T. IX, p. 181. — A preuve, à l'épreuve
Jeanne d'Albret ne partageait pas cet optimisme. Se trouvant à la cour en mars 1 572 pour les négociations du mariage de son fils, elle écrivait à celuici : « Madame (Marguerite de Valois) est belle et bien avisée et de bonne grâce, mais nourrie en la plus maudite et corrompue compagnie qui fût jamais ; car je n'en vois point qui ne s'en sente. .. Voilà pourquoi je désire vous marier et que vous et votre femme vous vous retiriez de cette corruption, car, encore que je la croyois bien grande, je la trouve encore davantage. Ce ne sont pas les hommes ici qui prient les femmes, ce sont les femmes qui prient les hommes ; si vous y étiez, vous n'en échapperiez jamais sans une grande grâce de Dieu 1 . » On sait à quel point cette grande grâce de Dieu tant désirée par sa mère a toujours fait défaut à Henri de Navarre.
Celte lettre, écrite peu de temps avant la mort de Jeanne, ne donne qu'une faible idée de l'immoralité sans frein qui régnait alors à la cour et qui, sous Henri HI, dépassa toutes les bornes. On a déjà pu en juger par ce que nous avons dit du festin donné à son fils par Catherine de Médicis 2 . J'aurais pu ajouter bien d'autres anecdotes, racontées par Brantôme et les contemporains, mais je serai très bref, quoique je n'aie plus à craindre un foudroyant réquisitoire comme celui du fameux avocat général M. de Broë, qui, il y a soixante- treize ans, parvint à faire condamner à deux mois de prison Paul-Louis Courier, pour avoir, dans son Simple Discours, « offensé la morale publique en imputant l'immoralité la plus profonde, les dépor-
1. Le Laboureur, Additions aux Mém. de Castelnau, t. I, p. 850.