Ibid., p
3. L'Estoile, octobre 1575. — Quand on vint annoncer sa mort à Marguerite, alors malade, elle s'écria : « Je suis bien marrye que ne suis bien guérie pour de joye sollempniser sa mort. » (T. VIII, p. 78.)
baron de Vitaux, qui estoit mon grand amy et frère d'alliance, à qui je disois souvent : « Ah ! mon frère c et grand amy, vous avez tué un autre mien grand c amy. PleustàDieu que vous ne l'eussiez jamais faict ! c je vous aymerois davantage. » Il me le nyoit tousjours; mais il y avoit grand' apparance qu'il l'eust faict; car il estoit estimé en France tel, qu'il n'y avoit homme résolu pour faire le coup que celuy-là... Je ne sçay comment je dois appeler ce coup, ou résolution ou miracle de Mars, ou fortune 1 . » Mais il ne lui vient pas une seule fois à l'esprit de lui donner le seul nom qui lui convenait.
Huit ans plus tard, le 6 août 1583, Vitteaux, qui, pour son malheur, avait oublié le vieux dicton : StuU tus qui, occiso pâtre, sinit vivere liber os, fut appelé en duel par le fils de ce Milhaud, dont nous avons parlé plus haut. Le lendemain, ils se battirent derrière les Chartreux, en chemise, sans pourpoint, avec l'épée et la dague, « et fut tué Vitteaux sur-le-champ, de bonne guerre, sans fraude, » dit L'Estoile. Brantôme revenait du Périgord quand il apprit sa mort le lendemain, à Étampes. Des regrets, il n'y en a pas trace chez lui, mais un éloge hyperbolique : « Si je pouvois l'immortaliser, je le ferois, tant pour ses mérites que par la grande amitié qui estoit entre luy et moy, il y avoit quinze ans, et toujours bien nourrie et entretenue par bons offices ; aussi nous appellions-nous frères d'alliance. » Ce qui ne l'empêche pas de dire que c ce fut un très beau coup d'essai pour Milhaud 2 . » La
2. T. VI, p. 336. Voy. p. 328 le récit du combat fait à Bran-
mort de ce scélérat sauva la vie à quelques personnes. « S'il eust vescu, il en vouloit tuer encores deux que je sçay bien. »
Voici encore un troisième massacreur de la Saint- Barthélémy, un cousin et un ami intime de Brantôme, Louis de Glermont de Bussy d'Amboise, que son courage indomptable, son orgueil sans frein, ses amours et sa fin tragique ont revêtu d'une célébrité mise à profit par les romanciers et les dramaturges. Deux mots suffiront pour peindre l'homme. Dans la fatale nuit du 24 août 1572, en compagnie du fils du baron des Adrets, il avait assassiné le marquis de Reynel, son cousin germain, avec lequel il était en procès pour le marquisat de Reynel 4 . — Colonel des troupes du duc d'Anjou, dont il était Vépée de chevet, et nommé par lui gouverneur de l'Anjou, il donna libre carrière à ses instincts de meurtre et de rapacité. « Au commencement du mois de mai 1 577, dit L'Estoile, il pilla les pays d'Anjou et du Maine, mesmes les faubourgs du Mans, et, avec quatre mil' harquebuziers qui se firent tous riches du butin, saccagea plus de vingt-cinq lieues de pays 2 . »
Au retour de cette fructueuse expédition, il passa sa vie à la cour en intrigues politiques et amoureuses, et surtout en querelles incessantes, mêlées, chose curieuse, à quelques études sérieuses, bravant
tome par un tireur d'armes, Jacques Ferron, qui y avait assisté do loin monté sur un noyer.
1. Quelque temps après le massacre, l'affaire fut jugée en sa faveur, mais, en vertu de Pédit accordé aux protestants, l'arrêt fut cassé. (Voy. de Thou, 1. 52.)
2. Voy. sur ses ravages Louis de Glermont, sieur de Bussy oVAmboise, par André Joubert, 1885, in-8°, t. I, p. 33-39.
en cela la c sottise » des courtisans regardant avec un profond dédain ceux d'entre eux qui osaient s'y livrer; ce dédain, Aubigné lui-même l'avait partagé et il en fut guéri après une visite à Bussy, dont l'exemple « le ramena, dit M. Marlet, à la vocation littéraire qu'il et oit près d'abandonner 4 . » « Un jour, dit-il, je me trouvay au lever de Bussy d'Amboise, grand maître des braveries de la cour, et qui a esclatté en témérité pardessus tous ceux de sa volée. Je le surpris corrigeant quelques vers grecs qu'il avoit faits. Si tous les savants et grands personnages de France n'eussent exhorté à n'avoir point de honte de savoir, j'eusse levé avec le nez toutes leurs paroles, mais (comme les exemples peuvent plus sur les fouis que les raisons) ce foui, cet enragé m'ayant dit : « Ce « n'est pas estre assez brave que de cacher ses rayons « de peur des nues, » je changeai de posture avec un grand regret de temps perdu, et delà en avant, au lieu de cacher la mèche, je me mis à faire paroistre ma petite chandelle, comme un grand flambeau 2 . »
« Si t je voulois, dit Brantôme 3 , raconter toutes les querelles qu'il a eues, j'aurois beaucoup affaire : Hélas ! il en a trop eu, et toutes les a demeslées à son très grand honneur et heur. Il en vouloit souvent par trop à plusieurs, sans aucun respect, je luy ay dict
1. Voy. sa très intéressante brochure : Clermont-Gallerande, autour d'une famille seigneuriale du haut Maine. Paris, Picard, 1894, in-8<>.
2. OEuvres, éd. Réaume et Gaussade, 1873, t. I, p. 328. Sa privauté avec Bussy venait de charges faites en sa compagnie sur le guet à cheval, et surtout d'avoir été le second de Fervaques contre lui. (Mémoires, éd. Jouaust, p. 32.)