‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 208 sur 291 · T. VII, p · texte numérisé non relu

T. VII, p

2. Ibid., p. 261,263. « En ce temps, dit L'Estoile (1580), passèrent par Paris quelques courriers espagnols, auxquels Strozzi dit que, si le roy d'Espagne ou les siens faisoient à La Noue autre traitement que ne méritait un brave gentilhomme et vrai prisonnier de guerre, il écorcheroit autant d'Espagnols qu'il en tomberait entre ses mains. »

c Si faut-il que je l'excuse pourtant et que je die de luy qu'il ne luy faut imputer cette imperfection à défectuosité de cœur, car il n'en fut oncques un si noble et généreux i . *

C'est au voyage de Halte que Louis de Bérenger, seigneur du Guast, à la suite de M. de Brissac, avait connu Brantôme. Après la Saint-Barthélémy, où il s'était signalé comme grand massacreur, il le retrouva au siège de la Rochelle, où il fut grièvement blessé. Il était dès lors maistre de camp de la garde du duc d'Anjou et colonel général des troupes que ce prince devait emmener en Pologne. A son retour, le nouveau roi le chargea d'aller négocier son mariage avec Louise de Yaudémont. Il devint alors son grand favori, qu'il combla de richesses; « et il le méritoit bien, > dit Brantôme, dont il était fort aimé, c II n'avoit guères de pareilz en toutes sortes de vertuz, de valeurs et perfections, ayant les armes et les lettres si communs ensemble avec luy que tous deux à l'envy le rendoient

1. Voyez dans le t. VII (p. 203-265) le curieux Discours sur La Noue, A sçavoir à qui l'on est plus tenu ou à sa patrie, à son roy ou à son bienfaiteur. Guillaume-Robert de la Mark, duc de Bouillon, avait en mourant nommé son exécuteur testamentaire, et le tuteur de sa sœur Charlotte, La Noue, qui, malgré les obligations qu'il avait à la maison de Lorraine, n'hésita pas à défendre l'héritage de sa pupille contre les prétentions du duc Charles II. L'examen de sa conduite est le sujet du Discours qui donne une idée de la persistance des idées féodales. Seulement, il ne s'agit plus des liens réguliers entre le suzerain et le vassal, mais de la chaîne beaucoup plus légère à porter de la reconnaissance et des obligations d'amitié d'un serviteur envers son maître quel qu'il fût. De là les moqueries de Brantôme sur ceux qui sacrifiaient leur maître ou leur bienfaiteur « au sot scrupule de fidélité envers le roi » (t. VII, p. 24).

admirable. Au reste, c'estoit le plus splendide, le plus magnifique et le plus libéral qu'on eust sceu voir 4 . » De plus, il avait une fierté de caractère qui n'est pas rare à cette époque. Il était beau-frère de Lesdiguières, et un jour Henri III insista près de lui pour qu'il l'engageât à quitter son parti : c M. du Gua me dist depuis qu'il fit la responce au roy : c Sire, je luy diray bien ou luy c escriray, puisque vous le commandez; mais, s'il me c demande conseil, je luy diray qu'il advise à son honc neur plus qu'à toutes choses du monde. Et, si son c honneur est trahir son party, qu'il le face. Mais il c est homme advisé, homme de bien, d'honneur et de c valeur; il sçait bien ce qu'il doit cognoistre. Je suis c son beau-frère ; je serais fort mary qu'il eust aucun c reproche 2 . »

Aimant Brantôme comme il l'aimait, ils devaient probablement festiner souvent ensemble, et celui-ci nous a parlé de deux dîners qu'il fit chez lui. Dans l'un, le poète Daurat conta, à la grande joie des assistants, Y Histoire de la matrone d'Èphèse*. Voici ce qu'il nous dit de l'autre : c Feu M. du Gua, un des galants et parfaits gentilshommes du monde, me convia à la cour un jour d'aller disner avec luy. Il avoit assemblé une douzaine des plus sçavants de la cour, entr'autres M. l'évesque de Dol, de la maison d'Espinay en Bretaigne, MM. de Ronsard, de Baïf, des Portes, d'Aubigny (ces deux sont encor envie, qui m'en pourroyent démentir) et d'autres desquels ne me souvient ; et n'y

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