme alors la coustume estoit qu'on ne s'assioit autrement qu'en terre quand la reine y estoit, il prit entre les mains des pages et laquais un ballon de peau de bellier dont ils s'en jouoient à la bassecourt (elle estoit fort grosse et enflée tout bellement); estant couché près d'elle, la coula entre la robbe et la juppe de cette fille, et si doucement qu'elle ne s'en advisa jamais, sinon que, lorsque la reine se vint à se lever de sa chaire pour aller en son cabinet, cette fille, que je ne nommeray, se vint lever aussitost, et, en se levant tout devant la reyne, pousse si fort ceste balle bellinière, pellue, velue, qu'elle fit six ou sept bons joyeux, que vous eussiez dit qu'elle vouloit donner de soy-mesme du passe-temps à la compaignie sans qu'il luy coustast rien. Qui fut estonné? ce fut la fille, et la reine aussi, car c'estoit en belle place visible sans aucun obstacle. « Nostre-Dame ! s'escria la reine, et « qu'est cela, m'amie, et que voulez-vous faire décela? > La pauvre fille, rougissant, à demy esplorée, se mit à dire qu'elle ne sçavoit que c'estoit, et que c'estoit quelqu'un qui luy vouloit mal qui luy avoit fait ce meschant trait, et qu'elle pensoit que ce ne fust autre que Gersay.

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