‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 215 sur 291 · T. VI, p · texte numérisé non relu

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cent fois ; mais il se fioit tant en sa valeur qu'il mesprisoit tous les conseils de ses amis. » Pour un rien il querellait : c J'estois avec luy lorsqu'il querella M. de Sainct-Fal à Paris ; nous estions chez les commédians, où il y avoit bonne trouppe de dames et gentilshommes . Ce fut sur un manchon de broderie de jayet où il y avoit des XX. M. de Bussi disoit que c estoit des YY : dès lors il vouloit passer plus outre que de parolles; mais une dame que je sçay, sur qui 1 elle avoit puissance grande, commanda de se taire et ne passer plus advant, craignant un scandale arriver si près d'elle, qui luy importerait de beaucoup. La chose supercéda jusques au l'endemain, qu'il alla quereller ledict Sainct-Fal en la chambre de sa maistresse, que M. de Bussi avoit fort aymée, et luy avoit conseillé de se remarier, car elle estoit vefve. G'estoit madame d'Assigny 2 . »

En sortant de la chambre, les deux rivaux se battirent en troupe, mais, Bussy ayant été blessé d'un coup de pistolet au bout du doigt, Saint-Phal se retira, c Arriva lors M. de Grillon, son amy intime, lequel M. de Bussi pria soudain de l'aller appeller en l'isle du Palais, où il alloit l'attendre. M. d'Estrozze et moy nous vinsmes à passer par là, et le vismes tout seul en l'isle, qui attendoit son homme, et les deux guetz bordez d'une infinité de monde. Nous trouvasmes M. de Rambouillet, qui estoit lors capitaine des gardes, en quartier, qui nous pria d'aller ensemble dans mesme

1. Sur qui, sur Bussy. Il s'agit de Marguerite de Valois, qui était alors sa maîtresse.

2. Elle épousa en effet François de Vaudrey, marquis de Saint- Phal.

bateau pour engarder ceste batterie ; et, allans prendre terre, M. de Bussi s'escria à M. d'Estrozze : « Mon- « sieur, luy dist-il, je vous suis serviteur, je vous « bonnore fort ; je vous prie ne me divertir point de c mon combat; vous venez pour cela, je le sçay. » Et à moy il me dist seulement : c Cousin, je te prie, c va-t'en ; » car il m'aymoit fort. Et à M. de Rambouillet il dist : « Monsieur de Rambouillet, je ne fairay c rien des commandemens de vostre charge, retourc nez-vous-en ; > et le dist d'une furie, l'espée en son fourreau et en la main. Il m'a dict despuis qu'il estoit si despité de se battre et enragé, que si nous n'y fussions estez M. d'Estrozze et moy, il eust faict un mauvais tour à M. de Rambouillet, car il n'avoit avec luy qu'un seul archer. Enfin M. d'Estrozze et moy prismes terre les premiers, et remonstrasmes à M. de Bussi le tort qu'il se faisoit de désobéyr ainsi à un capitaine des gardes parlant de par le roy ; aussi que le roy dès lors commançoit à le desgouster *. Pour tout, nous luy donnasmes tant du bec et de l'aesle qu'il nous creust, remettant la partie à une autre fois, et s'en tourna. » Le roi commanda au duc de Nevers et au maréchal de Retz de les accorder, ce qui ne se fit pas sans grandes contestations et sans de vifs débats. « Lorsque M. de Bussi entra dans le Louvre pour faire cet accord, il estoit accompagné de plus de deux cents gentilzhommes que nous estions. Le roy estoit en la chambre de la reyne qui nous vist entrer. Il en porta jalousie et dist que c'estoit trop pour un Bussi, et se fascha de quoy l'on n'avoit faict l'assemblée de l'accord ail-

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