‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 198 sur 291 · Qui, la reine · texte numérisé non relu

Qui, la reine

nyant le tout, fit un peu pourtant la mine d'estre esmeu et dist : « Madame, Constantin estoit ast' heure c ici et est entré dans la salle avec moy, * et fit semblant de le chercher et l'appeller luy-mesme, et quelques archers avec luy, par le commandement de la reyne, mais on ne le trouva point. Je vis tout cela... Et ne fut de ce meurtre autre chose, sinon force crieries, mutinemens et parolles des capitaines de ceste garde, qui ne firent jamais peur à M. d'Ândelot, en ayant bien veu d'autres ; et aussi que rien ne se peut vériffier ni prouver, tant la partie avoit esté bien conduicte et avoit bien réussy, car tous les conjurateurs se sauvarent à grand' erre très bien, et nul ne peut estre attrappé, et n'en sentit-on rien que le vent 1 . » Henri IV, qui, pendant les vingt premières années de son règne, avait fait expédier sept mille grâces 2 , semble pourtant une fois s'être souvenu de l'éloquente parole de Jacques de Silly, comte de Rochefort, aux états d'Orléans : c La justice seule distingue les rois des tyrans, car les uns et les autres ont la même puissance. » Il s'excusa vis-à-vis du Parlement de la grâce accordée à deux condamnés à mort, au moyen d'une gasconnade, et d'une façon que la cour ne put guère lui en garder rancune. En mars 1595, deux

i. T. V, p. 341 et suiv. — Chastelier-Portaut fut tué de sangfroid à la bataille de Jarnac. Ses complices et lui avaient été condamnés à mort par contumace.

2. « Ce monstre des querelles et duels, depuis vingt ans, a dévoré et fait mourir en France de sept à huict mil braves gentilshommes ; car il se vérifiera, par les registres des chancelleries seulement, que, depuis l'avènement de nostre roy à la couronne jusques à la fin de l'an passé 1608, en ont esté scellées et expédiées sept mil grâces. » (L'Estoile, Journal, 27 juin 1609.)

gentilshommes de la Marche (Limousin 1 ) avaient été condamnés par le Parlement à être décapités en Grève c pour un prodigieux assassinat perpétré par eux. * Henri IV, qu'ils avaient servi vaillamment, envoya ses capitaines des gardes La Force et Praslin au Palais pour empêcher l'exécution. Le premier président l'alla immédiatement trouver pour lui en faire des remontrances. « Àussitost que le roy l'avisa, il lui dit : « Monsieur le président, je sçai tout ce que vous c me voulez dire; je sçai qu'ils ont bien mérité la c mort et que ma court et vous leur avez fait justice, c Aussi est-ce une supplication que je vous fais, et c n'y veux point aller par autre forme, de me les vouc loir donner, pour les grands et signalés services que « tous les deux m'ont fait. *

La justice, qui était si aveugle et si soumise quand il s'agissait de poursuivre un criminel d'un rang élevé ou favorisé des grands, et envoyait sans scrupule à la potence des enfants de treize ans 2 , était impitoyable quand il s'agissait des pauvres gens. Le maréchal de Gossé, prisonnier à la Bastille avec le maréchal de Montmorency sous l'inculpation de complot, disait : « Je ne sçay pas ce que M. de Montmorancy peut avoir 'faict, mais , quant à moy , je sçai bien que je n'ay rien faict pour estre prisonnier avec luy, sinon pour luy tenir compagnie quand on le fera mourir, et moy avec luy; qu'on me fera de mesmes que

1. L'Estoile, Journal, mars 1595. — Il ajoute que ces deux vaillants assassins descendaient du fameux Tristan l'Hermite et que de leur race il y en avait eu vingt-six qui tous avaient passé par les mains des bourreaux.

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