‹ Brantom̂e: sa vie et ses écritsChapitre 224 sur 291 · T. VI, p · texte numérisé non relu

T. VI, p

il ne nous reste d'autre trace que le sonnet suivant que lui a adressé Brantôme :

Strozze, si Ton a veu venir vostre maistresse, Vestue tout de blanc, sur les autres paroir, Ravir l'œil d'un chacun pour s'amuser à voir Celle qui paroit tant, la tenant pour déesse,

L'on a pu voir aussi, et chacun le confesse, Quand le bal s'accommance en la salle, le soir, Marcher une Rouet qui se fait plus valoir Que par un habit blanc, par sa belle jeunesse.

Mays aussi tout ainsi qu'on voit une blancheur Se gaster tout soudain et perdre sa lueur, Comme la rose fait en ses saisons nouvelles,

Que si n'est au matin cueillie en sa verdeur, Elle perd sur le tard sa plaisante senteur; Ainsi faut-il cueillir la fleur de ces pucelles ' .

Brantôme, qui, bien qu'assez peu dévot lui-même, aimait fort à vanter la dévotion des grands personnages 2 , disculpe à sa manière son ami du reproche

1. T. X, p. 405, n° vu. — Il y a encore sous le n° xvi (p. 411) un autre sonnet à Strozzi, mais Brantôme n'y parle que d'un chagrin amoureux. Il suffira de citer la première strophe :

c C'est un grand cas, Strozze, je fais ce que je puis Pour m'oster cet amour qui triste m'accompaigne, Mais, aussitost osté, je le veoi en campaigne, Qui me vient guerroyer de larmes et d'ennuis, i

2. Voici, entre autres, l'éloge qu'il fait de Catherine de Médicis : « Entre toutes ses perfections, elle estoit bonne chrestienne et fort dévote, faisant souvent ses pasques, et ne faillant jamais tous les jours au service divin, à ses messes et ses vespres qu'elle rendoit fort agréables, autant que dévotes, par les bons chantres de sa chapelle. » (T. VII, p. 376.)

d'être « de légère foy, > et il semble, en le défendant, plaider sa propre cause, c II n'estoit certainement pas, dit-il, bigot, hypocrite, mangeur d'images, ny grand auditeur de messes et de sermons; mais il croyoit très bien d'ailleurs ce qu'il faloit croyre, touchant sa grand'créance, et outre cela il n'eust pas voulu faire tort à autre pour tout l'or du monde. S'il jasoit et gaussoit quelques fois qu'il estoit en ses gouguettes, mesmes pour le purgatoire et l'enfer, il n'y faloit point prendre garde; car, certes, il croyoit l'enfer, mais non pas qu'il pensast et creust que ce fust, disoit-il, un grand dragon représenté par les painctres 1 , qui, ouvrant sa grand'gueule, engloutissoit et avalloit ainsi les âmes pécheresses. Pour fin, il disoit force choses dont il s'en fust bien passé; mais c'estoit plus par jaserie et gaudisserie que pour autre chose de mal. Quant à moy, je l'ay pratiqué fort familièrement l'espace de trente ans ou plus ; je peux dire qu'on ne luy eust rien sceu reprocher de grossière foy 2 . *

Malgré cette amitié, il dut y avoir entre eux quelque refroidissement, à la mort d'André de Bourdeille, en janvier 1582. Il laissait une veuve de trente-sept à trente-huit ans, belle et très riche, que Brantôme, qui s'en disait amoureux, s'était leurré de pouvoir épouser par dispense. « Elle fut pourchassée et requise de trois grands et riches seigneurs en mariage... Feu H. d'Estrozze avoit esté l'un de ceux qu'y prétendoient, et l'en avoit fait requérir, mais, tout grand et allié de

1. D'après le passage suivant d'Isaïe : « Propterea dilatavit Infernus animam suam et aperuit os suum absque ullo termine »

(Isaïe, ch. v, vers. 44.)

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