‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 194 sur 291 · T. VII, p · texte numérisé non relu

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gentiment < quelque petite jeunesse d'un meurtre 1 . » Un meurtre ou un assassinat, s'il était exécuté avec audace et succès, avait toujours son approbation 3 , et c'est là que se fit sentir dans nos moeurs l'influence néfaste de l'Italie, de la graine de Florence, comme disait le peuple, de Catherine de Médicis, de cette femme sans scrupule qui ne démentait pas le sang dont elle était sortie 3 . C'est à la protection qu'elle, ses fils et les grands accordaient aux meurtriers, à qui souvent ils avaient mis en main le poignard, l'arquebuse ou le pistolet, c'est aux affreux massacres de la Saint-Barthélémy, qui avaient aboli le sens moral de la nation et jeté dans le monde des légions d'assassins, qu'il faut attribuer cette multitude de meurtres, dé duels sans loyauté 4 , presque toujours impunis, qui, pendant plus de cinquante ans, ont rempli de sang nos annales.

Cum tanta sit gladiorum impunitas ! aurait pu dire

2. Yoy. plus loin. — Pas seulement pour le temps présent, mais aussi pour le temps passé. A propos de l'assassinat de Louis, duc d'Orléans, par Jean Sans-Peur, il se borne à dire : t H fit le coup en fort habile et sage mondain. » (T. IX, p. 474.)

3. On sait qu'en 1562 le grand-duc Gosme de Médicis avait poignardé lui -môme son fils Garcia, qui, dans une partie de chasse, avait assassiné son frère aîné, le cardinal Jean. Aussi, en décembre 1585, au moment de la brouille du duc d'Alençon avec la cour, le valet qui servait à boire au prince ayant oublié de faire l'essai du vin, le bruit courut aussitôt que le vin était empoisonné, et la reine mère fut obligée, tant sa réputation était bonne, de protester contre l'accusation d'avoir voulu se débarrasser de son fils.

4. Pour qualifier ces duels qui étaient de véritables assassinats, on se servait d'un euphémisme; on disait du vainqueur qu'il avait tué assez mal son adversaire. (T. VIII, p. 13.)

Gicéron. Le meurtre impuni appelait le meurtre, et à l'époque où le droit de vengeance, c cette sorte de justice sauvage, * suivant l'expression de Bacon 4 , semblait être reconnu par tout le monde, Montaigne pouvait dire : c C'est une doulce passion que la vengeance, de grande impression et naturelle 2 . * Brantôme ne laisse pas échapper une occasion de faire l'éloge des vengeurs. Ainsi il se plaint que l'assassinat de Henri de Guise n'ait pas été vengé, tandis que lui, c ce brave filz, se vengea comme il falloit de tout à la Saint-Barthélémy 3 . * Ailleurs, il déplore la mort du fils aîné de M. de Mouy, qui venait de venger sur Maurevert la mort de son père, lâchement assassiné par lui, et qui, après le combat, fut aussi lâchement assassiné par un des satellites du tueur du roi. c II n'eut le loysir du fruit de la vengeance, sinon que la gloire luy en demeura immortelle après sa mort 4 . »

La vengeance d'un meurtre même involontaire était considérée comme légale, si bien que très souvent l'assassinat restait impuni, tandis que l'homicide par imprudence était châtié. On sait quelle haine Catherine avait vouée à Montgommery. Quand il fut pris à Domfront et amené à Paris, elle montra une joie féroce. Elle voulut assister à son supplice « et fust à la fin vengée, dit L'Estoile, comme dès longtemps elle désiroit, de la mort du feu roy Henry, son mary, encore qu'il n'en peust mais. *

1. F. Bacon, Sermones fidèles, IV, De vindicta. Œuvres philosophiques, éd. Bouillet, 1835, t. III, p. 224.

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