‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 199 sur 291 · L'Estoile, 3 septembre 1578, 16 janvier · texte numérisé non relu

L'Estoile, 3 septembre 1578, 16 janvier

Ton fait bien souvent à de pauvres diables que Ton pend pour tenir compagnie seulement à leurs compagnons, encor qu'ilz n'aient rien meflaict 1 . » Il n'y a rien d'exagéré dans cette boutade de Gossé sur la manière dont la justice se comportait vis-à-vis des c pauvres diables, * et une lamentable histoire racontée par Montaigne va nous l'apprendre : c Combien, dit-il, avons-nous descouvert d'innocents avoir esté punis, je dis sans la coulpe des juges!... Gecy est advenu de mon temps : certains sont condamnez à la mort pour un homicide ; l'arrest, sinon prononcé, au moins conclu et ar resté. Sur ce poinct, les juges sont advertis, par les officiers d'une cour subalterne voysine, qu'ils tiennent quelques prisonniers, lesquels advouent disertement 2 cet homicide et apportent à tout ce faict une lumière indubitable. On délibère si pourtant on doibt interrompre et différer l'exécution de l'arrêt donné contre les premiers; on considère la nouvelleté de l'exemple et sa conséquence pour accrocher les jugements ; que la condamnation est juridiquement passée, les juges privez de repentance. Somme, ces pauvres diables sont consacrés 3 aux formules de la justice. •• Combien ay-je veu de condamnations plus criminelles que le crime 4 ! *

J'ai hâte de quitter ces œuvres de sang ; je n'ajouterai qu'un mot. Vers la fin de ce siècle sans pitié, deux voix s'élevèrent pour protester contre les cruau-

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